Incompréhensible ! Tu ne comprends pas le calvinisme

Incompréhensible

Incompréhensible! Je ne comprends pas le calvinisme. On me l’a si souvent dit. Bon j’ai lu tellement d’auteurs calvinistes avec les années, des bouquins de théologie, des livres de vulgarisation, des articles plus érudits… Ce qui est drôle, c’est que lorsque je discute avec des calvinistes qui ignorent que je je suis non-calviniste, que je leur explique ce que je pense du calvinisme, tout est beau. Si je réitère les mêmes propos dans un contexte où je critique le calvinisme, cette fois on me dit : « Pat, tu ne comprends pas le calvinisme ». Incompréhensible.

On peut toujours essayer, ce n’est pas incompréhensible

Pourtant, avec les années, j’en suis venu à la conclusion qu’il est impossible de représenter adéquatement un point de vue avec lequel on est en désaccord à la satisfaction de chaque adversaire. Ça, ça ne veut pas dire que l’on ne doit pas essayer de le faire représenter correctement. On devrait jamais intentionnellement dénaturer les positions de nos frères quand on est en désaccord avec eux (sophisme de la caricature aussi appelé homme de paille). C’est j’essaie presque toujours de citer au moins un calviniste de renom en critiquant les affirmations des calvinistes.

Par contre, vous me direz que c’est incompréhensible, mais j’attends toujours qu’un calviniste de réputation représente correctement la pensée non calviniste (qu’elle soit arminienne, baptiste traditionaliste ou autre) de manière satisfaisante aux yeux de ceux qu’ils décrivent. On devrait pouvoir s’attendre à ce genre d’intégrité des deux côtés. Mais ce n’est pas le cas : Incompréhensible!

Il est clair qu’une des objections les plus courantes dans mes discussions avec des calvinistes est celle de la fausse représentation. Il y a au moins 5 raisons pour lesquelles on peut s’attendre que les choses ne changent pas. Finalement cette objection n’est pas si incompréhensible que ça…

1. Incompréhensible? Une représentation vraie, mais désagréable

Prenons l’exemple suivant. Imaginons qu’un Président américain fasse la déclaration suivante :

– Les autorités ont maîtrisé le suspect et, par un interrogatoire, ont pu déjouer un complot d’une organisation terroriste.

Si, le lendemain, un journaliste clarifiait la situation en déclarant :

– Un policier a poursuivi un jeune afro-américain de 18 ans alors qu’il quittait le stationnement du lycée. Après l’avoir plaqué au sol, lui avoir fracturé les rotules avec une batte, lui avoir mis un fusil dans la bouche et menacé d’appuyer sur la gâchette jusqu’à ce qu’il renonce à des informations conduisant à l’arrestation de trois autres suspects qui ont eu tous été traités de la même manière. Malheureusement, nous savons de source sûre que le complot aurait pu être déjoué sans avoir recours à de la brutalité policière.

Comme le dit Leighton Flowers[1], les deux textes décrivent la même situation et les descriptions peuvent toutes deux être vraies, mais la seconde contient le genre de détails qu’on ne veut pas entendre parler.

Sortir des tours d’ivoire pour rendre ça moins incompréhensible

Considérons maintenant ces deux déclarations théologiques:

– Pour manifester sa toute-puissance, Dieu a souverainement tout mis en œuvre conformément à son plan sacré.

Si on le compare avec le paragraphe suivant :

– Pour montrer à quel point il est puissant, Dieu a méticuleusement déterminé tous les désirs odieux et les actes pervers de toutes les créatures qui ont pu exister de manière à ce qu’ils ne puissent pas agir autrement, y compris le viol d’enfants, l’holocauste, l’esclavage, la torture, toutes les mauvaises pensées, les actes ou les inclinations, et tout ça selon son bon plaisir et pour sa propre glorification.

Ces deux affirmations représentent la pensée calviniste. La différence, c’est que la première est beaucoup plus acceptable et plus facile à affirmer que la première.

Comme le dit Flowers dans son texte, ça, c’est de la théologie pratique. Lorsqu’on sort de sa tour d’ivoire, lorsque notre rhétorique théologique sort dans la rue, c’est là que le bât blesse. Notre théologie doit sortir de la classe, elle doit s’appliquer dans le monde réel.

2.     Incompréhensible? Les implications logiques

Une deuxième qui est à l’origine de cette accusation si fréquente, c’est que souvent la critique du calvinisme s’attaque aux implications logiques de cette idéologie. Est-ce si incompréhensible?

Le théologien contemporain Roger Olson l’exprime bien lorsqu’il dit que même si les calvinistes, pour la plupart, ne considèrent pas Dieu comme « monstrueux », que lui-même serait obligé de considérer Dieu comme tel s’il devait accepter les affirmations calvinistes[2]. Je suis entièrement d’accord avec lui et même si je sais qu’une bonne partie des calvinistes ne croient pas que Dieu soit moralement mauvais pour ma part, je dois admettre que s’il s’avérait que le calvinisme décrivait adéquatement le Dieu de la Bible, je ne pourrais que venir à la conclusion que ce Dieu est en fait un démon et que le christianisme n’est qu’une supercherie.

C.S. Lewis

C.S. Lewis, dans sa perspicacité habituelle dira de la doctrine de la dépravation totale – le fameux T de la TULIP calviniste, que « la dépravation totale – lorsque nous concluons que notre idée du bien ne vaut tout simplement rien – peut ainsi transformer le christianisme en une forme d’adoration du diable. »[3]

Lewis était-il en train d’accuser directement tous les calvinistes d’adorer le diable? Non, ça m’étonnerait. Je pense plutôt qu’il essayait de dégager les implications logiques des affirmations calvinistes sur le T.

John Wesley

C’est ce genre d’implication que décrit Wesley lorsqu’il dit que le dogme calviniste de la prédestination[4] :

Elle détruit d’un coup tous ses attributs. Elle renverse, à la fois, sa justice, sa miséricorde et sa vérité. Oui! Elle représente le Dieu très saint comme étant pire que le diable, tout à la fois plus cruel et plus injuste. Plus faux, parce que le diable, menteur comme il est, n’a jamais dit qu’il voulait sauver tous les hommes. Plus injuste, parce que le diable ne peut pas, même s’il le voulait, être coupable d’une injustice aussi grande que celle qui est attribuée à Dieu: condamner des millions d’âmes au feu éternel- préparé pour le diable et ses anges – pour avoir persévéré dans le péché, alors qu’elles ne pouvaient pas faire autrement sans la grâce que Dieu ne voulait pas leur accorder.

