Par nature, Enfants de colère – péchés ou conséquences

Enfants de colère

J’ai longtemps cru que j’étais un calviniste modéré. La raison était simple, j’étais ignorant. Quand j’ai compris ce que voulais dire être calviniste, même modéré… j’ai réalisé que je ne l’avais jamais été. J’ai pourtant longtemps cru, et même enseigné que l’homme était pécheur par nature, que dans leur nature même, les humains étaient Enfants de colère… Pour moi, c’était un acquis.

La raison était simple, j’étais ignorant.

Mais même lorsque j’enseignais que l’homme était pécheur par nature, il y avait une chose qui me gênait… c’était l’absence totale de cette conséquence dans le texte de la chute du livre de la Genèse. Une des choses qui me gênait, c’était qu’au chapitre 4 de la Genèse, on voyait Dieu piquer un brin de causette avec Caïn – déjà ça, ça m’apparaissait bizarre. Étant donné la doctrine de la dépravation totale, comment un réprouvé pouvait-il avoir une discussion avec un Dieu saint ? Et comment Dieu pouvait-il lui dire, en toute honnêteté, qu’il pouvait résister au péché qui couchait à sa porte ? C’était très gênant, comment un Dieu pouvait-il manquer d’intégrité ?

Que voulez-vous ? J’étais ignorant !

La nature d’une chose

La nature d’une chose, c’est ce qu’elle est dans son sens le plus fondamental — c’est ce que nous apprend la philosophie[1]. Si vous changez la nature d’une chose, d’un arbre, par exemple, ce n’est plus ce que c’était : ce n’est plus un arbre. Rappelez-vous la quête des alchimistes, ils voulaient transmuter le plomb, changer sa nature et la transformer, en or.

En relisant le texte de la chute par contre, j’ai réalisé que rien n’indiquait que la nature de l’être humain avait changé d’une manière ou d’une autre… Et là, mes yeux sont tombés sur un petit bout de phrase : Voici l’homme est devenu… (Gen. 3 :22).

La nature d’une chose, c’est ce qu’elle est dans son sens le plus fondamental !

Ah ! Voilà ! Le texte dit qu’il devenu quelque chose. On aurait pu s’attendre à quelque chose comme il est devenu :

  • Incapable de ne pas pécher ;
  • Impuissant et incapable de faire quoi que ce soit de bien
  • Incapable de vouloir le bien ;
  • Une nature pécheresse…

Je me serais attendu à quelque chose, en tout cas, qui nous aurait confirmé que sa nature avait bel et bien changé pour le pire… mais non.

Changer de nature, c’est tout changer…

Le plus gros problème, c’est que changer la nature d’un être, le transformer en autre chose est un acte de création que seul Dieu peut accomplir. Or, « tout ce que Dieu a créé est bon » (1 Tim. 4 :4), il n’aurait donc pas créé une nature qui ne peut que pécher.

Quand on poursuit la lecture que lit-on ? « L’Éternel Dieu dit: Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous, POUR la connaissance du bien et du mal. »

C’est tout ? Pas de changement de nature ? Non. S’il avait changé de nature, il serait devenu autre chose qu’humain. Que s’est-il passé ? Maintenant l’être humain peut connaître le mal ! Bon, c’est un début. Mais il peut connaître le bien aussi ? Oui.

— Mais connaître le bien, c’est bien ou pas ?

— Il me semble que oui, à moins que ce ne soit pas vraiment le bien que tu connaisses.

— Quelqu’un de non régénéré ne peut pas vraiment connaître le bien, si ?

— Il me semble que ce que Dieu connaît comme bien, c’est vraiment bien. Et il dit bien que l’être humain est devenu comme lui pour la connaissance du BIEN et du mal. Il est certain que l’être humain ne sera jamais omniscient, mais il peut quand même connaître ce qui est bien, même si ce n’est que d’une manière limitée.

C’est là le drame !

L’être humain est maintenant séparé de Dieu et il est devenu son propre référentiel sur ce qui est bien et ce qui est mal – comme un adolescent en pleine crise, il peut décider ce qu’il veut être bien et ce qu’il veut être mal.

Attention, le texte ne dit pas que la connaissance que l’humain a du bien est toujours mal. Non, mais certains par contre peuvent en venir à appeler le mal bien, et le bien mal (Es. 5 :20). Quand Jean-Luc dit que tromper sa femme, c’est mal et qu’honorer sa femme c’est bien, il dit vrai et il a le même point de vue que Dieu à ce sujet — même s’il est non Chrétien.

C’est là le drame ! La nature humaine n’a pas changé, c’est son point de vue, son référentiel qui a changé… Ce n’est plus Dieu qui est le point de référence, c’est lui-même.

— Et est-ce que tous les êtres humains ont été touchés par cette connaissance du bien et du mal ? Est-ce que tous connaissent le bien et le mal ?

— Oui et non.

— Oui et non ? Qu’est-ce que tu veux dire ? Il y a des humains qui ne sont pas touchés par le péché d’Adam. Il y a des gens qui ne connaissent pas le bien et le mal.

