Incompréhensible ! Tu ne comprends pas le calvinisme

Incompréhensible

Incompréhensible! Je ne comprends pas le calvinisme. On me l’a si souvent dit. Bon j’ai lu tellement d’auteurs calvinistes avec les années, des bouquins de théologie, des livres de vulgarisation, des articles plus érudits… Ce qui est drôle, c’est que lorsque je discute avec des calvinistes qui ignorent que je je suis non-calviniste, que je leur explique ce que je pense du calvinisme, tout est beau. Si je réitère les mêmes propos dans un contexte où je critique le calvinisme, cette fois on me dit : « Pat, tu ne comprends pas le calvinisme ». Incompréhensible.

On peut toujours essayer, ce n’est pas incompréhensible

Pourtant, avec les années, j’en suis venu à la conclusion qu’il est impossible de représenter adéquatement un point de vue avec lequel on est en désaccord à la satisfaction de chaque adversaire. Ça, ça ne veut pas dire que l’on ne doit pas essayer de le faire représenter correctement. On devrait jamais intentionnellement dénaturer les positions de nos frères quand on est en désaccord avec eux (sophisme de la caricature aussi appelé homme de paille). C’est j’essaie presque toujours de citer au moins un calviniste de renom en critiquant les affirmations des calvinistes.

Par contre, vous me direz que c’est incompréhensible, mais j’attends toujours qu’un calviniste de réputation représente correctement la pensée non calviniste (qu’elle soit arminienne, baptiste traditionaliste ou autre) de manière satisfaisante aux yeux de ceux qu’ils décrivent. On devrait pouvoir s’attendre à ce genre d’intégrité des deux côtés. Mais ce n’est pas le cas : Incompréhensible!

Il est clair qu’une des objections les plus courantes dans mes discussions avec des calvinistes est celle de la fausse représentation. Il y a au moins 5 raisons pour lesquelles on peut s’attendre que les choses ne changent pas. Finalement cette objection n’est pas si incompréhensible que ça…

1. Incompréhensible? Une représentation vraie, mais désagréable

Prenons l’exemple suivant. Imaginons qu’un Président américain fasse la déclaration suivante :

– Les autorités ont maîtrisé le suspect et, par un interrogatoire, ont pu déjouer un complot d’une organisation terroriste.

Si, le lendemain, un journaliste clarifiait la situation en déclarant :

– Un policier a poursuivi un jeune afro-américain de 18 ans alors qu’il quittait le stationnement du lycée. Après l’avoir plaqué au sol, lui avoir fracturé les rotules avec une batte, lui avoir mis un fusil dans la bouche et menacé d’appuyer sur la gâchette jusqu’à ce qu’il renonce à des informations conduisant à l’arrestation de trois autres suspects qui ont eu tous été traités de la même manière. Malheureusement, nous savons de source sûre que le complot aurait pu être déjoué sans avoir recours à de la brutalité policière.

Comme le dit Leighton Flowers[1], les deux textes décrivent la même situation et les descriptions peuvent toutes deux être vraies, mais la seconde contient le genre de détails qu’on ne veut pas entendre parler.

Sortir des tours d’ivoire pour rendre ça moins incompréhensible

Considérons maintenant ces deux déclarations théologiques:

– Pour manifester sa toute-puissance, Dieu a souverainement tout mis en œuvre conformément à son plan sacré.

Si on le compare avec le paragraphe suivant :

– Pour montrer à quel point il est puissant, Dieu a méticuleusement déterminé tous les désirs odieux et les actes pervers de toutes les créatures qui ont pu exister de manière à ce qu’ils ne puissent pas agir autrement, y compris le viol d’enfants, l’holocauste, l’esclavage, la torture, toutes les mauvaises pensées, les actes ou les inclinations, et tout ça selon son bon plaisir et pour sa propre glorification.

Ces deux affirmations représentent la pensée calviniste. La différence, c’est que la première est beaucoup plus acceptable et plus facile à affirmer que la première.

Comme le dit Flowers dans son texte, ça, c’est de la théologie pratique. Lorsqu’on sort de sa tour d’ivoire, lorsque notre rhétorique théologique sort dans la rue, c’est là que le bât blesse. Notre théologie doit sortir de la classe, elle doit s’appliquer dans le monde réel.

2.     Incompréhensible? Les implications logiques

Une deuxième qui est à l’origine de cette accusation si fréquente, c’est que souvent la critique du calvinisme s’attaque aux implications logiques de cette idéologie. Est-ce si incompréhensible?

Le théologien contemporain Roger Olson l’exprime bien lorsqu’il dit que même si les calvinistes, pour la plupart, ne considèrent pas Dieu comme « monstrueux », que lui-même serait obligé de considérer Dieu comme tel s’il devait accepter les affirmations calvinistes[2]. Je suis entièrement d’accord avec lui et même si je sais qu’une bonne partie des calvinistes ne croient pas que Dieu soit moralement mauvais pour ma part, je dois admettre que s’il s’avérait que le calvinisme décrivait adéquatement le Dieu de la Bible, je ne pourrais que venir à la conclusion que ce Dieu est en fait un démon et que le christianisme n’est qu’une supercherie.

C.S. Lewis

C.S. Lewis, dans sa perspicacité habituelle dira de la doctrine de la dépravation totale – le fameux T de la TULIP calviniste, que « la dépravation totale – lorsque nous concluons que notre idée du bien ne vaut tout simplement rien – peut ainsi transformer le christianisme en une forme d’adoration du diable. »[3]

Lewis était-il en train d’accuser directement tous les calvinistes d’adorer le diable? Non, ça m’étonnerait. Je pense plutôt qu’il essayait de dégager les implications logiques des affirmations calvinistes sur le T.

John Wesley

C’est ce genre d’implication que décrit Wesley lorsqu’il dit que le dogme calviniste de la prédestination[4] :

Elle détruit d’un coup tous ses attributs. Elle renverse, à la fois, sa justice, sa miséricorde et sa vérité. Oui! Elle représente le Dieu très saint comme étant pire que le diable, tout à la fois plus cruel et plus injuste. Plus faux, parce que le diable, menteur comme il est, n’a jamais dit qu’il voulait sauver tous les hommes. Plus injuste, parce que le diable ne peut pas, même s’il le voulait, être coupable d’une injustice aussi grande que celle qui est attribuée à Dieu: condamner des millions d’âmes au feu éternel- préparé pour le diable et ses anges – pour avoir persévéré dans le péché, alors qu’elles ne pouvaient pas faire autrement sans la grâce que Dieu ne voulait pas leur accorder.

Et plus cruel: tout esprit malheureux qui cherche le repos et ne le trouve pas est, à cause de sa propre misère, incité à induire les autres en tentation. Dieu demeure dans un lieu élevé et saint; aussi supposer que, de sa propre initiative, volontairement et par pur plaisir, Dieu, dans sa béatitude, voue ses créatures, avec ou sans leur consentement, à un malheur sans fin, revient-il à lui imputer une cruauté dont il serait impossible de taxer le grand ennemi de Dieu et des hommes. C’est faire le Dieu très haut (que celui qui a des oreilles entende !) plus cruel, plus faux et plus injuste que le diable![5]

3.     Incompréhensible Calvinisme? Les mêmes mots, mais tout un autre dictionnaire

J’aime le mot anglais obfuscation. Il signifie rendre incompréhensible, rendre confus. S’il y a des experts dans le domaine, c’est bien les tenants du calvinisme. Pourquoi? Parce que dans toute cette confusion, ils peuvent affirmer n’importe quoi tout en pouvant toujours nier ce qu’ils ont affirmé. Ainsi, le calvinisme devient quasiment infalsifiable.