Et plus cruel: tout esprit malheureux qui cherche le repos et ne le trouve pas est, à cause de sa propre misère, incité à induire les autres en tentation. Dieu demeure dans un lieu élevé et saint; aussi supposer que, de sa propre initiative, volontairement et par pur plaisir, Dieu, dans sa béatitude, voue ses créatures, avec ou sans leur consentement, à un malheur sans fin, revient-il à lui imputer une cruauté dont il serait impossible de taxer le grand ennemi de Dieu et des hommes. C’est faire le Dieu très haut (que celui qui a des oreilles entende !) plus cruel, plus faux et plus injuste que le diable![5]

3.     Incompréhensible Calvinisme? Les mêmes mots, mais tout un autre dictionnaire

J’aime le mot anglais obfuscation. Il signifie rendre incompréhensible, rendre confus. S’il y a des experts dans le domaine, c’est bien les tenants du calvinisme. Pourquoi? Parce que dans toute cette confusion, ils peuvent affirmer n’importe quoi tout en pouvant toujours nier ce qu’ils ont affirmé. Ainsi, le calvinisme devient quasiment infalsifiable.

Incompréhensible cette Confession de foi de 1689

Prenons un exemple tout simple, tiré de la Confession de Foi Baptiste de 1689 – qui est ni plus ni moins qu’une refonte de la Confession de Foi de Westminster modifiée pour se conformer aux particularités Baptiste. Au chapitre 3, donc, il est écrit :

De toute éternité, selon le conseil très sage et très saint de sa volonté, Dieu a décrété en lui-même, librement et immuablement, tout ce qui arrive ; de telle manière cependant qu’il n’est pas l’auteur du péché […] sans faire violence à la volonté de sa créature, et sans que la liberté, la contingence ou les causes secondes soient exclues, mais qu’elles soient plutôt établies.

Quand je vous dis que le Calvinisme est un éloge à la confusion, ce n’est pas des farces? Regardez, ce syllogisme est pourtant relativement simple :

[1] Dieu décrète tout ce qui arrive;

[2] Le péché est quelque chose qui arrive

[3] Donc Dieu décrète le péché.

Jouer dans la confusion

La seule façon d’affirmer qu’il n’est pas l’auteur du péché alors que c’est lui qui l’a décrété, c’est jouer dans la confusion. Comment une contingence peut être établie, alors que la définition même de ce qui est contingent énonce une chose qui peut être ou ne pas être? Donc, comment peut-on affirmer qu’une contingence soit établie? Aussi facilement que l’on peut trouver un célibataire marié.

Mais si on remonte un peu plus haut dans cette fameuse Confession de foi, qu’on tourne au chapitre 2 et au paragraphe 2 on peut lire :  

Sa connaissance est infinie, infaillible, et indépendante de la créature, de sorte que pour lui, rien n’est contingent ou incertain.

Vous voyez, dans le Calvinisme tout ce qu’on donne de la main droite, on le reprend de la main gauche. On affirme continuellement une chose et son contraire et on peut donc toujours nier l’affirmation qu’on a faite.

Le principe d’explosion

C’est le principe d’explosion[6], ce que les anciens appelaient l’ex contradictione quodlibet – on peut déduire ce qu’on veut d’une contradiction. Ou, d’une manière plus appropriée pour le calvinisme, ex falso quodlibet – on peut déduire ce que l’on veut de l’erreur.

Quand le mot responsable est incompréhensible

Des exemples, il y en a plein. En voici un. Quand je dis que quelqu’un est « responsable », j’affirme qu’il est « capable de répondre »[7]. Pourtant, lorsque les calvinistes utilisent ce mot, ils veulent dire que la personne peut être « punissable » et ce, même elle était incapable de répondre.

Quand le mot permission est incompréhensible

Un autre mot souvent galvaudé par nos amis calvinistes est le mot permission. Normalement, lorsqu’on parle de permission, on parle de donner l’autorisation, la possibilité de faire quelque chose.[8] Ça, c’est que les calvinistes appellent la permission simple, mais quand eux, ils parlent de permission, ils parlent de permission volontaire ou Dieu a décrété que l’individu ferait le mal et, mais ils disent que Dieu l’a permis parce qu’il a ce qu’il passe par une cause secondaire, ou il s’agit d’une cause déficiente[9]. Alors on si on pose la question si Dieu permet ou cause le mal? Certains vont dire oui, d’autres non – mais les deux sont d’accord que c’est Dieu qui l’a décrété. Incompréhensible!

Certains sont plus honnêtes

D’autres vont être plus honnêtes et vont dire comme Calvin :

Certains recourent ici à la différence entre volonté et permission, disant que les iniques périssent, Dieu le permettant, mais non pas le voulant.  Mais pourquoi dirons-nous qu’il le permet, sinon parce qu’il le veut?  Car cela n’est point de soi vraisemblable, que ce n’est pas la seule permission, et non par l’ordonnance de Dieu, que l’homme s’est acquis la damnation, comme si Dieu n’avait point ordonné de quelle condition il voulait que fût la principale et la plus noble de ses créatures.[10]

Mais même Calvin va parfois utiliser l’expression que Dieu permet telle ou telle chose[11]. Incompréhensible, je vous dis! Blague à part, c’est donc une bonne habitude de définir nos termes avec clarté et poser ouvertement des questions afin de bien nous comprendre avant de poursuivre le dialogue.

Que dire du mot amour…

L’une des plus grandes tergiversations du Calvinisme concerne l’amour. Plusieurs vont nous dire, oui, oui, Dieu aime tous les hommes – d’autres, plus honnêtes, vont dire non, il n’aime pas les réprouvés.

Regardez la réponse de Piper à la question : « puis-je dire à tout le monde que Dieu les aime? » La duplicité est palpable, vous allez voir.

À cette question, Piper répond oui, « nous pouvons dire à tout être humain: ‘Dieu t’aime, et voici comment il t’aime: il a donné son Fils pour qu’il meure, de sorte que si tu croyais, tes péchés seraient pardonnés et tu vivrais pour toujours avec lui.’ »[12]

De la propagande habile

Vous voyez ce qu’il fait? Il évite judicieusement la question. Regardez bien. « Dieu t’aime et voici comment il t’aime : il a donné son Fils pour qu’il meure ». Piper croit à l’expiation limitée, il ne croit pas que Christ est mort pour tous les hommes, alors il ne dit pas à la personne que Christ est mort pour elle. Il le laisse pourtant sous-entendre lorsqu’il construit la phrase suivante en utilisant le conditionnel.

Pour Piper, si elle croit ça veut dire que Christ est mort pour elle. Mais comment peut-il en toute honnêteté dire Dieu t’aimes si elle ne fait pas partie des élus – le seul fait que Christ meure pour les autres, pour les élus n’a rien d’une démonstration d’amour, ce n’est que de la duplicité.

Quand l’amour perd sa saveur

Vous voyez ce qu’il fait? Il évite judicieusement la question. Regardez bien. « Dieu t’aime et voici comment il t’aime : il a donné son Fils pour qu’il meure ». Piper croit à l’expiation limitée, il ne croit pas que Christ est mort pour tous les hommes, alors il ne dit pas à la personne que Christ est mort pour elle. Il le laisse pourtant sous-entendre lorsqu’il construit la phrase suivante en utilisant le conditionnel. Pour Piper, si elle croit ça veut dire que Christ est mort pour elle. Mais comment peut-il en toute honnêteté dire Dieu t’aimes si elle ne fait pas partie des élus – le seul fait que Christ meure pour les autres, pour les élus n’a rien d’une démonstration d’amour, ce n’est que de la duplicité.