— Disons que c’est vrai pour tous ceux qui peuvent connaître le bien et le mal. Car la Bible dit que les enfants ne connaissent pas le bien et le mal (Deut. 1 :39). En vieillissant, ils vont pourvoir, c’est certain… mais quand ils sont enfants, ils n’ont pas la connaissance du bien et du mal.

C’est là le drame ! La nature humaine n’a pas changé, c’est son point de vue, son référentiel qui a changé… Ce n’est plus Dieu qui est le point de référence, c’est lui-même.

Un changement de point de référence

Mais revenons au drame. La nature humaine n’a pas changé, c’est son point de vue, son référentiel qui a changé… Ce n’est plus Dieu qui est le point de référence, c’est lui-même.

C’est ça l’aiguillon de la mort que Paul dit être le péché (1 Cor. 15 :56). Quel péché ? N’importe lequel ? Non, celui d’Adam par qui la mort est entrée dans le monde. La mort qui fait de chacun de nous son propre référentiel. C’est ce péché qui règne sur l’humanité par la mort (Rom. 5 :21)… Ce n’est pas la mort qui règne par le péché… Elle est entrée dans le monde, mais ce n’est pas elle qui règne. Le texte dit que c’est le péché qui règne, qui règne par la mort, qui règne par cette séparation d’avec Dieu.

Le péché d’Adam, d’avoir voulu devenir son propre référentiel quant au bien et au mal, règne sur la planète par la mort spirituelle.

C’est le parasite qui habite la chair, comme dit Paul (Rom. 7 :17,20).

— Mais la Bible dit que nous étions par nature des enfants de colère, tu fais quoi de ça ?

— Alors, regardons ça ensemble.

Enfants de…

Au Québec, on connaît bien ça des anglicismes et même si une bonne majorité les utilise, bon nombre ne les aiment pas. Nous préférons utiliser de bons vieux mots qui sont propres au français. À part les mots, il y a aussi les expressions qui peuvent être des anglicismes. L’expression bon matin, par exemple, est très critiquée parce que dit-on c’est un calque de l’anglais good morning. C’est d’ailleurs l’un des rares anglicismes que j’utilise régulièrement. On dit bien bonne soirée, bon après-midi, alors je ne vois pas pourquoi on ne dirait pas aussi bon matin.

D’accord, d’accord, je reviens à mon sujet. Tout comme il existe des anglicismes, il existe aussi des hébraïsmes, c’est-à-dire, une expression de l’hébreu ou calquée sur l’hébreu dans une autre langue. Et l’expression enfant de… en est un.

Quelques exemples

On le retrouve souvent dans la Bible, même si on ne le traduit pas tout le temps comme tel. Cet hébraïsme consiste à décrier le caractère d’une personne en disant qu’il est issu de…

En premier lieu, en 2 Rois 6 :32, Élisée accueille les mercenaires du roi, venus pour le tuer, en disant : « Voyez-vous que ce fils d’assassin envoie quelqu’un pour m’ôter la tête ? ».

Deuxièmement, en 1 Samuel 20 :30 et même si la version Segond le traduit par : « Fils pervers et rebelle, sais-je pas que tu as pour ami le fils d’Isaï, à ta honte et à la honte de ta mère ? », original est mieux traduite par Darby qui nous rend le verset ainsi : « Fils de la femme perverse et rebelle, ne sais-je pas que tu as choisi le fils d’Isaï à ta honte et à la honte de la nudité de ta mère ? ».

Un autre exemple, qui, encore une fois n’est pas directement traduit dans la Segond est Job 30 :8 : « Êtres vils et méprisés, on les repousse du pays » est en fait : «Fils d’insensés, et fils de gens sans nom, ils sont chassés du pays. ».

Et encore en Ésaïe 57 :4-5 : « Mais vous, approchez ici, fils de l’enchanteresse, Race de l’adultère et de la prostituée ! De qui vous moquez-vous ? Contre qui ouvrez-vous une large bouche et tirez-vous la langue ? N’êtes-vous pas des enfants de péché, une race de mensonge ? »

La liste serait longue, mais je pense que l’idée générale est bien comprise. Remarquez que l’on a d’ailleurs le même genre d’expressions en français, mais c’est habituellement des jurons : enfant de c***, enfant de p***…

… de colère

Dans l’Écriture, la colère de Dieu se manifeste toujours contre les péchés et jamais contre la nature des individus. En Romains 1, par exemple, on voit que «la colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive » (Rom 1:18). Que dire des versets qui apparaissent un peu plus bas :

Comme ils ne se sont pas souciés de connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur sens réprouvé, pour commettre des choses indignes (29) étant remplis de toute espèce d’injustice, de méchanceté, de cupidité, de malice ; pleins d’envie, de meurtre, de querelle, de ruse, de malignité ; (30) rapporteurs, médisants, impies, arrogants, hautains, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, dépourvus d’intelligence, (31) de loyauté, d’affection naturelle, de miséricorde. (32) Et, bien qu’ils connaissent le jugement de Dieu, déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais ils approuvent ceux qui les font. (Rom 1:28-32)

Comme on voit, par ce bel exemple, la colère de Dieu se dirige vers les péchés et non vers la nature des individus. Ils sont donc enfant de colère de par leur actions.