Incompréhensible cette Confession de foi de 1689

Prenons un exemple tout simple, tiré de la Confession de Foi Baptiste de 1689 – qui est ni plus ni moins qu’une refonte de la Confession de Foi de Westminster modifiée pour se conformer aux particularités Baptiste. Au chapitre 3, donc, il est écrit :

De toute éternité, selon le conseil très sage et très saint de sa volonté, Dieu a décrété en lui-même, librement et immuablement, tout ce qui arrive ; de telle manière cependant qu’il n’est pas l’auteur du péché […] sans faire violence à la volonté de sa créature, et sans que la liberté, la contingence ou les causes secondes soient exclues, mais qu’elles soient plutôt établies.

Quand je vous dis que le Calvinisme est un éloge à la confusion, ce n’est pas des farces? Regardez, ce syllogisme est pourtant relativement simple :

[1] Dieu décrète tout ce qui arrive;

[2] Le péché est quelque chose qui arrive

[3] Donc Dieu décrète le péché.

Jouer dans la confusion

La seule façon d’affirmer qu’il n’est pas l’auteur du péché alors que c’est lui qui l’a décrété, c’est jouer dans la confusion. Comment une contingence peut être établie, alors que la définition même de ce qui est contingent énonce une chose qui peut être ou ne pas être? Donc, comment peut-on affirmer qu’une contingence soit établie? Aussi facilement que l’on peut trouver un célibataire marié.

Mais si on remonte un peu plus haut dans cette fameuse Confession de foi, qu’on tourne au chapitre 2 et au paragraphe 2 on peut lire :  

Sa connaissance est infinie, infaillible, et indépendante de la créature, de sorte que pour lui, rien n’est contingent ou incertain.

Vous voyez, dans le Calvinisme tout ce qu’on donne de la main droite, on le reprend de la main gauche. On affirme continuellement une chose et son contraire et on peut donc toujours nier l’affirmation qu’on a faite.

Le principe d’explosion

C’est le principe d’explosion[6], ce que les anciens appelaient l’ex contradictione quodlibet – on peut déduire ce qu’on veut d’une contradiction. Ou, d’une manière plus appropriée pour le calvinisme, ex falso quodlibet – on peut déduire ce que l’on veut de l’erreur.

Quand le mot responsable est incompréhensible

Des exemples, il y en a plein. En voici un. Quand je dis que quelqu’un est « responsable », j’affirme qu’il est « capable de répondre »[7]. Pourtant, lorsque les calvinistes utilisent ce mot, ils veulent dire que la personne peut être « punissable » et ce, même elle était incapable de répondre.

Quand le mot permission est incompréhensible

Un autre mot souvent galvaudé par nos amis calvinistes est le mot permission. Normalement, lorsqu’on parle de permission, on parle de donner l’autorisation, la possibilité de faire quelque chose.[8] Ça, c’est que les calvinistes appellent la permission simple, mais quand eux, ils parlent de permission, ils parlent de permission volontaire ou Dieu a décrété que l’individu ferait le mal et, mais ils disent que Dieu l’a permis parce qu’il a ce qu’il passe par une cause secondaire, ou il s’agit d’une cause déficiente[9]. Alors on si on pose la question si Dieu permet ou cause le mal? Certains vont dire oui, d’autres non – mais les deux sont d’accord que c’est Dieu qui l’a décrété. Incompréhensible!

Certains sont plus honnêtes

D’autres vont être plus honnêtes et vont dire comme Calvin :

Certains recourent ici à la différence entre volonté et permission, disant que les iniques périssent, Dieu le permettant, mais non pas le voulant.  Mais pourquoi dirons-nous qu’il le permet, sinon parce qu’il le veut?  Car cela n’est point de soi vraisemblable, que ce n’est pas la seule permission, et non par l’ordonnance de Dieu, que l’homme s’est acquis la damnation, comme si Dieu n’avait point ordonné de quelle condition il voulait que fût la principale et la plus noble de ses créatures.[10]

Mais même Calvin va parfois utiliser l’expression que Dieu permet telle ou telle chose[11]. Incompréhensible, je vous dis! Blague à part, c’est donc une bonne habitude de définir nos termes avec clarté et poser ouvertement des questions afin de bien nous comprendre avant de poursuivre le dialogue.

Que dire du mot amour…

L’une des plus grandes tergiversations du Calvinisme concerne l’amour. Plusieurs vont nous dire, oui, oui, Dieu aime tous les hommes – d’autres, plus honnêtes, vont dire non, il n’aime pas les réprouvés.

Regardez la réponse de Piper à la question : « puis-je dire à tout le monde que Dieu les aime? » La duplicité est palpable, vous allez voir.

À cette question, Piper répond oui, « nous pouvons dire à tout être humain: ‘Dieu t’aime, et voici comment il t’aime: il a donné son Fils pour qu’il meure, de sorte que si tu croyais, tes péchés seraient pardonnés et tu vivrais pour toujours avec lui.’ »[12]

De la propagande habile

Vous voyez ce qu’il fait? Il évite judicieusement la question. Regardez bien. « Dieu t’aime et voici comment il t’aime : il a donné son Fils pour qu’il meure ». Piper croit à l’expiation limitée, il ne croit pas que Christ est mort pour tous les hommes, alors il ne dit pas à la personne que Christ est mort pour elle. Il le laisse pourtant sous-entendre lorsqu’il construit la phrase suivante en utilisant le conditionnel.

Pour Piper, si elle croit ça veut dire que Christ est mort pour elle. Mais comment peut-il en toute honnêteté dire Dieu t’aimes si elle ne fait pas partie des élus – le seul fait que Christ meure pour les autres, pour les élus n’a rien d’une démonstration d’amour, ce n’est que de la duplicité.

Quand l’amour perd sa saveur

Vous voyez ce qu’il fait? Il évite judicieusement la question. Regardez bien. « Dieu t’aime et voici comment il t’aime : il a donné son Fils pour qu’il meure ». Piper croit à l’expiation limitée, il ne croit pas que Christ est mort pour tous les hommes, alors il ne dit pas à la personne que Christ est mort pour elle. Il le laisse pourtant sous-entendre lorsqu’il construit la phrase suivante en utilisant le conditionnel. Pour Piper, si elle croit ça veut dire que Christ est mort pour elle. Mais comment peut-il en toute honnêteté dire Dieu t’aimes si elle ne fait pas partie des élus – le seul fait que Christ meure pour les autres, pour les élus n’a rien d’une démonstration d’amour, ce n’est que de la duplicité.

Quand l’amour change de définition

Don Carson dans livre sur l’amour de Dieu affirme que Dieu « a un amour sélectif spécial pour les élus », mais qu’il se sent libre de « dire aux non-convertis que Dieu les aime ». MacArthur dira :

Le fait que certains pécheurs ne soient pas élus au salut ne prouve pas que l’attitude de Dieu à leur égard soit totalement dépourvue d’amour sincère. Les Écritures nous disent que Dieu est compatissant, bon, généreux et bon même envers les pécheurs les plus obstinés.[13]

Et une autre

Les Écritures disent clairement que Dieu est amour. « Le Seigneur est bon pour tous, et sa miséricorde s’étend sur toutes ses œuvres » (Ps. 145: 9). Le Christ nous commande même d’aimer nos ennemis, et la raison qu’il donne est la suivante: «Afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et les bons, et il envoie de la pluie sur les justes et les injustes »(Matt. 5:45). L’implication évidente est que, dans un certain sens, Dieu aime ses ennemis.[14]

Mais que Dit l’Écrirure?

Moi qui croyait que Paul avait dit que pourvoir au bien-être physique des gens n’était pas de l’amour ? N’a-t-il pas écrit:

Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien. L’amour est patiente, il est pleine de bonté; l’amour n’est point envieuse; l’amour ne se vante point, il ne s’enfle point d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche point son intérêt, il ne s’irrite point, il ne soupçonne point le mal, il ne se réjouit point de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité; il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. (1Co 13:3-7)

À lire cette définition, on voit bien qu’un Dieu-qui-est-amour ne pourrait pas chercher son intérêt au dépends des milliards qu’il enverrait en enfer pour l’unique raison de glorifier sa colère… mais ça c’est une autre hisoire.