Quand l’amour change de définition

Don Carson dans livre sur l’amour de Dieu affirme que Dieu « a un amour sélectif spécial pour les élus », mais qu’il se sent libre de « dire aux non-convertis que Dieu les aime ». MacArthur dira :

Le fait que certains pécheurs ne soient pas élus au salut ne prouve pas que l’attitude de Dieu à leur égard soit totalement dépourvue d’amour sincère. Les Écritures nous disent que Dieu est compatissant, bon, généreux et bon même envers les pécheurs les plus obstinés.[13]

Et une autre

Les Écritures disent clairement que Dieu est amour. « Le Seigneur est bon pour tous, et sa miséricorde s’étend sur toutes ses œuvres » (Ps. 145: 9). Le Christ nous commande même d’aimer nos ennemis, et la raison qu’il donne est la suivante: «Afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et les bons, et il envoie de la pluie sur les justes et les injustes »(Matt. 5:45). L’implication évidente est que, dans un certain sens, Dieu aime ses ennemis.[14]

Mais que Dit l’Écrirure?

Moi qui croyait que Paul avait dit que pourvoir au bien-être physique des gens n’était pas de l’amour ? N’a-t-il pas écrit:

Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien. L’amour est patiente, il est pleine de bonté; l’amour n’est point envieuse; l’amour ne se vante point, il ne s’enfle point d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche point son intérêt, il ne s’irrite point, il ne soupçonne point le mal, il ne se réjouit point de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité; il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. (1Co 13:3-7)

À lire cette définition, on voit bien qu’un Dieu-qui-est-amour ne pourrait pas chercher son intérêt au dépends des milliards qu’il enverrait en enfer pour l’unique raison de glorifier sa colère… mais ça c’est une autre hisoire.

Quand l’amour ressemble à la haine

Mais face au châtiment éternel, comment peut-on affirmer que Dieu aime tout le monde? Et bien, on ne le peut pas.

4.     Incompréhensible? Les calvinismes ne sont pas comme à l’emporte-pièce

Tous les calvinistes ne sont pas tous pareils. Par exemple, Edwin Palmer dans son livre sur les cinq points du calvinisme dit :

La préordination signifie le plan souverain de Dieu, par lequel il décide de tout ce qui doit se passer dans l’univers entier. Rien dans ce monde n’arrive par hasard. Il décide et fait en sorte que tout se produise. Il n’est pas assis à l’écart et ne craint peut-être pas ce qui va arriver. Non, il a tout prévu « d’après les conseils de sa volonté » (Eph. 1:11): le mouvement d’un doigt, le battement d’un cœur, le rire d’une fille, l’erreur d’un dactylographe – même le péché.[15]

Il y en a de toutes les couleurs

Toutes les sortes de calvinistes ne seraient pas d’accord avec cet auteur, ou en tout cas, ils ne seraient pas d’accord avec sa transparence. Car il y a des calvinistes modérés, des hauts calvinistes, des ultra-calvinistes et des hypercalvinistes.

Il y en a qui affirment l’expiation de Dieu pour tous les hommes et son désir sincère pour que chaque individu se repente et croie alors que d’autres ne le font pas. Certains affirment le véritable amour de Dieu pour chaque individu, tandis que d’autres décrivent ses sentiments pour les non-élus comme une haine remplie de colère.

Un auteur explique :

Divisé

Les calvinistes sont sérieusement divisés entre eux et l’ont toujours été. Il y a Supralapsaires et les Sublapsaires ainsi que les. Infralapsaires. « Les supralapsaires estiment que Dieu a décrété la chute d’Adam; les Sublapsaires, qu’il l’a permise. » Les calvinistes du Synode de Dordrecht étaient divisés sur de nombreuses questions, y compris le lapsarianisme. Les calvinistes suisses qui ont écrit la formule helvétique de 1675 étaient en conflit avec les calvinistes français de l’école de Saumur. Il existe des calvinistes stricts et des calvinistes modérés, des hyper et non-hyper (différents surtout sur la réprobation et l’étendue de l’expiation et si Dieu aime tous les hommes), il y a les 5 points, les 4 points, les 3 points, les 2 points.

Un petit calvinisme bien à eux

Cependant, chaque fois que l’on essaie de décrire la théologie TULIP puis de la réfuter, il y aura toujours des calvinistes qui soutiendront que vous en faites une fausse représentation. Ce n’est pas tellement que vous l’ayez mal représentée, vous pourriez même citer directement des auteurs calvinistes ou même Calvin lui-même. Le problème, c’est que vous représentez mal leur calvinisme à eux! Il y a les calvinistes de Calvin, de Fuller, de Pink, les calvinistes presbytériens, les calvinistes baptistes, ainsi que de nombreuses autres sortes de calvinisme.

De nombreux calvinistes n’ont jamais même lu l’Institution de la religion chrétienne de Calvin. Ils ne font que suivre quelqu’un qui suit quelqu’un qui aurait suivi Calvin (qui, de son propre aveu, a suivi Augustin).[16]

Rosa, Rosa, Rosam, Rosarum, Rosis, Rosis… Toute une déclinaison, mais une rose demeure une rose

Le problème, bien sûr c’est que le calvinisme a beau se décliner de toutes sortes de manières, l’idée de base est la même. Il y a un décret qui englobe tout, même les actions pécheresses des hommes et même si on veut utiliser toutes les plus belles élucubrations… on ne peut éviter la conclusion inévitable funeste que Dieu est à l’origine du mal.

5.     Incompréhensible? Certains ne savent simplement ce que ça veut dire que d’être calviniste.

Entre ce dont nous avons parlé dans notre dernier article sur le calvinisme furtif, et tout ce que nous voyons dans celui-ci, il est clair que les choses peuvent devenir rapidement très mélangeantes pour monsieur et madame tout le monde. Ils n’ont peut-être jamais lu les Calvin, Piper, Sproul, MacArthur… Ils sont trop souvent ignorant des éléments plus inquiétants, plus sombre du calvinisme. Moi-même, plus jeune, j’étais persuadé que le calvinisme n’était qu’une question de sécurité du salut.

Pas étonnant, ni incompréhensible

Il n’est donc pas étonnant de se faire accuser de ne pas représenter correctement le calvinisme alors qu’eux même ne connaissent pas le calvinisme.