Oui, mais il s’agit bien de leur nature, non ?

Premièrement, trois choses définissent un mot dans un contexte donné :

  • L’usage courant (Usus Loquendi)
  • La grammaire
  • Le contexte

Si le texte où l’on venait de retrouver le mot nature avait été l’œuvre d’Aristote, je ne me serais pas posé de question sur le sens du mot nature. Mais là, il s’agit de Paul et non du grand philosophe.

D’ailleurs, Paul utilise d’ailleurs ce mot de plusieurs façons.

  • Il parle des incirconcis par nature (Romain 2 :27) — ce n’est pas l’ablation du prépuce qui modifie la nature d’un être humain ;
  • Il parle de l’olivier naturel et de l’olivier sauvage — or les deux appartiennent à la même espèce.

L’un des sens du mot traduit ici par nature est le suivant : ce qui par force d’habitude est devenu comme une seconde nature[2]. Comme le disait si bien Michel de Montaigne : « L’accoustumance est une seconde nature, et non moins puissante. »

Un bel exemple est tiré du livre de Jérémie

Un Éthiopien peut-il changer sa peau, et un léopard ses taches ? De même, pourriez-vous faire le bien, vous qui êtes accoutumés à faire le mal ? (Jér 13:23)

Comme le disait si bien Michel de Montaigne : « L’accoustumance est une seconde nature, et non moins puissante. »

Ici, le prophète, inspiré du Saint-Esprit nous dit que l’accoutumance au mal devient si forte, qu’elle devient inchangeable comme la couleur de peau ou les motifs d’un pelage. Mais il s’agit d’un processus. Le même processus qui pousse à l’alcoolisme ou à la dépendance.

Ce n’est pas pour rien que les enfants semblent normalement si réceptifs à l’Évangile — ils ne se sont pas encore endurcis.

C’est un peu ce que reprend l’apôtre Paul quand, à la fin du livre des Actes il dit :

Va vers ce peuple, et dis: vous entendrez de vos oreilles, et vous ne comprendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. Car le cœur de ce peuple est devenu insensible ; ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, qu’ils n’entendent de leurs oreilles, qu’ils ne comprennent de leur cœur, qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. (Act 28:26-27)

Je pourrais multiplier les exemples, mais on voit que dans la parole que l’accoutumance aux péchés et au mal devient si forte, qu’elle devient seconde nature.

L’imparfait de l’indicatif

Un autre élément intéressant, dans la compréhension de ce passage c’est l’utilisation de l’imparfait de l’indicatif dans le grec qui se traduirait mieux par : « nous étions en train d’être par nature des enfants de colère… »

Conclusion

Comme on a pu le constater, la chute de l’homme a eu d’énormes conséquences. Malgré tout, rien ne permet d’affirmer que l’être humain — même s’il est enclin au péché — n’a pas une nature pécheresse comme le décrit le calvinisme.

Par ailleurs, nous avons eu dans mon dernier billet, la Marche Des Morts Vivants, l’être humain est spirituellement mort. Cette mort, loin d’être une incapacité totale, est une séparation d’avec Dieu.

Malgré toutes ces conséquences, la nature humaine — quoiqu’infecté par le péché — n’a pas été complètement transmutée en autre chose. Comme je l’ai mentionné, changer la nature d’un être en autre chose est un acte de création. Or, tout ce que Dieu a créé est bon (1 Tim. 4 :4), il n’a donc pas créé une nature pécheresse.

L’être humain est devenu quelque chose…

L’être humain est bel et bien devenu quelque chose, il est devenu comme Dieu en regard à la connaissance du bien et du mal. Pourtant, les enfants, eux, n’ont pas cette connaissance : ce qui semble diminuer la portée de la chute. Du moins, elle ne touche pas la nature même de l’être humain.

Finalement, l’accoutumance au péché devient seconde nature et les êtres humains s’endurcissent au point de se fermer à l’action de Dieu. Ce n’est pas pour rien que les enfants semblent normalement si réceptifs à l’Évangile — ils ne se sont pas encore endurcis.

C’est envers les péchés humains que la colère de Dieu se déchaîne, non envers sa nature — car après tout, n’est-ce pas lui qui l’a créé cette nature ?

[1] Le mot nature traduit le mot grec phusis qui a plusieurs sens différents. Aristote, dans son œuvre magistrale La Physique, lui donne un sens bien particulier.

[2] https://www.blueletterbible.org/lang/lexicon/lexicon.cfm?t=kjv&strongs=g5449

Liberté, dit-on ? Vraiment libre ou pas…

Une vraie liberté

Il dit vraiment qu’on est libre ?