Quand l’amour ressemble à la haine

Mais face au châtiment éternel, comment peut-on affirmer que Dieu aime tout le monde? Et bien, on ne le peut pas.

4.     Incompréhensible? Les calvinismes ne sont pas comme à l’emporte-pièce

Tous les calvinistes ne sont pas tous pareils. Par exemple, Edwin Palmer dans son livre sur les cinq points du calvinisme dit :

La préordination signifie le plan souverain de Dieu, par lequel il décide de tout ce qui doit se passer dans l’univers entier. Rien dans ce monde n’arrive par hasard. Il décide et fait en sorte que tout se produise. Il n’est pas assis à l’écart et ne craint peut-être pas ce qui va arriver. Non, il a tout prévu « d’après les conseils de sa volonté » (Eph. 1:11): le mouvement d’un doigt, le battement d’un cœur, le rire d’une fille, l’erreur d’un dactylographe – même le péché.[15]

Il y en a de toutes les couleurs

Toutes les sortes de calvinistes ne seraient pas d’accord avec cet auteur, ou en tout cas, ils ne seraient pas d’accord avec sa transparence. Car il y a des calvinistes modérés, des hauts calvinistes, des ultra-calvinistes et des hypercalvinistes.

Il y en a qui affirment l’expiation de Dieu pour tous les hommes et son désir sincère pour que chaque individu se repente et croie alors que d’autres ne le font pas. Certains affirment le véritable amour de Dieu pour chaque individu, tandis que d’autres décrivent ses sentiments pour les non-élus comme une haine remplie de colère.

Un auteur explique :

Divisé

Les calvinistes sont sérieusement divisés entre eux et l’ont toujours été. Il y a Supralapsaires et les Sublapsaires ainsi que les. Infralapsaires. « Les supralapsaires estiment que Dieu a décrété la chute d’Adam; les Sublapsaires, qu’il l’a permise. » Les calvinistes du Synode de Dordrecht étaient divisés sur de nombreuses questions, y compris le lapsarianisme. Les calvinistes suisses qui ont écrit la formule helvétique de 1675 étaient en conflit avec les calvinistes français de l’école de Saumur. Il existe des calvinistes stricts et des calvinistes modérés, des hyper et non-hyper (différents surtout sur la réprobation et l’étendue de l’expiation et si Dieu aime tous les hommes), il y a les 5 points, les 4 points, les 3 points, les 2 points.

Un petit calvinisme bien à eux

Cependant, chaque fois que l’on essaie de décrire la théologie TULIP puis de la réfuter, il y aura toujours des calvinistes qui soutiendront que vous en faites une fausse représentation. Ce n’est pas tellement que vous l’ayez mal représentée, vous pourriez même citer directement des auteurs calvinistes ou même Calvin lui-même. Le problème, c’est que vous représentez mal leur calvinisme à eux! Il y a les calvinistes de Calvin, de Fuller, de Pink, les calvinistes presbytériens, les calvinistes baptistes, ainsi que de nombreuses autres sortes de calvinisme.

De nombreux calvinistes n’ont jamais même lu l’Institution de la religion chrétienne de Calvin. Ils ne font que suivre quelqu’un qui suit quelqu’un qui aurait suivi Calvin (qui, de son propre aveu, a suivi Augustin).[16]

Rosa, Rosa, Rosam, Rosarum, Rosis, Rosis… Toute une déclinaison, mais une rose demeure une rose

Le problème, bien sûr c’est que le calvinisme a beau se décliner de toutes sortes de manières, l’idée de base est la même. Il y a un décret qui englobe tout, même les actions pécheresses des hommes et même si on veut utiliser toutes les plus belles élucubrations… on ne peut éviter la conclusion inévitable funeste que Dieu est à l’origine du mal.

5.     Incompréhensible? Certains ne savent simplement ce que ça veut dire que d’être calviniste.

Entre ce dont nous avons parlé dans notre dernier article sur le calvinisme furtif, et tout ce que nous voyons dans celui-ci, il est clair que les choses peuvent devenir rapidement très mélangeantes pour monsieur et madame tout le monde. Ils n’ont peut-être jamais lu les Calvin, Piper, Sproul, MacArthur… Ils sont trop souvent ignorant des éléments plus inquiétants, plus sombre du calvinisme. Moi-même, plus jeune, j’étais persuadé que le calvinisme n’était qu’une question de sécurité du salut.

Pas étonnant, ni incompréhensible

Il n’est donc pas étonnant de se faire accuser de ne pas représenter correctement le calvinisme alors qu’eux même ne connaissent pas le calvinisme.

John Piper

Des citations comme celle de Piper :

En d’autres termes, ce n’est pas seulement que Dieu réussit à transformer les aspects pervers de notre monde en bien pour ceux qui l’aiment; c’est plutôt qu’il apporte lui-même ces aspects pervers pour sa gloire (voir Ex. 9: 13-16; Jean 9: 3) et le bien de son peuple (voir Héb. 12: 3-11; Jacques 1: 2-4). Cela inclut – aussi incroyable et aussi inacceptable que cela puisse nous paraître actuellement – que Dieu ait même provoqué la brutalité des nazis à Birkenau et Auschwitz ainsi que les terribles assassinats de Dennis Rader et même les abus sexuels d’un jeune enfant.[17]

Jean Calvin

Ou celles-ci, de Calvin :

Car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais ordonne les uns à la vie éternelle, et les autres à l’éternelle damnation.  Selon la fin pour laquelle est créé l’homme, nous disons qu’il est prédestiné à la mort ou à la vie[18].

Ou encore :

Ce n’est pas la seule permission, et non par l’ordonnance de Dieu, que l’homme s’est acquise la damnation, comme si Dieu n’avait point ordonné de quelle condition il voulait que fût la principale et la plus noble de ses créatures.[19]

Et,

Les adversaires allèguent qu’on ne trouvera point ceci exprimé mot à mot, que Dieu eût déterminé qu’Adam dût trébucher en une ruine mortelle […] Ils disent qu’Adam a été créé avec son franc arbitre pour se donner telle fortune qu’il voudrait, et que Dieu n’avait rien déterminé de lui, sinon de le traiter selon ses mérites.  Si une si froide invention est reçue, où sera la puissance infinie de Dieu, par laquelle il dispose toutes choses selon son conseil secret, qui ne dépend point d’ailleurs? [20]


[1] https://soteriology101.com/2017/05/20/you-dont-understand-calvinism/

[2] https://www.youtube.com/watch?v=1D2SWKbZSIU

[3] The Problem of Pain, p. 29

[4] Contrairement à la prédestination scripturaire

[5] http://ueem.umc-europe.org/foi/de-la-libre-grace.pdf

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_d%27explosion

[7] Du latin responsus, ‘répondu’, et du suffixe -a⁠ble, ‘pouvoir’.

[8] Articles « Permettre » et « Permission », Dictionnaire de définitions, Antidote 10, version 1.1 [Logiciel], Montréal, Druide informatique, 2018.

[9] La cause déficiente, c’est que Dieu enlève ce qui retient le mal dans ce que Dieu veut qui soit fait. Cette causalité, dans la perspective calviniste est tout aussi infaillible que la cause efficiente. En d’autres termes, c’est comme si plutôt que de pousser l’aveugle dans le trou, je creuse un trou devant lui.

[10] Calvin J., L’institution Chrétienne – Livre troisième, Éditions Kerygma – Éditions Farel, p. 427

[11] Mais dans ce cas, il fait référence à la permission volontaire.

[12] https://www.desiringgod.org/messages/god-so-loved-the-world-part-2/excerpts/can-i-tell-everyone-god-loves-them

[13] https://www.gty.org/library/articles/A294/the-love-of-god-and-the-nonelect

[14] John MacArthur, the God who loves

[15] E.H. Palmer and M. Horton, The Five Points of Calvinism: A Study Guide (Baker Publishing Group, 2010), p. 30.