John Piper

Des citations comme celle de Piper :

En d’autres termes, ce n’est pas seulement que Dieu réussit à transformer les aspects pervers de notre monde en bien pour ceux qui l’aiment; c’est plutôt qu’il apporte lui-même ces aspects pervers pour sa gloire (voir Ex. 9: 13-16; Jean 9: 3) et le bien de son peuple (voir Héb. 12: 3-11; Jacques 1: 2-4). Cela inclut – aussi incroyable et aussi inacceptable que cela puisse nous paraître actuellement – que Dieu ait même provoqué la brutalité des nazis à Birkenau et Auschwitz ainsi que les terribles assassinats de Dennis Rader et même les abus sexuels d’un jeune enfant.[17]

Jean Calvin

Ou celles-ci, de Calvin :

Car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais ordonne les uns à la vie éternelle, et les autres à l’éternelle damnation.  Selon la fin pour laquelle est créé l’homme, nous disons qu’il est prédestiné à la mort ou à la vie[18].

Ou encore :

Ce n’est pas la seule permission, et non par l’ordonnance de Dieu, que l’homme s’est acquise la damnation, comme si Dieu n’avait point ordonné de quelle condition il voulait que fût la principale et la plus noble de ses créatures.[19]

Et,

Les adversaires allèguent qu’on ne trouvera point ceci exprimé mot à mot, que Dieu eût déterminé qu’Adam dût trébucher en une ruine mortelle […] Ils disent qu’Adam a été créé avec son franc arbitre pour se donner telle fortune qu’il voudrait, et que Dieu n’avait rien déterminé de lui, sinon de le traiter selon ses mérites.  Si une si froide invention est reçue, où sera la puissance infinie de Dieu, par laquelle il dispose toutes choses selon son conseil secret, qui ne dépend point d’ailleurs? [20]


[1] https://soteriology101.com/2017/05/20/you-dont-understand-calvinism/

[2] https://www.youtube.com/watch?v=1D2SWKbZSIU

[3] The Problem of Pain, p. 29

[4] Contrairement à la prédestination scripturaire

[5] http://ueem.umc-europe.org/foi/de-la-libre-grace.pdf

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_d%27explosion

[7] Du latin responsus, ‘répondu’, et du suffixe -a⁠ble, ‘pouvoir’.

[8] Articles « Permettre » et « Permission », Dictionnaire de définitions, Antidote 10, version 1.1 [Logiciel], Montréal, Druide informatique, 2018.

[9] La cause déficiente, c’est que Dieu enlève ce qui retient le mal dans ce que Dieu veut qui soit fait. Cette causalité, dans la perspective calviniste est tout aussi infaillible que la cause efficiente. En d’autres termes, c’est comme si plutôt que de pousser l’aveugle dans le trou, je creuse un trou devant lui.

[10] Calvin J., L’institution Chrétienne – Livre troisième, Éditions Kerygma – Éditions Farel, p. 427

[11] Mais dans ce cas, il fait référence à la permission volontaire.

[12] https://www.desiringgod.org/messages/god-so-loved-the-world-part-2/excerpts/can-i-tell-everyone-god-loves-them

[13] https://www.gty.org/library/articles/A294/the-love-of-god-and-the-nonelect

[14] John MacArthur, the God who loves

[15] E.H. Palmer and M. Horton, The Five Points of Calvinism: A Study Guide (Baker Publishing Group, 2010), p. 30.

[16] http://www.verhoevenmarc.be/PDF/Calvinismdebate.pdf

[17] http://www.desiringgod.org/messages/all-the-good-that-is-ours-in-christ-seeing-gods-gracious-hand-in-the-hurts-others-do-to-us

[18] Calvin J., L’institution Chrétienne – Livre troisième, Éditions Kerygma – Éditions Farel, p. 399

[19] Ibid., p. 427

[20] Ibid., p.426

Que Penser Du Calvinisme – Partie 1

Que penser du Calvinisme

La première d’une série d’études sur le Calvinisme. Dans cette émission, la table est mise pour bien comprendre ce qu’est le Calvinisme. Dans cet épisode, nous prenons le temps de bien définir les termes et de bien définir le sujet étudié.

Calvinisme est un système théologique, associé au réformateur Jean Calvin, qui souligne la primauté de Dieu sur toutes choses comme le reflète sa lecture de l’Écriture concernant Dieu, l’humanité, le salut, et l’église. Le Calvinisme voit Dieu comme contrôlant minutieusement toute chose, que ce soit le péché ou les bonnes actions de ses créatures.

En langue populaire, le calvinisme se réfère souvent aux cinq points de doctrine calviniste concernant le salut, qui composent l’acrostiche TULIP. Dans son sens le plus large, le calvinisme est associé à la théologie réformée. Pourtant, même si ses adeptes prétendent souscrire à la théologie réformée, une bonne partie des réformteurs n’ont jamais adhéré à la théologie Calviniste.

 

L’homme Au Centre, vraiment ? C’est une vraie caricature

L'homme au centre

Pat, tu crois au libre arbitre, alors tu as une religion centrée sur l’homme. Tu exaltes l’être humain et tu rabaisses la souveraineté de Dieu. Tu exaltes la justice humaine. Je me suis fait dire ce genre de chose tant de fois que je ne saurais pas toutes les compter. À chaque fois, je ne peux pas vraiment m’empêcher de rigoler.  Après tout, c’est le but d’une caricature, non ?  L’homme au centre, vraiment ? MDR !

Parce que c’est bien ce que c’est, ce ne sont que de simples caricatures, non ? Comme toute bonne parodie, la description qu’on fait de l’autre est bulersque et il vaut mieux en rire. Personne ne penserait prendre les sketches d’un Bye Bye ou les scènes d’un film burlesque représentent la réalité.

Alors, ce sont bien de simples caricatures, oui ou non ? Malheureusement. Le problème, c’est que les gens qui véhiculent ces propos disent représenter fidèlement la thèse adverse, alors que c’est faux.

Comme toute bonne parodie, la description qu’on fait de l’autre est bulersque et il vaut mieux en rire.

Bon, moi je sais que ce ne sont que de simples caricatures, des hommes de paille, que ce n’est pas sérieux.

Un homme de paille ? Oui, c’est une vieille ruse, un stratagème qu’on utilise pour marquer des points dans une conversation. En fait, c’est un sophisme, un argument fallacieux, qui permet à celui l’utilise — mais qui est incapable de réfuter l’argumentaire de l’autre — «de sortir victorieux d’une confrontation avec une version affaiblie de cet argumentaire ». C’est d’autant plus facile, si cette personne invente de toute pièce « la version affaiblie en la façonnant exactement telle qu’elle doit l’être pour garantir qu’elle sera démolie. »

L’homme au centre, toute une caricature

Comme j’allais dire, moi je le sais que ce n’est qu’une caricature… mais ce n’est pas le cas de tout le monde malheureusement. C’est donc pour ça qu’il faut régulièrement corriger le tir.

Ce n’est pas le seul stratagème que les tenants du calvinisme utilisent pour décrier le libre arbitre. Ils sont friands des sophismes par association, c’est-à-dire qu’ils vont associer le vrai croyant qui croit au libre arbitre à un hérétique de l’histoire comme Pélage qui lui aussi croyait au libre arbitre.