Il y a quelques jours, j’écoutais un clip vidéo qu’un bon ami m’a partagé d’un auteur calviniste très populaire. Cet auteur se nomme Sproul. Ce bref extrait nous résume la perspective réformée de la liberté humaine. Le gars, dès les premiers instants, affirme qu’il y a une différence majeure entre la façon qu’on les gens de comprendre ce qu’est la liberté et sur ce point il n’a pas complètement tort. Rappelez-vous que dans mon dernier billet j’affirmais haut et fort la liberté humaine… Alors quelle est la différence ?

Je m’explique. Dans ce clip Sproul affirme de but en blanc : « Je ne connais aucun augustinien dans toute l’histoire de l’Église qui n’a pas affirmé fortement la liberté humaine ». Cette affirmation semble très claire et très fondée, d’autant qu’elle vient d’un érudit, mais elle a un caractère captieux, presque trompeur.

Une explication trompeuse

Pourquoi ?

Premièrement, Augustin lui-même affirma l’idée suivante : amissa libertas, nulla libertas (« liberté perdue, liberté nulle »). Si j’ai perdu mon bas, c’est que je ne l’ai plus. Si l’être humain a perdu sa liberté, il ne l’a plus et on ne peut pas affirmée fortement ce qui n’est plus.

Est-ce donc vraiment honnête de dire que les augustiniens affirment fortement la liberté humaine alors que Augustin lui-même certifiait qu’elle était perdue ?

Deuxièmement, la réforme augustinienne et en particulier celle de Calvin s’est encrée complètement dans une vision du monde où Dieu détermine tout. Quand je dis tout, c’est tout. Au cœur de cette vision du monde se trouve l’idée que Dieu est la cause première de tout, même du mal et des péchés qu’ils soient humains ou autres. On ne peut pas comprendre le calvinisme sans comprendre ce point central.

Rares sont les calvinistes qui vont l’admettre aussi clairement que Calvin, mais même le calvinisme modéré repose sur ce paradigme : Dieu est la cause première de tout, même du mal et des péchés, de tous les péchés et je suis très heureux de cette incohérence, car je me dis qu’au moins le caractère de Dieu n’est pas décrié ouvertement.

En effet, une bonne partie des calvinistes affirment haut et fort que Dieu, même s’il détermine tout, n’est pas l’auteur du mal.

Ben voyons, Pat, tu exagères !

Je reviendrai sur cette question de Dieu en tant que la cause de première du mal dans un prochain billet. Aujourd’hui, je veux me concentrer sur cette question de la liberté.

Dieu a tout déterminé

Regardons quelques citations qui confirmeront mes propos :

Commençons par ce que dit Sproul (le même que dans le clip vidéo que j’ai cité plus haut). Ce gars, dans un de ses livres, fait la déclaration suivante[2] :

Lorsque l’on parle de la souveraineté de Dieu, on parle de sa puissance et de son autorité.  Que Dieu prédétermine (foreordains) tout ce qui arrive est une conséquence nécessaire de sa souveraineté.  De dire que Dieu prédétermine toutes choses, c’est simplement affirmer que Dieu est souverain sur toute sa création.  Si Dieu refusait qu’une chose arrive et qu’elle arrive malgré tout, ce qui l’aurait causée aurait plus d’autorité que Dieu. S’il y a quelque partie de la création qui soit en dehors de la souveraineté de Dieu, Dieu ne serait pas souverain et Dieu ne serait pas Dieu[3].

On serait en droit de se demander depuis quand le mot souverain veut dire déterminer tout ce qui arrive. En tout cas, je n’ai trouvé cette définition dans aucun dictionnaire, mais laissons cette discussion pour un autre jour.

Pourtant, Sproul est l’un de ceux qui veulent nier que Dieu soit l’auteur du mal en affirmant que ce n’est que les hypercalvinistes qui affirment une telle chose[4]… J’y reviendrai un autre jour parce que là aussi cette affirmation n’est pas très honnête. Ce qui est compliqué, c’est qu’ils font beaucoup de pouce en utilisant des mots se rapportent à une vraie liberté.

Même chez les Calvinistes modérés

Cette compréhension de Dieu percole jusque dans le calvinisme modéré. Dans la fameuse théologie systématique, Lewis Sperry Chafer écrit concernant la prescience :

La prescience de Dieu, c’est Dieu qui, de lui-même, détermine tout ce qui va se produire. Tous les évènements, du moindre détail au plus grand.   Tout s’opère à cause du décret déterminant de Dieu, de manière à ce que tout se produise selon son plan souverain[1].

La vraie liberté, c’est quoi ?

Par vraie liberté, voici ce que je veux dire :

Un choix, pour être libre, implique que celui qui agit (l’agent) peut agir, ou du moins, peut vouloir agir différemment de ce qu’il fait.   Aristote nous dit[5] :

Ainsi, le bâton meut la pierre, mu lui-même par la main que meut l’homme, et l’homme produit le mouvement, sans lui-même être mu par une autre cause.