[16] http://www.verhoevenmarc.be/PDF/Calvinismdebate.pdf

[17] http://www.desiringgod.org/messages/all-the-good-that-is-ours-in-christ-seeing-gods-gracious-hand-in-the-hurts-others-do-to-us

[18] Calvin J., L’institution Chrétienne – Livre troisième, Éditions Kerygma – Éditions Farel, p. 399

[19] Ibid., p. 427

[20] Ibid., p.426

Le jour de la Réforme… Seulement pour les Calvinistes ?

Le jour de la Réforme

Je vous souhaite une très bonne journée de la Réforme. Eh oui, le 31 octobre, ce n’est pas seulement le jour du défilé de gobbelins, de zombies et de loups garou… c’est aussi le jour de la Réforme. Mais est-ce que le jour de la réforme, c’est seulement pour les Calvinistes ? Bien sûr que non !

Même si plusieurs s’imaginent que la réforme ne se limite qu’à Martin Luther, à Jean Calvin ou encore à Zwingli. Même si d’autres encore, et c’est navrant, n’associent la réforme qu’à la sotériologie calviniste contemporaine de la TULIP. Mais c’est mal connaître l’histoire.

Plus que trois

Même s’il est vrai que Luther, Calvin et Zwingli eurent beaucoup d’influence durant cette période mouvementée, ils n’étaient pas les seuls théologiens de l’époque à s’opposer à Rome. Qui plus est, leurs enseignements étaient loin de ressembler au genre de Calvinisme que l’on voit poindre actuellement. Calvin, par exemple, ne croyait absolument pas à une expiation limitée de Christ à la Croix[1].

Des croyances et des valeurs inquiétantes

De plus, certaines croyances de ces réformateurs sont irréconciliables avec certaines convictions évangéliques. Ils croyaient que l’Eucharistie possédait de vraies vertus; ils justifiaient l’utilisation de la torture et de la mise à mort de ceux qui étaient en désaccord avec eux[2]. Luther, entre autres, croyait que « l’hérésie anabaptiste » était une offense méritant la peine capitale. Ainsi plusieurs croyants de l’époque furent mis à mort sous le regard approbateur de Luther.

Calvin, de son côté, régnait en maitre sur Genève[3][4].

  • Il fit décapiter un enfant pour avoir frappé ses parents;
  • Il fit torturer et décapiter pour le crime de blasphème et de rébellion un certain Jacques Gruet qui avait osé dire de Calvin qu’il était ambitieux et hypocrite;
  • Pendant son règne d’une douzaine d’années, il y eut 139 exécutions à Genève. En comparaison, il y eut 572 exécutions à Zurich pendant tout le XVIe siècle.

Sébastien Castellion qui avait déjà été un ami de Calvin a d’ailleurs dit :

Calvin jouit aujourd’hui d’une grande autorité, et je lui en souhaiterais une plus considérable encore si je le voyais animé d’un esprit bienveillant. Or son dernier acte a été une sanglante exécution et il a récemment menacé de nombreux justes. C’est pourquoi, moi, qui ai horreur des effusions de sang, je me propose, avec l’aide de Dieu, de dévoiler au monde ses intentions et de ramener dans la bonne voie au moins quelques-uns de ceux qu’il a gagnés à ses idées erronées[5].

Il dira aussi dans un livre qu’il écrit directement contre Calvin :

Si le Christ lui-même venait à Genève, il serait crucifié. Car Genève n’est pas un lieu de liberté chrétienne. Elle est dirigée par un nouveau pape [Jean Calvin], mais un qui brûle les hommes vivants alors que le pape à Rome les étrangle en premier.[6]

Zwingli

Zwingli, de son côté, recourut régulièrement à la torture pour que ses adversaires se rétractent. Ces « adversaires » étaient souvent des hommes beaucoup plus dignes de notre admiration que les trois réformateurs que je viens de nommer.

Un peu d’air frais

Je pense à l’un d’eux, Balthazar Hubmaïer, persécuté et torturé par Zwingli puis plus tard, il fut assassiné à Vienne en 1528. Hubmaïer fut l’un des grands réformateurs. Il se tint pour liberté chrétienne et pour plusieurs croyances qui sont encore importantes pour les évangéliques. Il enseignait une sotériologie non calviniste. Il croyait que c’était par le moyen de la Parole de Dieu et  la proclamation de l’Évangile que Dieu attirait tous les hommes à lui.

Si le Christ lui-même venait à Genève, il serait crucifié. Car Genève n’est pas un lieu de liberté chrétienne. Elle est dirigée par un nouveau pape [Jean Calvin], mais un qui brûle les hommes vivants alors que le pape à Rome les étrangle en premier. Sébastien Castellion.

Melanchthon

Je pense aussi à Philippe Melanchthon. Il fut un théologien et un érudit grec très important de l’époque de la Réforme. Il publia l’une des premières œuvres de théologie protestante, Lieux communs de la Théologie (Loci Communes). Il rédigea aussi l’une des premières Confessions protestantes, la Confession d’Augsbourg.

Bien qu’il fût un ami de Luther, Melanchthon ne partageait pas ses idées. En effet Melanchthon avait une approche plus corporative de la notion de prédestination et rejetait l’idée que Dieu avait prédestiné certains individus tout en négligeant le reste de l’humanité. Il écrit :

Le destin éternel des individus est entre leurs mains au moment où ils entendent les promesses de l’Évangile illuminé par l’Esprit. Au total, donc, le choix d’une foi en Jésus qui sauve a trois origines: la Parole, l’Esprit et le libre arbitre individuel[7].

D’ailleurs bon nombre de théologiens Lutherien suivirent Mélanchthon et non Luther dans leur compréhension de Romains 9 et insistèrent que la foi de l’être humain a un rôle décisif a jouer dans le salut.

En conclusion

Comme on peut le voir, la Réforme ne se confine pas à la pensée de deux ou trois individus. Plusieurs des réformateurs qui ont joué un rôle important désavouaient les enseignements de Luther.

Le temps me manque, mais je vous laisse avec cette citation du grand théologien arminien, Roger Olson :

L’un des principaux irritants (pour moi comme pour beaucoup d’autres) au sujet du mouvement « Young, Restless, Reformed » est la tendance qu’ont ses dirigeants et ses partisans à vouloir définir le mot « réformé » d’une façon très étroite : centré sur « les doctrines de la grâce » (comme ils les appellent) voulant parler de la TULIP. Le mouvement devrait plutôt être appelé «jeune, agité, calviniste». Sauf que ça ne sonnerait pas aussi bien qu’«Young, Restless, Reformed». Le problème est que les principaux porte-parole du mouvement excluraient beaucoup de personnes qui classiquement sont réellement Réformé. Et pourtant, la plupart d’entre eux ne sont pas «vraiment Réformés» selon les normes reconnues par la Communion mondiale des Églises Réformées! (Toutes ces dénominations pratiquent le baptême des enfants.)

Arminius et les premiers remontants historiquement étaient tous théologiquement Réformés. Ils n’étaient tout simplement pas d’accord avec la définition étroite de «réformé» vanté par les Franciscus Gomarus et les prince Maurice (le pouvoir derrière le Synode de Dordrecht). Les Églises réformées des Provinces-Unies (Pays-Bas) ne disposaient donc pas (avant Dordrecht) de normes doctrinales autoritaires qui excluaient les Remontrants, mais qui pouvaient affirmer volontiers le Catéchisme de Heidelberg même s’ils le voulaient réviser. C’est Dordrecht qui a rendu l’arminianisme «hérétique» au sein des Églises réformées des Provinces-Unies. Pourtant, beaucoup de théologiens Réformés partout en Europe n’étaient pas d’accord avec Dordrecht; certains, de la délégation d’Angleterre ont même quitté le Synode quand ils ont constaté que ce n’était qu’un tribunal fantoche et comment « Réformé » était défini là-bas[8]

 

[1] https://www.calvin.edu/meeter/Was%20Calvin%20a%20Calvinist-12-26-09.pdf, Voir aussi Allen, D., (2016), The Extent of the Atonement: A Historical and Critical Review

[2] http://www.patheos.com/blogs/frankviola/

[3] Durant, W., (1957), The Reformation

[4] http://www.radicalresurgence.com/calvinsgeneva/

[5] https://fr.wikiquote.org/wiki/S%C3%A9bastien_Castellion

[6] Zagorin, P. (2004), How the Idea of Religious Toleration Came to the West, Princeton Univesity Press. P. 116

[7] http://www.matthewmbarrett.com/wp-content/uploads/2012/01/Evangelical-Free-Will-Philipp-Melanchthons-Journey-on-the-Origins-of-Faith.pdf

[8] http://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2014/02/is-arminianism-reformed/

Que Penser Du Calvinisme – Partie 1

Que penser du Calvinisme

La première d’une série d’études sur le Calvinisme. Dans cette émission, la table est mise pour bien comprendre ce qu’est le Calvinisme. Dans cet épisode, nous prenons le temps de bien définir les termes et de bien définir le sujet étudié.