Imaginez-vous un Joe Le Truand qui croit aux licornes et Marie, une petite fille de trois ans qui elle aussi croit aux licornes. Marie est-elle une meurtrière parce qu’elle partage une croyance avec Joe ? Vous voyez comme c’est ridicule ? Pourtant, combien de fois m’a-t-on dit : Pat, tu es pélagien, tu es semi-pélagien ou Pat, tu es socinien… Que de bêtises !

Remarquez que je pourrais tenir le même genre de propos, je pourrais dire que ceux qui nient le libre arbitre et croient au compatibilisme sont tout simplement athées. Selon cette logique, puisque bons nombres d’athées nient aussi le libre arbitre et croient au compatibilisme, on pourrait dire que les calvinistes sont athées : Non, mais vous voyez comme c’est ridicule ce genre de propos ?

Imaginez-vous un Joe Le Truand qui croit aux licornes et Marie, une petite fille de trois ans qui elle aussi croit aux licornes. Marie est-elle une meurtrière parce qu’elle partage une croyance avec Joe ? Vous voyez comme c’est ridicule ?

La bombe H

Ainsi, plutôt que de s’adresser au fond de la discussion, certains calvinistes préfèrent la facilité et sous-entendre l’hérésie des propos tenus par ceux qui croient au libre arbitre. Moi, j’appelle ça laisser tomber la bombe H sur une discussion — elle y met fin sans jamais avoir traité réellement du sujet.

Ce qui est très drôle, c’est que dans l’histoire, le même concile ecclésiastique qui condamna les semi-pélagiens condamna le genre de propos que tenait Jean Calvin sur la prédestination — ça, vous pouvez être certains qu’ils n’en parlent pas…

D’ailleurs, le genre de prédestinatianisme promu par Calvin a été condamné par nombre de conciles ecclésiastique dans le passé. Il ne s’agit donc pas, ici, d’une simple comparaison superficielle, mais bien de verdicts officiels. En fait, que ce soit dans les écrits des Pères, dans les décisions des conciles, dans les excommunications répétées, l’histoire de l’Église témoigne encore et encore du rejet du prédestinatianisme. Elle rejeta aussi toute doctrine qui excluait la coopération du libre arbitre avec la grâce, qui affirmait que Dieu ne veut pas vraiment sauver tous les hommes et qui prétendait que l’œuvre de Christ ne concerne qu’une minorité d’élus.

Ce qui est très drôle, c’est que dans l’histoire, le même concile ecclésiastique qui condamna les semi-pélagiens condamna le genre de propos que tenait Jean Calvin sur la prédestination.

Quelques exemples

Entre 470 et 480 : Les conciles d’Arles qui condamna comme hérétique l’enseignement de Lucide qui enseignait la prédestination en niant la coopération du libre arbitre avec la grâce.

Entre 849 et 860 : Les Conciles de Quierzy, de Valence, de Langres, de Toul et de Thuzey qui condamnèrent comme hérétique l’enseignement de Gottschalk d’Orbais. Il fut l’un des premiers à prétendre que Christ n’était mort que pour les élus et qui lui aussi enseignait la prédestination en niant la coopération du libre arbitre avec la grâce.

Je reviendrai une autre fois sur ce sujet, car bien que je ne veuille pas à mon tour laisser tomber la bombe H, il faut bien répondre à l’accusation d’hérésie.

D’ailleurs, même si le verdict de l’histoire de l’Église sur le prédestinatianisme et sur le libre arbitre appuie mes propos, je préfère un dialogue honnête. J’aime mieux la discussion franche que les ruses et les stratagèmes qui ne sont d’aucune utilité quand on cherche vraiment la vérité sur un sujet.

D’ailleurs, même si le verdict de l’histoire de l’Église sur le prédestinatianisme et sur le libre arbitre appuie mes propos, je préfère un dialogue honnête. J’aime mieux la discussion franche que les ruses et les stratagèmes qui ne sont d’aucune utilité quand on cherche vraiment la vérité sur un sujet.

Alors le libre arbitre c’est quoi ?

Être libre et responsable, c’est :

  1. Être à l’origine de ses propres choix ;

Les choix et les décisions doivent être autodéterminés. Voici ce que je veux dire, les choix ou les décisions résultent normalement d’un processus de délibération (même s’ils peuvent se faire sur un coup de tête). Ils peuvent également donner lieu immédiatement à des actions (ou pas, si je change d’idée ou si je suis incapable de l’actualiser).

Donc, suivant Aristote, pour citer sa Physique: « Ainsi le bâton meut la pierre, mu luimême par la main que meut l’homme, et l’homme produit le mouvement, sans luimême être mu par une autre cause. ».

  1. Pouvoir ou non choisir une option possible ;

Toutes choses étant égales, les choix et les décisions auraient pu être différents. En d’autres termes, pour citer Van Inwagen: à un instant donné t, « vous auriez pu rendre fausses la proposition selon laquelle vous avez déplacé votre main à t ». C’est ce que Kane dans son excellent ouvrage sur le Libre Arbitre The Significance of FreeWill appelle la condition de la possibilité alternative (AP). C’est-à-dire que: « L’agent a des possibilités alternatives (il peut faire autrement) par rapport à A en t dans le sens que, à t, l’agent peut (a la puissance ou la capacité de) A et peut (a la puissance ou la capacité à) faire autrement ». Je vous conseille également le The Oxford Handbook Of Free Will si vous voulez approfondir le sujet…

Ça, ça veut dire qu’une personne pour être libre, doit pouvoir choisir ou s’abstenir de choisir une option possible. Ça, ça implique que pour pouvoir exercer sa liberté, cette personne doit avoir des options de disponibles.

  1. Être ultimement responsable de ses choix.

Les agents doivent être ultimement responsables (UR) pour leurs actions. Pour citer la définition plutôt compliquée, mais très approfondie de Kane:

Un agent est ultimement responsable d’un événement ou d’un état E, si et seulement si l’agent est personnellement responsable (R) de l’apparition d’E dans un sens qui implique que l’agent a librement fait ou omis de faire, et pour lequel l’agent aurait pu librement faire autrement. Il est à l’origine de et a causé de l’apparition de E et a fait une différence pour savoir si E s’est produit ou non ; et (U) pour chaque X et Y (où X et Y représentent des occurrences d’événements et/ou d’états) si l’agent est personnellement responsable de X et si Y est un arche (ou un terrain ou une cause ou une explication suffisante) pour X, alors l’agent doit également être personnellement responsable de Y.

Ouf !!

Là, je suis certain que si vous continuez de lire après la lecture de ce paragraphe, vous me haïssez quand même un peu. Tout ce que ça veut dire, c’est que pour être ultimement responsable d’un événement, il faut que ça soit de ma faute et seulement de ma faute. Ça, ça veut dire qu’il n’y a rien, à l’extérieure de moi qui a été la cause de ma décision. Aucun de philtre d’amour, aucune incantation, pas d’hypnose, pas d’implant cérébral ou de nanorobot (imaginez tous les scénarios de films de SF ou de film fantastiques que vous voulez)… pas d’emprise démoniaque, ni même de décret divin.