Je crois que c’est précisément là, l’essence de la vraie liberté.  « L’homme produit le mouvement, sans lui-même être mu par une autre cause.  Si l’agent n’est pas la cause première de son action, ce n’est pas vraiment son action. Il n’en est pas responsable ; pas plus que ne l’est la bille de billard qui, frappée par la bille de choc, n’est responsable de son mouvement ni de sa trajectoire.

Une liberté déterminée – un misérable subterfuge

Mais les calvinistes, de leur côté, vont se replier sur une définition de la liberté qui est complètement différente de la définition généralement acceptée. Ils optent pour ce qu’on appelle en philosophie, le compatibilisme. Qu’est-ce c’est ? C’est l’idée que le déterminisme soit compatible avec la liberté. Voici la description qu’en fait, John Hendryx un calviniste du site réformé bien connu de monergism.com :

Afin de mieux comprendre ceci, des théologiens ont développé le terme compatibilisme pour décrire le concours de la souveraineté de Dieu et de la responsabilité de l’homme. Le compatibilisme est une forme de déterminisme et il convient de noter que cette position n’est pas moins déterministe que le déterminisme au sens fort. Cela signifie simplement que la prédétermination de Dieu et la providence méticuleuse sont “compatibles” avec le choix volontaire. Nos choix ne sont pas contraints… c’est-à-dire que nous ne choisissons pas ce qui va à l’encontre de ce que nous voulons ou ce que nous désirons, mais nous ne faisons jamais de choix contraire au décret souverain de Dieu. Ce que Dieu a déterminé sera produira nécessairement (Eph 1:11). À la lumière de l’Écriture (selon compatibilisme), les choix humains sont exercés volontairement, mais les désirs et les circonstances qui engendrent ces choix sont le produit du déterminisme divin[6].

Comme le montre cette brève définition donnée par un calviniste, le compatibilisme c’est un déterminisme. Ils le disent compatible avec la liberté. Ils prétendent que puisqu’il n’y a pas de coercition extérieure, puisque l’individu agit selon ses désirs, il agit librement. Mais des actions sont déterminés par des désirs, est-ce différent de l’instinct ? Comme ce qui pousse le ver de terre vers l’humidité…

Ce cher Kant, il avait parfois raison…

Bien qu’à ma connaissance, ce soit Thomas Hobbes[7] qui fut l’un des premiers à argumenter qu’une personne soit libre même si ses actions sont déterminées[8], c’est vers Emmanuel Kant que je me tourne pour décrire un peu plus cette idée. Pourquoi vers Kant ? Parce que ses propos à ce sujet sont si bien exprimés que je préfère le laisser parler :

[…] Comment peut-on considérer un homme comme étant dans le même temps, et relativement à la même action, libre et à la fois soumis à une nécessité physique inévitable ?

Cherchera-t-on à éluder cette difficulté, en ramenant le mode des causes qui déterminent notre causalité, suivant la loi de la nature, à un concept comparatif de la liberté (d’après lequel on appelle quelquefois libre un effet dont la cause déterminante réside intérieurement dans l’être agissant, comme quand on parle du libre mouvement d’un corps lancé dans l’espace, parce que ce corps, dans son trajet, n’est poussé par aucune force extérieure, ou comme on appelle libre le mouvement d’une montre, parce qu’elle pousse elle-même les aiguilles, et que celles-ci, par conséquent, ne sont pas mues par une force extérieure ; de même, quoique les actions de l’homme soient nécessitées par leurs causes déterminantes, qui précèdent dans le temps, nous les appelons libres parce que ces causes sont des représentations intérieures, produites par notre propre activité, ou des désirs excités par ces représentations suivant les circonstances, et que par conséquent, les actions qu’elles déterminent sont produites selon notre propre désir).  

Mais c’est là un misérable subterfuge, dont quelques esprits ont encore la faiblesse de se contenter, et c’est se payer de mots que de croire qu’on a résolu ainsi ce difficile problème, sur lequel tant de siècles ont travaillé en vain[9].

Mais c’est là un misérable subterfuge, dont quelques esprits ont encore la faiblesse de se contenter, et c’est se payer de mots que de croire qu’on a résolu ainsi ce difficile problème, sur lequel tant de siècles ont travaillé en vain

Il me semble donc que la conception compatibiliste de la liberté est contradictoire. Une liberté déterminée est plus qu’un simple oxymore, c’est une véritable contradiction dans les termes : c’est pour moi un misérable subterfuge.

C’est logique ?

Si une proposition P implique une proposition Q et que cette proposition Q implique une proposition R, il s’ensuit que la proposition P implique la proposition R. C’est ce qu’on appelle la transitivité. Pour ceux que ça intéresse, on note :

((P⇒Q)∧(Q⇒R))⇒(P⇒R)

On veut donc affirmer à la fois la vérité de P⇒Q; la vérité de Q⇒R mais on veut nier la conclusion P⇒R. Il s’agit là, d’une incohérence logique, tout simplement. On insiste donc bel et bien pour une liberté déterminée, ce qui est une contradiction dans les termes.