Calvinisme est un système théologique, associé au réformateur Jean Calvin, qui souligne la primauté de Dieu sur toutes choses comme le reflète sa lecture de l’Écriture concernant Dieu, l’humanité, le salut, et l’église. Le Calvinisme voit Dieu comme contrôlant minutieusement toute chose, que ce soit le péché ou les bonnes actions de ses créatures.

En langue populaire, le calvinisme se réfère souvent aux cinq points de doctrine calviniste concernant le salut, qui composent l’acrostiche TULIP. Dans son sens le plus large, le calvinisme est associé à la théologie réformée. Pourtant, même si ses adeptes prétendent souscrire à la théologie réformée, une bonne partie des réformteurs n’ont jamais adhéré à la théologie Calviniste.

 

L’homme Au Centre, vraiment ? C’est une vraie caricature

L'homme au centre

Pat, tu crois au libre arbitre, alors tu as une religion centrée sur l’homme. Tu exaltes l’être humain et tu rabaisses la souveraineté de Dieu. Tu exaltes la justice humaine. Je me suis fait dire ce genre de chose tant de fois que je ne saurais pas toutes les compter. À chaque fois, je ne peux pas vraiment m’empêcher de rigoler.  Après tout, c’est le but d’une caricature, non ?  L’homme au centre, vraiment ? MDR !

Parce que c’est bien ce que c’est, ce ne sont que de simples caricatures, non ? Comme toute bonne parodie, la description qu’on fait de l’autre est bulersque et il vaut mieux en rire. Personne ne penserait prendre les sketches d’un Bye Bye ou les scènes d’un film burlesque représentent la réalité.

Alors, ce sont bien de simples caricatures, oui ou non ? Malheureusement. Le problème, c’est que les gens qui véhiculent ces propos disent représenter fidèlement la thèse adverse, alors que c’est faux.

Comme toute bonne parodie, la description qu’on fait de l’autre est bulersque et il vaut mieux en rire.

Bon, moi je sais que ce ne sont que de simples caricatures, des hommes de paille, que ce n’est pas sérieux.

Un homme de paille ? Oui, c’est une vieille ruse, un stratagème qu’on utilise pour marquer des points dans une conversation. En fait, c’est un sophisme, un argument fallacieux, qui permet à celui l’utilise — mais qui est incapable de réfuter l’argumentaire de l’autre — «de sortir victorieux d’une confrontation avec une version affaiblie de cet argumentaire ». C’est d’autant plus facile, si cette personne invente de toute pièce « la version affaiblie en la façonnant exactement telle qu’elle doit l’être pour garantir qu’elle sera démolie. »

L’homme au centre, toute une caricature

Comme j’allais dire, moi je le sais que ce n’est qu’une caricature… mais ce n’est pas le cas de tout le monde malheureusement. C’est donc pour ça qu’il faut régulièrement corriger le tir.

Ce n’est pas le seul stratagème que les tenants du calvinisme utilisent pour décrier le libre arbitre. Ils sont friands des sophismes par association, c’est-à-dire qu’ils vont associer le vrai croyant qui croit au libre arbitre à un hérétique de l’histoire comme Pélage qui lui aussi croyait au libre arbitre.

Imaginez-vous un Joe Le Truand qui croit aux licornes et Marie, une petite fille de trois ans qui elle aussi croit aux licornes. Marie est-elle une meurtrière parce qu’elle partage une croyance avec Joe ? Vous voyez comme c’est ridicule ? Pourtant, combien de fois m’a-t-on dit : Pat, tu es pélagien, tu es semi-pélagien ou Pat, tu es socinien… Que de bêtises !

Remarquez que je pourrais tenir le même genre de propos, je pourrais dire que ceux qui nient le libre arbitre et croient au compatibilisme sont tout simplement athées. Selon cette logique, puisque bons nombres d’athées nient aussi le libre arbitre et croient au compatibilisme, on pourrait dire que les calvinistes sont athées : Non, mais vous voyez comme c’est ridicule ce genre de propos ?

Imaginez-vous un Joe Le Truand qui croit aux licornes et Marie, une petite fille de trois ans qui elle aussi croit aux licornes. Marie est-elle une meurtrière parce qu’elle partage une croyance avec Joe ? Vous voyez comme c’est ridicule ?

La bombe H

Ainsi, plutôt que de s’adresser au fond de la discussion, certains calvinistes préfèrent la facilité et sous-entendre l’hérésie des propos tenus par ceux qui croient au libre arbitre. Moi, j’appelle ça laisser tomber la bombe H sur une discussion — elle y met fin sans jamais avoir traité réellement du sujet.

Ce qui est très drôle, c’est que dans l’histoire, le même concile ecclésiastique qui condamna les semi-pélagiens condamna le genre de propos que tenait Jean Calvin sur la prédestination — ça, vous pouvez être certains qu’ils n’en parlent pas…

D’ailleurs, le genre de prédestinatianisme promu par Calvin a été condamné par nombre de conciles ecclésiastique dans le passé. Il ne s’agit donc pas, ici, d’une simple comparaison superficielle, mais bien de verdicts officiels. En fait, que ce soit dans les écrits des Pères, dans les décisions des conciles, dans les excommunications répétées, l’histoire de l’Église témoigne encore et encore du rejet du prédestinatianisme. Elle rejeta aussi toute doctrine qui excluait la coopération du libre arbitre avec la grâce, qui affirmait que Dieu ne veut pas vraiment sauver tous les hommes et qui prétendait que l’œuvre de Christ ne concerne qu’une minorité d’élus.

Ce qui est très drôle, c’est que dans l’histoire, le même concile ecclésiastique qui condamna les semi-pélagiens condamna le genre de propos que tenait Jean Calvin sur la prédestination.

Quelques exemples

Entre 470 et 480 : Les conciles d’Arles qui condamna comme hérétique l’enseignement de Lucide qui enseignait la prédestination en niant la coopération du libre arbitre avec la grâce.

Entre 849 et 860 : Les Conciles de Quierzy, de Valence, de Langres, de Toul et de Thuzey qui condamnèrent comme hérétique l’enseignement de Gottschalk d’Orbais. Il fut l’un des premiers à prétendre que Christ n’était mort que pour les élus et qui lui aussi enseignait la prédestination en niant la coopération du libre arbitre avec la grâce.

Je reviendrai une autre fois sur ce sujet, car bien que je ne veuille pas à mon tour laisser tomber la bombe H, il faut bien répondre à l’accusation d’hérésie.

D’ailleurs, même si le verdict de l’histoire de l’Église sur le prédestinatianisme et sur le libre arbitre appuie mes propos, je préfère un dialogue honnête. J’aime mieux la discussion franche que les ruses et les stratagèmes qui ne sont d’aucune utilité quand on cherche vraiment la vérité sur un sujet.