Ça, ça ne veut pas dire que ces choses sont impossibles. Ça veut dire que si je décide de faire quelque chose, mais que ma décision a été causée par quoi que ce soit d’autre que moi, je ne suis pas ultimement responsable de mon action. La responsabilité ultime appartient à la personne qui m’a subjugué, que ce soit un autre humain ou Dieu.

Ça ne veut pas dire non plus que les décisions et les choix sont indéterminés, mais ils sont autodéterminés, c’est-à-dire qu’ils sont déterminés par l’agent lui-même.

« Ainsi le bâton meut la pierre, mu luimême par la main que meut l’homme, et l’homme produit le mouvement, sans luimême être mu par une autre cause. ». Aristote, Physique.

L’homme au centre ? Non, le libre arbitre n’est pas souverain…

Cela ne veut pas non plus que Dieu ne puisse jamais déterminer l’action d’un être humain. En effet, je ne vois aucune raison que des décisions comme celles de nommer un enfant Cyrus ou de produire l’Écriture ne peuvent pas être déterminée. Mais ces actions n’ont aucune importance morale significative ceux qui les font — ils ne sont ni louables, ni blâmables pour ces actions. Il s’agit dans ces cas-là d’interventions divines non moins miraculeuses que la multiplication des pains.

En outre, compte tenu de cette définition, les créatures ne peuvent en aucun cas être considérées comme étant au-delà de Dieu. En effet, c’est Dieu qui détermine les options qui sont disponibles aux créatures pour exercer leur libre arbitre ou c’est Dieu qui définit les bornes et les limites dans lesquelles les créatures peuvent exercer leur liberté.

Esclave du péché

Mais Patrice, la Bible dit que nous sommes esclaves du péché !!! Ça veut bien dire que nous n’avons pas de liberté, non ?

Mais non !

Paul, quand il nous parle de ça, il écrit aux Romains… Aux Romains ! Il y a des millions d’esclaves dans tout l’Empire romain. Il y a des esclaves partout. Or, à Rome l’esclavage était considéré comme

L'homme au centre ou esclave du péché

l’effet d’un acte juridique (dette, mauvaise conduite, par naissance d’un esclave…) et militaire (guerre, conquête…). On retrouve à peu de chose près les mêmes critères dans l’Ancien Testament.

Mais que ce soit dans l’Empire romain ou dans l’Ancien Testament… un esclave était juridiquement lié, certes, mais il pouvait vouloir être autre chose qu’un esclave. Un esclave pouvait chercher à être affranchi.

De plus, le maître assignait une limite à la liberté de l’esclave et lui laissait une certaine liberté d’action dans laquelle il pouvait exercer son libre arbitre sans aucune entrave.

Paul, bien que esclave du péché a pu dire : j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien (Romains 7:18). Bien qu’esclave, il pouvait vouloir être affranchi !

Mais que ce soit dans l’Empire romain ou dans l’Ancien Testament… un esclave était juridiquement lié, certes, mais il pouvait vouloir être autre chose qu’un esclave. Un esclave pouvait chercher à être affranchi.

Centrée sur l’homme, vraiment ?

En terminant, je veux vous laisser avec cette citation de Tozer. Elle décrit la grandeur et la majesté divine :

Dieu a souverainement décrété que l’humain devrait être libre d’exercer ses choix moraux, et depuis le commencement l’humain a accompli ce décret en faisant le choix entre le bien et le mal. Lorsqu’il choisit de faire le mal, il ne contrevient pas à la souveraine volonté de Dieu, mais il l’accomplit, dans la même mesure où le décret divin éternel n’a pas décidé quel choix l’humain devrait faire, mais plutôt qu’il devrait être libre de faire ce choix. Si dans sa liberté absolue Dieu a voulu donner une liberté limitée, qui peut contredire Son action, et dire, « Que fais-tu ? La volonté de l’homme est libre parce que Dieu est souverain. Un Dieu moins souverain n’aurait pas pu accorder la liberté morale à ses créatures. Il aurait eu peur de le faire.

Peut-on dire en toute honnêteté qu’une telle conception est centrée sur l’homme ? Je ne le crois pas. Au contraire, elle est centrée sur la pleine souveraineté de Dieu qui est au ciel et qui fait ce qu’il veut (Ps. 115 :3), mais qui “a donné la terre aux fils de l’homme” (Ps. 115 :16).

Une justice humaine, vraiment ?

À l’accusation souvent répétée que ceux qui enseignent le libre arbitre prônent une justice et une bonté humaine, je réponds par cette citation de C.S. Lewis :

Ou pourrait-on sérieusement introduire l’idée d’un Dieu mauvais, comme par la porte arrière, par une sorte de calvinisme extrême ? Vous pourriez dire que nous sommes déchus et dépravés.

Nous sommes tellement dépravés que nos idées de bonté ne valent rien ; ou pire, moins que rien — le fait même que nous pensions quelque chose de bon devient une présomption que ce soit en réalité mauvais.

Maintenant Dieu possède en fait — nos pires craintes sont vraies — toutes les caractéristiques que nous considérons comme mauvaises: la déraison, la vanité, l’esprit de vengeance, la cruauté.

Mais tous ces noirs (comme ils nous en semblent) sont réellement blancs. C’est seulement notre dépravation qui leur donne un aspect qui nous semble noir.

Et puis ? Pratiquement (et spéculativement), nous venons d’effacer Dieu de l’ardoise. Le mot bon, lorsque nous lui appliquons, devient vide de sens: comme abracadabra. Nous n’avons plus aucun motif de lui obéir. Pas même la peur. Il est vrai que nous avons ses menaces et ses promesses.

Mais pourquoi devrions-nous les croire ? Si la cruauté est “bonne” de son point de vue, raconter des mensonges peut être tout aussi “bon”. Même si elles sont vraies, alors quoi ? Si ses idées du bien sont si différentes de la nôtre, ce qu’il appelle le ciel pourrait bien être ce que nous devrions appeler l’enfer, et vice-versa.

Enfin, si la réalité, à sa racine, nous est tellement incohérente — ou, pour regarder la chose différemment, si nous sommes à ce point des imbéciles — à quoi sert-il d’essayer de penser à Dieu ou à quoi que ce soit d’autre ? Ce nœud se défait lorsque lorsqu’on essaye de le resserrer.

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Enfants de colère

J’ai longtemps cru que j’étais un calviniste modéré. La raison était simple, j’étais ignorant. Quand j’ai compris ce que voulais dire être calviniste, même modéré… j’ai réalisé que je ne l’avais jamais été. J’ai pourtant longtemps cru, et même enseigné que l’homme était pécheur par nature, que dans leur nature même, les humains étaient Enfants de colère… Pour moi, c’était un acquis.

La raison était simple, j’étais ignorant.