Si mes actions sont déterminées par mes désirs et que mes désirs sont déterminés par quoi que ce soit — même Dieu, il s’ensuit que mes actions sont déterminées. Or si mes actions sont déterminées, elles ne sont pas libres.

Un exemple simple

S’il était possible pour un homme de donner un philtre d’amour à une femme pour qu’elle tombe follement amoureuse de lui, pourrait-on vraiment dire qu’elle est tombée librement amoureuse de lui ? Non. Cette femme n’aurait que l’illusion de liberté — elle serait la victime d’un misérable subterfuge. Je pense que cet homme serait tout aussi coupable que s’il l’avait violée dans une allée sombre.

Somme toute, la liberté est incompatible avec le déterminisme. Pour être pleinement responsable de ses actes, un individu doit en être la cause première. Dans le cas contraire, la responsabilité ultime revient à cette cause première.

 


[1] Chafer, L. S. (1980). Systematic Theology – volume VII. Dallas: Dallas Seminary Press.

[2] À moins d’avis contraire, l’emphase est mienne.

[3] Sproul, R.C. (1994) Chosen by God, p. 24

[4] http://www.the-highway.com/DoublePredestination_Sproul.html

[5] Aristote. (1862). La Physique. Paris: Librairie philosophique de Ladrange.

[6] https://www.monergism.com/thethreshold/articles/onsite/qna/sovereignfree.html

[7] Thomas Hobbes, quoiqu’un penseur remarquable, était bien loin d’être un théologien.

[8] Kane, R. (1996). The Significance of Free Will. New York: Oxford Univerity Press.

[9] Kant, E. (1848). Critique de la raison pratique. Paris: Librairie Philosophique de Ladrange

Oui, Vous Êtes Libre – vraiment libre

Une vraie liberté

Récemment, j’écoutais un Pasteur de la grande région métropolitaine de Montréal qui enseignait que la liberté ne pouvait pas se définir comme la capacité de choisir entre deux options. Est-ce là être vraiment libre ?

Vraiment libres ou pas ?

Mais alors, ça veut dire quoi ? Qu’est-ce qui reste d’une liberté où tu n’as qu’un choix ? Selon moi, il ne reste rien.

En fait, et je l’ai déjà enseigné moi-même, on nous dit que la vraie liberté, c’est pouvoir choisir de faire ce qui est bien. Est-ce là être vraiment libre ?

Évidemment, ça implique que certains ne peuvent pas choisir ce genre d’option. Pour moi, cette conclusion est erronée. L’idée qui se cache derrière ce genre d’affirmation, du moins quand moi je la faisais, c’est que la liberté humaine est telle, qu’elle est nécessairement limitée par la nature pécheresse.

Ça, ça veut dire par exemple que le non-croyant ne peut pas choisir Dieu, qu’il ne peut faire le bien et qu’il est esclave du péché[1].

La Bible, nous dit-on, enseigne que la nature humaine est pécheresse au point que le non-croyant ne peut recevoir les choses de l’esprit de Dieu (1 Cor. 2 :14), qu’il ne peut pas chercher Dieu (Rom. 3 :11); que nul ne peut faire le bien pas même un seul (Rom. 3 :12), car après tout, l’être humain est esclave du péché (Rom. 6 :14-20). Ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu et ne le peuvent même pas (Rom. 8 :7-9).

Ainsi, nous devons conclure — selon cette manière de penser — que tous ceux qui croient en Dieu (Jean 3 :16; 3 :36) le font parce que Dieu leur a accordé la foi (Phil 1 :29), qu’il les a régénérés (1 Pierre 1 :3), et qu’il les a choisis pour le salut (2 Thess. 2 :13).

Je suis d’accord avec au moins un point, c’est que la liberté d’un être est limitée par les caractéristiques de sa nature. Après tout, même il est impossible pour Dieu de mentir ou de se renier (Tit. 1: 2, Heb. 6:18, 2 Tim 2:13). De la même manière, il m’est impossible, de par ma nature, de vivre indéfiniment sous l’eau, tout comme un poisson ne peut vivre indéfiniment hors de l’eau à moins d’avoir la faculté naturelle de tirer l’oxygène de l’air.

Une personne vraiment libre

Pourtant, il y a une différence entre la nature d’un être (ce qu’il est) et la personne humaine. Il ne faut jamais confondre les deux. La nature humaine a plusieurs facultés qui rendent la personne humaine capable d’agir sur plusieurs plans. Ces facultés sont, en elles-mêmes, moralement neutres, c’est l’utilisation de ces facultés qui est bonne ou mauvaise.

L’intelligence est une faculté de la nature humaine par laquelle la personne humaine peut penser. Ce n’est pas la nature humaine qui réfléchit, c’est la personne — ce sont ses pensées qui sont bonnes ou mauvaises.

La volonté est une faculté de la nature humaine par laquelle la personne humaine peut choisir. Ce n’est pas la nature humaine qui décide, c’est la personne — ce sont ses décisions qui sont bonnes ou mauvaises.