D’ailleurs, même si le verdict de l’histoire de l’Église sur le prédestinatianisme et sur le libre arbitre appuie mes propos, je préfère un dialogue honnête. J’aime mieux la discussion franche que les ruses et les stratagèmes qui ne sont d’aucune utilité quand on cherche vraiment la vérité sur un sujet.

Alors le libre arbitre c’est quoi ?

Être libre et responsable, c’est :

  1. Être à l’origine de ses propres choix ;

Les choix et les décisions doivent être autodéterminés. Voici ce que je veux dire, les choix ou les décisions résultent normalement d’un processus de délibération (même s’ils peuvent se faire sur un coup de tête). Ils peuvent également donner lieu immédiatement à des actions (ou pas, si je change d’idée ou si je suis incapable de l’actualiser).

Donc, suivant Aristote, pour citer sa Physique: « Ainsi le bâton meut la pierre, mu luimême par la main que meut l’homme, et l’homme produit le mouvement, sans luimême être mu par une autre cause. ».

  1. Pouvoir ou non choisir une option possible ;

Toutes choses étant égales, les choix et les décisions auraient pu être différents. En d’autres termes, pour citer Van Inwagen: à un instant donné t, « vous auriez pu rendre fausses la proposition selon laquelle vous avez déplacé votre main à t ». C’est ce que Kane dans son excellent ouvrage sur le Libre Arbitre The Significance of FreeWill appelle la condition de la possibilité alternative (AP). C’est-à-dire que: « L’agent a des possibilités alternatives (il peut faire autrement) par rapport à A en t dans le sens que, à t, l’agent peut (a la puissance ou la capacité de) A et peut (a la puissance ou la capacité à) faire autrement ». Je vous conseille également le The Oxford Handbook Of Free Will si vous voulez approfondir le sujet…

Ça, ça veut dire qu’une personne pour être libre, doit pouvoir choisir ou s’abstenir de choisir une option possible. Ça, ça implique que pour pouvoir exercer sa liberté, cette personne doit avoir des options de disponibles.

  1. Être ultimement responsable de ses choix.

Les agents doivent être ultimement responsables (UR) pour leurs actions. Pour citer la définition plutôt compliquée, mais très approfondie de Kane:

Un agent est ultimement responsable d’un événement ou d’un état E, si et seulement si l’agent est personnellement responsable (R) de l’apparition d’E dans un sens qui implique que l’agent a librement fait ou omis de faire, et pour lequel l’agent aurait pu librement faire autrement. Il est à l’origine de et a causé de l’apparition de E et a fait une différence pour savoir si E s’est produit ou non ; et (U) pour chaque X et Y (où X et Y représentent des occurrences d’événements et/ou d’états) si l’agent est personnellement responsable de X et si Y est un arche (ou un terrain ou une cause ou une explication suffisante) pour X, alors l’agent doit également être personnellement responsable de Y.

Ouf !!

Là, je suis certain que si vous continuez de lire après la lecture de ce paragraphe, vous me haïssez quand même un peu. Tout ce que ça veut dire, c’est que pour être ultimement responsable d’un événement, il faut que ça soit de ma faute et seulement de ma faute. Ça, ça veut dire qu’il n’y a rien, à l’extérieure de moi qui a été la cause de ma décision. Aucun de philtre d’amour, aucune incantation, pas d’hypnose, pas d’implant cérébral ou de nanorobot (imaginez tous les scénarios de films de SF ou de film fantastiques que vous voulez)… pas d’emprise démoniaque, ni même de décret divin.

Ça, ça ne veut pas dire que ces choses sont impossibles. Ça veut dire que si je décide de faire quelque chose, mais que ma décision a été causée par quoi que ce soit d’autre que moi, je ne suis pas ultimement responsable de mon action. La responsabilité ultime appartient à la personne qui m’a subjugué, que ce soit un autre humain ou Dieu.

Ça ne veut pas dire non plus que les décisions et les choix sont indéterminés, mais ils sont autodéterminés, c’est-à-dire qu’ils sont déterminés par l’agent lui-même.

« Ainsi le bâton meut la pierre, mu luimême par la main que meut l’homme, et l’homme produit le mouvement, sans luimême être mu par une autre cause. ». Aristote, Physique.

L’homme au centre ? Non, le libre arbitre n’est pas souverain…

Cela ne veut pas non plus que Dieu ne puisse jamais déterminer l’action d’un être humain. En effet, je ne vois aucune raison que des décisions comme celles de nommer un enfant Cyrus ou de produire l’Écriture ne peuvent pas être déterminée. Mais ces actions n’ont aucune importance morale significative ceux qui les font — ils ne sont ni louables, ni blâmables pour ces actions. Il s’agit dans ces cas-là d’interventions divines non moins miraculeuses que la multiplication des pains.

En outre, compte tenu de cette définition, les créatures ne peuvent en aucun cas être considérées comme étant au-delà de Dieu. En effet, c’est Dieu qui détermine les options qui sont disponibles aux créatures pour exercer leur libre arbitre ou c’est Dieu qui définit les bornes et les limites dans lesquelles les créatures peuvent exercer leur liberté.

Esclave du péché

Mais Patrice, la Bible dit que nous sommes esclaves du péché !!! Ça veut bien dire que nous n’avons pas de liberté, non ?

Mais non !

Paul, quand il nous parle de ça, il écrit aux Romains… Aux Romains ! Il y a des millions d’esclaves dans tout l’Empire romain. Il y a des esclaves partout. Or, à Rome l’esclavage était considéré comme

L'homme au centre ou esclave du péché

l’effet d’un acte juridique (dette, mauvaise conduite, par naissance d’un esclave…) et militaire (guerre, conquête…). On retrouve à peu de chose près les mêmes critères dans l’Ancien Testament.

Mais que ce soit dans l’Empire romain ou dans l’Ancien Testament… un esclave était juridiquement lié, certes, mais il pouvait vouloir être autre chose qu’un esclave. Un esclave pouvait chercher à être affranchi.

De plus, le maître assignait une limite à la liberté de l’esclave et lui laissait une certaine liberté d’action dans laquelle il pouvait exercer son libre arbitre sans aucune entrave.

Paul, bien que esclave du péché a pu dire : j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien (Romains 7:18). Bien qu’esclave, il pouvait vouloir être affranchi !

Mais que ce soit dans l’Empire romain ou dans l’Ancien Testament… un esclave était juridiquement lié, certes, mais il pouvait vouloir être autre chose qu’un esclave. Un esclave pouvait chercher à être affranchi.

Centrée sur l’homme, vraiment ?

En terminant, je veux vous laisser avec cette citation de Tozer. Elle décrit la grandeur et la majesté divine :

Dieu a souverainement décrété que l’humain devrait être libre d’exercer ses choix moraux, et depuis le commencement l’humain a accompli ce décret en faisant le choix entre le bien et le mal. Lorsqu’il choisit de faire le mal, il ne contrevient pas à la souveraine volonté de Dieu, mais il l’accomplit, dans la même mesure où le décret divin éternel n’a pas décidé quel choix l’humain devrait faire, mais plutôt qu’il devrait être libre de faire ce choix. Si dans sa liberté absolue Dieu a voulu donner une liberté limitée, qui peut contredire Son action, et dire, « Que fais-tu ? La volonté de l’homme est libre parce que Dieu est souverain. Un Dieu moins souverain n’aurait pas pu accorder la liberté morale à ses créatures. Il aurait eu peur de le faire.

Peut-on dire en toute honnêteté qu’une telle conception est centrée sur l’homme ? Je ne le crois pas. Au contraire, elle est centrée sur la pleine souveraineté de Dieu qui est au ciel et qui fait ce qu’il veut (Ps. 115 :3), mais qui “a donné la terre aux fils de l’homme” (Ps. 115 :16).

Une justice humaine, vraiment ?

À l’accusation souvent répétée que ceux qui enseignent le libre arbitre prônent une justice et une bonté humaine, je réponds par cette citation de C.S. Lewis :

Ou pourrait-on sérieusement introduire l’idée d’un Dieu mauvais, comme par la porte arrière, par une sorte de calvinisme extrême ? Vous pourriez dire que nous sommes déchus et dépravés.