Mais même lorsque j’enseignais que l’homme était pécheur par nature, il y avait une chose qui me gênait… c’était l’absence totale de cette conséquence dans le texte de la chute du livre de la Genèse. Une des choses qui me gênait, c’était qu’au chapitre 4 de la Genèse, on voyait Dieu piquer un brin de causette avec Caïn – déjà ça, ça m’apparaissait bizarre. Étant donné la doctrine de la dépravation totale, comment un réprouvé pouvait-il avoir une discussion avec un Dieu saint ? Et comment Dieu pouvait-il lui dire, en toute honnêteté, qu’il pouvait résister au péché qui couchait à sa porte ? C’était très gênant, comment un Dieu pouvait-il manquer d’intégrité ?

Que voulez-vous ? J’étais ignorant !

La nature d’une chose

La nature d’une chose, c’est ce qu’elle est dans son sens le plus fondamental — c’est ce que nous apprend la philosophie[1]. Si vous changez la nature d’une chose, d’un arbre, par exemple, ce n’est plus ce que c’était : ce n’est plus un arbre. Rappelez-vous la quête des alchimistes, ils voulaient transmuter le plomb, changer sa nature et la transformer, en or.

En relisant le texte de la chute par contre, j’ai réalisé que rien n’indiquait que la nature de l’être humain avait changé d’une manière ou d’une autre… Et là, mes yeux sont tombés sur un petit bout de phrase : Voici l’homme est devenu… (Gen. 3 :22).

La nature d’une chose, c’est ce qu’elle est dans son sens le plus fondamental !

Ah ! Voilà ! Le texte dit qu’il devenu quelque chose. On aurait pu s’attendre à quelque chose comme il est devenu :

  • Incapable de ne pas pécher ;
  • Impuissant et incapable de faire quoi que ce soit de bien
  • Incapable de vouloir le bien ;
  • Une nature pécheresse…

Je me serais attendu à quelque chose, en tout cas, qui nous aurait confirmé que sa nature avait bel et bien changé pour le pire… mais non.

Changer de nature, c’est tout changer…

Le plus gros problème, c’est que changer la nature d’un être, le transformer en autre chose est un acte de création que seul Dieu peut accomplir. Or, « tout ce que Dieu a créé est bon » (1 Tim. 4 :4), il n’aurait donc pas créé une nature qui ne peut que pécher.

Quand on poursuit la lecture que lit-on ? « L’Éternel Dieu dit: Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous, POUR la connaissance du bien et du mal. »

C’est tout ? Pas de changement de nature ? Non. S’il avait changé de nature, il serait devenu autre chose qu’humain. Que s’est-il passé ? Maintenant l’être humain peut connaître le mal ! Bon, c’est un début. Mais il peut connaître le bien aussi ? Oui.

— Mais connaître le bien, c’est bien ou pas ?

— Il me semble que oui, à moins que ce ne soit pas vraiment le bien que tu connaisses.

— Quelqu’un de non régénéré ne peut pas vraiment connaître le bien, si ?

— Il me semble que ce que Dieu connaît comme bien, c’est vraiment bien. Et il dit bien que l’être humain est devenu comme lui pour la connaissance du BIEN et du mal. Il est certain que l’être humain ne sera jamais omniscient, mais il peut quand même connaître ce qui est bien, même si ce n’est que d’une manière limitée.

C’est là le drame !

L’être humain est maintenant séparé de Dieu et il est devenu son propre référentiel sur ce qui est bien et ce qui est mal – comme un adolescent en pleine crise, il peut décider ce qu’il veut être bien et ce qu’il veut être mal.

Attention, le texte ne dit pas que la connaissance que l’humain a du bien est toujours mal. Non, mais certains par contre peuvent en venir à appeler le mal bien, et le bien mal (Es. 5 :20). Quand Jean-Luc dit que tromper sa femme, c’est mal et qu’honorer sa femme c’est bien, il dit vrai et il a le même point de vue que Dieu à ce sujet — même s’il est non Chrétien.

C’est là le drame ! La nature humaine n’a pas changé, c’est son point de vue, son référentiel qui a changé… Ce n’est plus Dieu qui est le point de référence, c’est lui-même.

— Et est-ce que tous les êtres humains ont été touchés par cette connaissance du bien et du mal ? Est-ce que tous connaissent le bien et le mal ?

— Oui et non.

— Oui et non ? Qu’est-ce que tu veux dire ? Il y a des humains qui ne sont pas touchés par le péché d’Adam. Il y a des gens qui ne connaissent pas le bien et le mal.

— Disons que c’est vrai pour tous ceux qui peuvent connaître le bien et le mal. Car la Bible dit que les enfants ne connaissent pas le bien et le mal (Deut. 1 :39). En vieillissant, ils vont pourvoir, c’est certain… mais quand ils sont enfants, ils n’ont pas la connaissance du bien et du mal.

C’est là le drame ! La nature humaine n’a pas changé, c’est son point de vue, son référentiel qui a changé… Ce n’est plus Dieu qui est le point de référence, c’est lui-même.

Un changement de point de référence

Mais revenons au drame. La nature humaine n’a pas changé, c’est son point de vue, son référentiel qui a changé… Ce n’est plus Dieu qui est le point de référence, c’est lui-même.

C’est ça l’aiguillon de la mort que Paul dit être le péché (1 Cor. 15 :56). Quel péché ? N’importe lequel ? Non, celui d’Adam par qui la mort est entrée dans le monde. La mort qui fait de chacun de nous son propre référentiel. C’est ce péché qui règne sur l’humanité par la mort (Rom. 5 :21)… Ce n’est pas la mort qui règne par le péché… Elle est entrée dans le monde, mais ce n’est pas elle qui règne. Le texte dit que c’est le péché qui règne, qui règne par la mort, qui règne par cette séparation d’avec Dieu.

Le péché d’Adam, d’avoir voulu devenir son propre référentiel quant au bien et au mal, règne sur la planète par la mort spirituelle.

C’est le parasite qui habite la chair, comme dit Paul (Rom. 7 :17,20).

— Mais la Bible dit que nous étions par nature des enfants de colère, tu fais quoi de ça ?

— Alors, regardons ça ensemble.

Enfants de…

Au Québec, on connaît bien ça des anglicismes et même si une bonne majorité les utilise, bon nombre ne les aiment pas. Nous préférons utiliser de bons vieux mots qui sont propres au français. À part les mots, il y a aussi les expressions qui peuvent être des anglicismes. L’expression bon matin, par exemple, est très critiquée parce que dit-on c’est un calque de l’anglais good morning. C’est d’ailleurs l’un des rares anglicismes que j’utilise régulièrement. On dit bien bonne soirée, bon après-midi, alors je ne vois pas pourquoi on ne dirait pas aussi bon matin.

D’accord, d’accord, je reviens à mon sujet. Tout comme il existe des anglicismes, il existe aussi des hébraïsmes, c’est-à-dire, une expression de l’hébreu ou calquée sur l’hébreu dans une autre langue. Et l’expression enfant de… en est un.