L’affectivité est la faculté de l’être humain par laquelle l’individu peut s’émouvoir. Ce n’est pas la nature humaine qui s’émeut, c’est la personne.

  • Les pensées sont le fruit de l’intelligence.
  • Les décisions sont le fruit de la volonté.
  • Les émotions sont le fruit de l’affectivité.

Vouloir agir

On mélange souvent la capacité et la volonté d’agir avec l’action elle-même. Je suis assis en ce moment à la cuisine de mon chalet et devant moi j’ai un magnifique lac. Je sais nager, j’aime nager, mais malgré tout je ne suis pas en train de nager. Pourquoi ? Parce qu’en j’ai fait un choix. Plusieurs options s’offraient à moi : écrire, dormir, nager, manger, jouer avec mon chien, terminer la lecture du roman de Kathy Reichs qui est sur ma table de chevet. Mais j’ai choisi d’écrire.

Ce n’est pas ma volonté qui a choisi, c’est moi. Tout comme ce n’est pas mon intelligence qui réfléchit à ce que je vais écrire ni mes émotions qui s’émeuvent devant la beauté du paysage qui m’entoure. Je choisis, je réfléchis, je m’émeus.

La volonté, ce n’est jamais agir, c’est la faculté de vouloir agir. Je suis celui qui exerce ma volonté et qui passe à l’action.

Il est vrai que mes choix sont dictés par plusieurs facteurs : mes valeurs, mes goûts, mes intérêts, mes finances, mes capacités, mes habiletés, mes connaissances, mes aspirations, mes décisions antérieures, mes réflexions, les opportunités et les options qui sont devant moi et mes délibérations… Mais ultimement, c’est moi qui passerai à l’action.

  • Parfois je délibère longuement avant de prendre une décision.
  • Parfois je la prends à pile ou face ou j’agis sur un coup de tête.
  • Parfois je demande conseil et parfois je n’en fais qu’à ma tête.
  • Parfois je me laisse influencer par les autres et parfois j’agis envers et contre tous…

Mais dans tous les cas, c’est moi qui agis.

Je peux vouloir m’envoler avec l’aigle que je vois passer au de dessus de ma tête. Mais je n’en ai pas la capacité, même si ma volonté à celle de pouvoir vouloir m’envoler.

Le vouloir et le pouvoir

L’apôtre Paul l’avait très bien compris lorsqu’il dit dans Romains 7:18 : « J’ai la volonté, mais non le pouvoir de pratiquer le bien. » Ce passage est intéressant, car il nous montre que la volonté est neutre en soi. Paul avait la capacité de vouloir, mais non celle de pouvoir pratiquer le bien. La nuance entre faire le bien et pratiquer le bien en est une de constance. Paul voulait toujours faire le bien mais le ne faisait pas.

Je pense que ce passage illustre bien que ce n’est pas la nature qui prend des décisions, mais bien la personne. Il illustre bien que bien que l’on soit relativement libre, notre liberté est belle et bien lésée. Mais, même si notre liberté et imparfaite, elle est bien vraie.

Il est vrai que par la chute, l’être humain est mort et donc séparé de Dieu. Il a une chair dont les désirs sont contraires à ceux de l’Esprit (Gal. 5 :17) et il est donc enclin à pécher. Pourtant, comme un esclave peut vouloir être libre, l’être humain non régénéré le peut également. S’il est vrai que le non-croyant est accro du péché, il est tout aussi vrai qu’il peut parfois lui dire non. C’est le cas de toute toxicomanie, car il y a quand même une différence entre l’alcoolique qui se saoule quelques fois par semaine et celui qui n’est jamais sobre. Comme toute personne dépendante, le non-croyant peut reconnaître sa dépendance et demander de l’aide.  En cela, il est vraiment libre, de vouloir s’en sortir et ce, même s’il n’a pas la capacité d’actualiser continuellement ce désir.

Les choses de l’Esprit de Dieu

Mais alors qu’en est-il des passages comme 1 Corinthiens 2 :14 :

Mais l’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge.

On peut s’imaginer plusieurs choses en lisant ce passage, mais pour s’assurer de ne pas se méprendre lorsqu’on lit l’Écriture, il faut toujours s’assurer de bien comprendre le contexte.

Dès le premier verset du chapitre 2, Paul fait défend sa manière de prêcher. Il démontre que sa prédication, bien qu’elle n’atteigne pas le niveau des grands orateurs grecs, communique la sagesse mystérieuse de Dieu, que les princes de ce monde ne connaissaient pas, et que seul l’Esprit de Dieu pouvait révéler.