Nous sommes tellement dépravés que nos idées de bonté ne valent rien ; ou pire, moins que rien — le fait même que nous pensions quelque chose de bon devient une présomption que ce soit en réalité mauvais.

Maintenant Dieu possède en fait — nos pires craintes sont vraies — toutes les caractéristiques que nous considérons comme mauvaises: la déraison, la vanité, l’esprit de vengeance, la cruauté.

Mais tous ces noirs (comme ils nous en semblent) sont réellement blancs. C’est seulement notre dépravation qui leur donne un aspect qui nous semble noir.

Et puis ? Pratiquement (et spéculativement), nous venons d’effacer Dieu de l’ardoise. Le mot bon, lorsque nous lui appliquons, devient vide de sens: comme abracadabra. Nous n’avons plus aucun motif de lui obéir. Pas même la peur. Il est vrai que nous avons ses menaces et ses promesses.

Mais pourquoi devrions-nous les croire ? Si la cruauté est “bonne” de son point de vue, raconter des mensonges peut être tout aussi “bon”. Même si elles sont vraies, alors quoi ? Si ses idées du bien sont si différentes de la nôtre, ce qu’il appelle le ciel pourrait bien être ce que nous devrions appeler l’enfer, et vice-versa.

Enfin, si la réalité, à sa racine, nous est tellement incohérente — ou, pour regarder la chose différemment, si nous sommes à ce point des imbéciles — à quoi sert-il d’essayer de penser à Dieu ou à quoi que ce soit d’autre ? Ce nœud se défait lorsque lorsqu’on essaye de le resserrer.

Si vous voulez en savoir plus sur la liberté de l’homme, voici quelques articles qui pourraient vous intéresser :

Oui, Vous Êtes Libre – vraiment libre

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Oui, Vous Êtes Libre – vraiment libre

Une vraie liberté

Récemment, j’écoutais un Pasteur de la grande région métropolitaine de Montréal qui enseignait que la liberté ne pouvait pas se définir comme la capacité de choisir entre deux options. Est-ce là être vraiment libre ?

Vraiment libres ou pas ?

Mais alors, ça veut dire quoi ? Qu’est-ce qui reste d’une liberté où tu n’as qu’un choix ? Selon moi, il ne reste rien.

En fait, et je l’ai déjà enseigné moi-même, on nous dit que la vraie liberté, c’est pouvoir choisir de faire ce qui est bien. Est-ce là être vraiment libre ?

Évidemment, ça implique que certains ne peuvent pas choisir ce genre d’option. Pour moi, cette conclusion est erronée. L’idée qui se cache derrière ce genre d’affirmation, du moins quand moi je la faisais, c’est que la liberté humaine est telle, qu’elle est nécessairement limitée par la nature pécheresse.

Ça, ça veut dire par exemple que le non-croyant ne peut pas choisir Dieu, qu’il ne peut faire le bien et qu’il est esclave du péché[1].

La Bible, nous dit-on, enseigne que la nature humaine est pécheresse au point que le non-croyant ne peut recevoir les choses de l’esprit de Dieu (1 Cor. 2 :14), qu’il ne peut pas chercher Dieu (Rom. 3 :11); que nul ne peut faire le bien pas même un seul (Rom. 3 :12), car après tout, l’être humain est esclave du péché (Rom. 6 :14-20). Ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu et ne le peuvent même pas (Rom. 8 :7-9).

Ainsi, nous devons conclure — selon cette manière de penser — que tous ceux qui croient en Dieu (Jean 3 :16; 3 :36) le font parce que Dieu leur a accordé la foi (Phil 1 :29), qu’il les a régénérés (1 Pierre 1 :3), et qu’il les a choisis pour le salut (2 Thess. 2 :13).

Je suis d’accord avec au moins un point, c’est que la liberté d’un être est limitée par les caractéristiques de sa nature. Après tout, même il est impossible pour Dieu de mentir ou de se renier (Tit. 1: 2, Heb. 6:18, 2 Tim 2:13). De la même manière, il m’est impossible, de par ma nature, de vivre indéfiniment sous l’eau, tout comme un poisson ne peut vivre indéfiniment hors de l’eau à moins d’avoir la faculté naturelle de tirer l’oxygène de l’air.

Une personne vraiment libre

Pourtant, il y a une différence entre la nature d’un être (ce qu’il est) et la personne humaine. Il ne faut jamais confondre les deux. La nature humaine a plusieurs facultés qui rendent la personne humaine capable d’agir sur plusieurs plans. Ces facultés sont, en elles-mêmes, moralement neutres, c’est l’utilisation de ces facultés qui est bonne ou mauvaise.

L’intelligence est une faculté de la nature humaine par laquelle la personne humaine peut penser. Ce n’est pas la nature humaine qui réfléchit, c’est la personne — ce sont ses pensées qui sont bonnes ou mauvaises.

La volonté est une faculté de la nature humaine par laquelle la personne humaine peut choisir. Ce n’est pas la nature humaine qui décide, c’est la personne — ce sont ses décisions qui sont bonnes ou mauvaises.

L’affectivité est la faculté de l’être humain par laquelle l’individu peut s’émouvoir. Ce n’est pas la nature humaine qui s’émeut, c’est la personne.

  • Les pensées sont le fruit de l’intelligence.
  • Les décisions sont le fruit de la volonté.
  • Les émotions sont le fruit de l’affectivité.

Vouloir agir

On mélange souvent la capacité et la volonté d’agir avec l’action elle-même. Je suis assis en ce moment à la cuisine de mon chalet et devant moi j’ai un magnifique lac. Je sais nager, j’aime nager, mais malgré tout je ne suis pas en train de nager. Pourquoi ? Parce qu’en j’ai fait un choix. Plusieurs options s’offraient à moi : écrire, dormir, nager, manger, jouer avec mon chien, terminer la lecture du roman de Kathy Reichs qui est sur ma table de chevet. Mais j’ai choisi d’écrire.

Ce n’est pas ma volonté qui a choisi, c’est moi. Tout comme ce n’est pas mon intelligence qui réfléchit à ce que je vais écrire ni mes émotions qui s’émeuvent devant la beauté du paysage qui m’entoure. Je choisis, je réfléchis, je m’émeus.

La volonté, ce n’est jamais agir, c’est la faculté de vouloir agir. Je suis celui qui exerce ma volonté et qui passe à l’action.

Il est vrai que mes choix sont dictés par plusieurs facteurs : mes valeurs, mes goûts, mes intérêts, mes finances, mes capacités, mes habiletés, mes connaissances, mes aspirations, mes décisions antérieures, mes réflexions, les opportunités et les options qui sont devant moi et mes délibérations… Mais ultimement, c’est moi qui passerai à l’action.

  • Parfois je délibère longuement avant de prendre une décision.
  • Parfois je la prends à pile ou face ou j’agis sur un coup de tête.
  • Parfois je demande conseil et parfois je n’en fais qu’à ma tête.
  • Parfois je me laisse influencer par les autres et parfois j’agis envers et contre tous…

Mais dans tous les cas, c’est moi qui agis.

Je peux vouloir m’envoler avec l’aigle que je vois passer au de dessus de ma tête. Mais je n’en ai pas la capacité, même si ma volonté à celle de pouvoir vouloir m’envoler.

Le vouloir et le pouvoir

L’apôtre Paul l’avait très bien compris lorsqu’il dit dans Romains 7:18 : « J’ai la volonté, mais non le pouvoir de pratiquer le bien. » Ce passage est intéressant, car il nous montre que la volonté est neutre en soi. Paul avait la capacité de vouloir, mais non celle de pouvoir pratiquer le bien. La nuance entre faire le bien et pratiquer le bien en est une de constance. Paul voulait toujours faire le bien mais le ne faisait pas.