Quelques exemples

On le retrouve souvent dans la Bible, même si on ne le traduit pas tout le temps comme tel. Cet hébraïsme consiste à décrier le caractère d’une personne en disant qu’il est issu de…

En premier lieu, en 2 Rois 6 :32, Élisée accueille les mercenaires du roi, venus pour le tuer, en disant : « Voyez-vous que ce fils d’assassin envoie quelqu’un pour m’ôter la tête ? ».

Deuxièmement, en 1 Samuel 20 :30 et même si la version Segond le traduit par : « Fils pervers et rebelle, sais-je pas que tu as pour ami le fils d’Isaï, à ta honte et à la honte de ta mère ? », original est mieux traduite par Darby qui nous rend le verset ainsi : « Fils de la femme perverse et rebelle, ne sais-je pas que tu as choisi le fils d’Isaï à ta honte et à la honte de la nudité de ta mère ? ».

Un autre exemple, qui, encore une fois n’est pas directement traduit dans la Segond est Job 30 :8 : « Êtres vils et méprisés, on les repousse du pays » est en fait : «Fils d’insensés, et fils de gens sans nom, ils sont chassés du pays. ».

Et encore en Ésaïe 57 :4-5 : « Mais vous, approchez ici, fils de l’enchanteresse, Race de l’adultère et de la prostituée ! De qui vous moquez-vous ? Contre qui ouvrez-vous une large bouche et tirez-vous la langue ? N’êtes-vous pas des enfants de péché, une race de mensonge ? »

La liste serait longue, mais je pense que l’idée générale est bien comprise. Remarquez que l’on a d’ailleurs le même genre d’expressions en français, mais c’est habituellement des jurons : enfant de c***, enfant de p***…

… de colère

Dans l’Écriture, la colère de Dieu se manifeste toujours contre les péchés et jamais contre la nature des individus. En Romains 1, par exemple, on voit que «la colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive » (Rom 1:18). Que dire des versets qui apparaissent un peu plus bas :

Comme ils ne se sont pas souciés de connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur sens réprouvé, pour commettre des choses indignes (29) étant remplis de toute espèce d’injustice, de méchanceté, de cupidité, de malice ; pleins d’envie, de meurtre, de querelle, de ruse, de malignité ; (30) rapporteurs, médisants, impies, arrogants, hautains, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, dépourvus d’intelligence, (31) de loyauté, d’affection naturelle, de miséricorde. (32) Et, bien qu’ils connaissent le jugement de Dieu, déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais ils approuvent ceux qui les font. (Rom 1:28-32)

Comme on voit, par ce bel exemple, la colère de Dieu se dirige vers les péchés et non vers la nature des individus. Ils sont donc enfant de colère de par leur actions.

Oui, mais il s’agit bien de leur nature, non ?

Premièrement, trois choses définissent un mot dans un contexte donné :

  • L’usage courant (Usus Loquendi)
  • La grammaire
  • Le contexte

Si le texte où l’on venait de retrouver le mot nature avait été l’œuvre d’Aristote, je ne me serais pas posé de question sur le sens du mot nature. Mais là, il s’agit de Paul et non du grand philosophe.

D’ailleurs, Paul utilise d’ailleurs ce mot de plusieurs façons.

  • Il parle des incirconcis par nature (Romain 2 :27) — ce n’est pas l’ablation du prépuce qui modifie la nature d’un être humain ;
  • Il parle de l’olivier naturel et de l’olivier sauvage — or les deux appartiennent à la même espèce.

L’un des sens du mot traduit ici par nature est le suivant : ce qui par force d’habitude est devenu comme une seconde nature[2]. Comme le disait si bien Michel de Montaigne : « L’accoustumance est une seconde nature, et non moins puissante. »

Un bel exemple est tiré du livre de Jérémie

Un Éthiopien peut-il changer sa peau, et un léopard ses taches ? De même, pourriez-vous faire le bien, vous qui êtes accoutumés à faire le mal ? (Jér 13:23)

Comme le disait si bien Michel de Montaigne : « L’accoustumance est une seconde nature, et non moins puissante. »

Ici, le prophète, inspiré du Saint-Esprit nous dit que l’accoutumance au mal devient si forte, qu’elle devient inchangeable comme la couleur de peau ou les motifs d’un pelage. Mais il s’agit d’un processus. Le même processus qui pousse à l’alcoolisme ou à la dépendance.

Ce n’est pas pour rien que les enfants semblent normalement si réceptifs à l’Évangile — ils ne se sont pas encore endurcis.

C’est un peu ce que reprend l’apôtre Paul quand, à la fin du livre des Actes il dit :

Va vers ce peuple, et dis: vous entendrez de vos oreilles, et vous ne comprendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. Car le cœur de ce peuple est devenu insensible ; ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, qu’ils n’entendent de leurs oreilles, qu’ils ne comprennent de leur cœur, qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. (Act 28:26-27)

Je pourrais multiplier les exemples, mais on voit que dans la parole que l’accoutumance aux péchés et au mal devient si forte, qu’elle devient seconde nature.

L’imparfait de l’indicatif

Un autre élément intéressant, dans la compréhension de ce passage c’est l’utilisation de l’imparfait de l’indicatif dans le grec qui se traduirait mieux par : « nous étions en train d’être par nature des enfants de colère… »

Conclusion

Comme on a pu le constater, la chute de l’homme a eu d’énormes conséquences. Malgré tout, rien ne permet d’affirmer que l’être humain — même s’il est enclin au péché — n’a pas une nature pécheresse comme le décrit le calvinisme.

Par ailleurs, nous avons eu dans mon dernier billet, la Marche Des Morts Vivants, l’être humain est spirituellement mort. Cette mort, loin d’être une incapacité totale, est une séparation d’avec Dieu.

Malgré toutes ces conséquences, la nature humaine — quoiqu’infecté par le péché — n’a pas été complètement transmutée en autre chose. Comme je l’ai mentionné, changer la nature d’un être en autre chose est un acte de création. Or, tout ce que Dieu a créé est bon (1 Tim. 4 :4), il n’a donc pas créé une nature pécheresse.

L’être humain est devenu quelque chose…

L’être humain est bel et bien devenu quelque chose, il est devenu comme Dieu en regard à la connaissance du bien et du mal. Pourtant, les enfants, eux, n’ont pas cette connaissance : ce qui semble diminuer la portée de la chute. Du moins, elle ne touche pas la nature même de l’être humain.

Finalement, l’accoutumance au péché devient seconde nature et les êtres humains s’endurcissent au point de se fermer à l’action de Dieu. Ce n’est pas pour rien que les enfants semblent normalement si réceptifs à l’Évangile — ils ne se sont pas encore endurcis.

C’est envers les péchés humains que la colère de Dieu se déchaîne, non envers sa nature — car après tout, n’est-ce pas lui qui l’a créé cette nature ?

[1] Le mot nature traduit le mot grec phusis qui a plusieurs sens différents. Aristote, dans son œuvre magistrale La Physique, lui donne un sens bien particulier.

[2] https://www.blueletterbible.org/lang/lexicon/lexicon.cfm?t=kjv&strongs=g5449