N’est-ce pas là, la promesse du Seigneur ? Qu’il conduirait les Apôtres dans la vérité :

J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera. Tout ce que le Père a est à moi; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera. (Jea 16:12-15)

Paul parle donc de la révélation qu’il a eue, en tant qu’Apôtre, des vérités divines. C’est à ce moment qu’il enchaîne avec son affirmation du verset 14. L’homme naturel, ne reçois pas les choses de l’Esprit : il ne les accepte pas, car elles sont une folie pour lui. Le mot traduit par naturel est l’adjectif psuchikós (ψυχικός) qui se traduit difficilement. Le nom dont il est dérivé se traduit par âme et pourrait à la rigueur se traduire par psychique. L’homme psychique ne reçoit pas les choses… De plus, rien dans le contexte ne permet d’affirmer que l’expression homme animal fait référence à des non régénérés.

Saints et charnels

Ce qui est intéressant, c’est que dans ce contexte, les Corinthiens qui sont pourtant sauvés — Paul les appelle saints — ne peuvent pas non plus recevoir les choses de l’Esprit de Dieu, puisqu’ils sont charnels.

Pour moi, frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ. Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas la supporter; et vous ne le pouvez pas même à présent, parce que vous êtes encore charnels. En effet, puisqu’il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n’êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l’homme ? (1Co 3:1-3)

Paul dit ailleurs :

Ceux, en effet, qui vivent selon la chair, s’affectionnent aux choses de la chair, tandis que ceux qui vivent selon l’esprit s’affectionnent aux choses de l’esprit. Et l’affection de la chair, c’est la mort, tandis que l’affection de l’esprit, c’est la vie et la paix; car l’affection de la chair est inimitié contre Dieu, parce qu’elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, et qu’elle ne le peut même pas. Or ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu. (Rom 8:5-8)

Alors que Paul avait dit aux chrétiens de Rome qu’ils ne vivaient pas selon la chair, il fait savoir clairement aux Corinthiens qu’eux sont charnels. Pourtant, malgré ce statut bien peu reluisant, Paul écrit aux Corinthiens de désirer les choses spirituelles [2](1 Cor. 14 :1). Je crois que c’est là le but de toute l’épitre, de les faire passer d’une marche selon la chair à une marche selon l’Esprit.

Un moyen puissant

Tout comme Paul pouvait vouloir pratiquer le bien, l’homme qu’il soit charnel ou psychique peut le faire également, et ce particulièrement lorsqu’il est confronté à l’Évangile. Car l’Évangile n’est pas importent, il n’est pas lié, mais il est puissant, c’est la puissance même de Dieu pour le salut de quiconque croit.

Sa parole n’est-elle pas comme un feu, comme un marteau qui brise le roc ? (Jér 23:29), la Parole de Dieu avec laquelle nous combattons n’est pas charnelle; mais elle est puissante, par la vertu de Dieu, pour renverser des forteresses. (2 Co 10:4) Elle est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles; elle juge les sentiments et les pensées du cœur.

Les participes et la liberté

Mais qu’en est-il d’un passage comme Romains 3 :11-12 ?

En termes simples, les verbes chercher, comprendre et faire le bien dans ces deux passages sont tous des participes substantivés.

Il n’y a pas à s’en faire, c’est plus simple qu’on pense.

Un participe, c’est un mode verbal. Un mode, c’est la manière grammaticale dont le verbe exprime un fait. En français, il y a l’infinitif, l’indicatif, le conditionnel, le subjonctif, l’impératif et le participe.

Le participe a la particularité d’agir comme un adjectif même s’il est un verbe.

  • La chaise branlante;
  • Le chien assoiffé par la course;
  • La voix chantante de Marie.

Parfois, le participe peut aussi agir comme un nom. On dit alors qu’il est substantivé, il est transformé en nom. Le mandant, est un participe substantivé, il s’agit de celui qui donne un mandat à quelqu’un d’autre, le mandé est celui qui reçoit le mandat.

Le Grec du Nouveau Testament, que l’on appelle communément le grec Koinè, raffole des participes, il en est plein. On y retrouve aussi plein de participes substantivés comme ces trois verbes : chercher, comprendre et faire le bien.

On devrait donc traduire par : le cherchant, le comprenant et le faisant bien ou encore le bienfaisant.

On a donc :

Nul n’est un comprenant, nul n’est un cherchant Dieu; tous sont égarés, tous sont pervertis; il n’y a aucun bienfaisant, pas même un seul; (Rom 3:11-12).

Donc, nul ne comprend toujours, nul ne cherche toujours Dieu et nul ne fait toujours le bien.

L’idée n’est donc pas qu’il n’y ait jamais personne qui ne comprenne, qu’il n’y ait jamais personne qui cherche Dieu ou qu’il n’y ait jamais personne qui fasse le bien… En fait, l’idée est bien exprimée par ce passage de l’Ecclésiaste que Paul cite juste avant :

Non, il n’y a sur la terre point d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais. (Ecc 7:20)

Un seul péché, une seule transgression nous prive de la gloire de Dieu. Le problème n’est pas que l’homme ne cherche jamais Dieu, c’est qu’il ne le cherche pas tout le temps.

[1] Cette idée est répandue dans le calvinisme. J’explique ici pourquoi je ne suis pas calviniste.

[2] Le mot don est absent du texte grec dans ce premier verset du quatorzième chapitre.