Je pense que ce passage illustre bien que ce n’est pas la nature qui prend des décisions, mais bien la personne. Il illustre bien que bien que l’on soit relativement libre, notre liberté est belle et bien lésée. Mais, même si notre liberté et imparfaite, elle est bien vraie.

Il est vrai que par la chute, l’être humain est mort et donc séparé de Dieu. Il a une chair dont les désirs sont contraires à ceux de l’Esprit (Gal. 5 :17) et il est donc enclin à pécher. Pourtant, comme un esclave peut vouloir être libre, l’être humain non régénéré le peut également. S’il est vrai que le non-croyant est accro du péché, il est tout aussi vrai qu’il peut parfois lui dire non. C’est le cas de toute toxicomanie, car il y a quand même une différence entre l’alcoolique qui se saoule quelques fois par semaine et celui qui n’est jamais sobre. Comme toute personne dépendante, le non-croyant peut reconnaître sa dépendance et demander de l’aide.  En cela, il est vraiment libre, de vouloir s’en sortir et ce, même s’il n’a pas la capacité d’actualiser continuellement ce désir.

Les choses de l’Esprit de Dieu

Mais alors qu’en est-il des passages comme 1 Corinthiens 2 :14 :

Mais l’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge.

On peut s’imaginer plusieurs choses en lisant ce passage, mais pour s’assurer de ne pas se méprendre lorsqu’on lit l’Écriture, il faut toujours s’assurer de bien comprendre le contexte.

Dès le premier verset du chapitre 2, Paul fait défend sa manière de prêcher. Il démontre que sa prédication, bien qu’elle n’atteigne pas le niveau des grands orateurs grecs, communique la sagesse mystérieuse de Dieu, que les princes de ce monde ne connaissaient pas, et que seul l’Esprit de Dieu pouvait révéler.

N’est-ce pas là, la promesse du Seigneur ? Qu’il conduirait les Apôtres dans la vérité :

J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera. Tout ce que le Père a est à moi; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera. (Jea 16:12-15)

Paul parle donc de la révélation qu’il a eue, en tant qu’Apôtre, des vérités divines. C’est à ce moment qu’il enchaîne avec son affirmation du verset 14. L’homme naturel, ne reçois pas les choses de l’Esprit : il ne les accepte pas, car elles sont une folie pour lui. Le mot traduit par naturel est l’adjectif psuchikós (ψυχικός) qui se traduit difficilement. Le nom dont il est dérivé se traduit par âme et pourrait à la rigueur se traduire par psychique. L’homme psychique ne reçoit pas les choses… De plus, rien dans le contexte ne permet d’affirmer que l’expression homme animal fait référence à des non régénérés.

Saints et charnels

Ce qui est intéressant, c’est que dans ce contexte, les Corinthiens qui sont pourtant sauvés — Paul les appelle saints — ne peuvent pas non plus recevoir les choses de l’Esprit de Dieu, puisqu’ils sont charnels.

Pour moi, frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ. Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas la supporter; et vous ne le pouvez pas même à présent, parce que vous êtes encore charnels. En effet, puisqu’il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n’êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l’homme ? (1Co 3:1-3)

Paul dit ailleurs :

Ceux, en effet, qui vivent selon la chair, s’affectionnent aux choses de la chair, tandis que ceux qui vivent selon l’esprit s’affectionnent aux choses de l’esprit. Et l’affection de la chair, c’est la mort, tandis que l’affection de l’esprit, c’est la vie et la paix; car l’affection de la chair est inimitié contre Dieu, parce qu’elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, et qu’elle ne le peut même pas. Or ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu. (Rom 8:5-8)

Alors que Paul avait dit aux chrétiens de Rome qu’ils ne vivaient pas selon la chair, il fait savoir clairement aux Corinthiens qu’eux sont charnels. Pourtant, malgré ce statut bien peu reluisant, Paul écrit aux Corinthiens de désirer les choses spirituelles [2](1 Cor. 14 :1). Je crois que c’est là le but de toute l’épitre, de les faire passer d’une marche selon la chair à une marche selon l’Esprit.

Un moyen puissant

Tout comme Paul pouvait vouloir pratiquer le bien, l’homme qu’il soit charnel ou psychique peut le faire également, et ce particulièrement lorsqu’il est confronté à l’Évangile. Car l’Évangile n’est pas importent, il n’est pas lié, mais il est puissant, c’est la puissance même de Dieu pour le salut de quiconque croit.

Sa parole n’est-elle pas comme un feu, comme un marteau qui brise le roc ? (Jér 23:29), la Parole de Dieu avec laquelle nous combattons n’est pas charnelle; mais elle est puissante, par la vertu de Dieu, pour renverser des forteresses. (2 Co 10:4) Elle est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles; elle juge les sentiments et les pensées du cœur.

Les participes et la liberté

Mais qu’en est-il d’un passage comme Romains 3 :11-12 ?

En termes simples, les verbes chercher, comprendre et faire le bien dans ces deux passages sont tous des participes substantivés.

Il n’y a pas à s’en faire, c’est plus simple qu’on pense.

Un participe, c’est un mode verbal. Un mode, c’est la manière grammaticale dont le verbe exprime un fait. En français, il y a l’infinitif, l’indicatif, le conditionnel, le subjonctif, l’impératif et le participe.

Le participe a la particularité d’agir comme un adjectif même s’il est un verbe.

  • La chaise branlante;
  • Le chien assoiffé par la course;
  • La voix chantante de Marie.

Parfois, le participe peut aussi agir comme un nom. On dit alors qu’il est substantivé, il est transformé en nom. Le mandant, est un participe substantivé, il s’agit de celui qui donne un mandat à quelqu’un d’autre, le mandé est celui qui reçoit le mandat.

Le Grec du Nouveau Testament, que l’on appelle communément le grec Koinè, raffole des participes, il en est plein. On y retrouve aussi plein de participes substantivés comme ces trois verbes : chercher, comprendre et faire le bien.

On devrait donc traduire par : le cherchant, le comprenant et le faisant bien ou encore le bienfaisant.

On a donc :

Nul n’est un comprenant, nul n’est un cherchant Dieu; tous sont égarés, tous sont pervertis; il n’y a aucun bienfaisant, pas même un seul; (Rom 3:11-12).

Donc, nul ne comprend toujours, nul ne cherche toujours Dieu et nul ne fait toujours le bien.

L’idée n’est donc pas qu’il n’y ait jamais personne qui ne comprenne, qu’il n’y ait jamais personne qui cherche Dieu ou qu’il n’y ait jamais personne qui fasse le bien… En fait, l’idée est bien exprimée par ce passage de l’Ecclésiaste que Paul cite juste avant :

Non, il n’y a sur la terre point d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais. (Ecc 7:20)

Un seul péché, une seule transgression nous prive de la gloire de Dieu. Le problème n’est pas que l’homme ne cherche jamais Dieu, c’est qu’il ne le cherche pas tout le temps.

[1] Cette idée est répandue dans le calvinisme. J’explique ici pourquoi je ne suis pas calviniste.

[2] Le mot don est absent du texte grec dans ce premier verset du quatorzième chapitre.

 

Le Roi Est Nu !

Je n’ai jamais voulu écrire l’article que je m’apprête à rédiger. Mais cette fois, la douleur et trop grande et la tristesse trop profonde. Les propos que j’y tiens ne sont pas nouveaux et ceux qui me connaissent le savent bien… mais cette fois, je me laisse aller. Certains diront que j’instrumentalise la douleur d’un ami… Mais ce soir, je m’en fous, cette fois, je me laisse pousser par le flot de ces pensées qui m’assaillent comme autant de vagues déferlant contre le brisant d’un havre. Seule une phrase est venue prendre forme tangible dans mon esprit: Le Roi est nu !

Le Roi est Nu !

Cet aphorisme si célèbre résume le conte d’Hans Christian Andersen qui raconte l’histoire d’un empereur pourtant nu qui se serait pavané devant la foule alors qu’il était persuadé qu’il était habillé. Deux escrocs avaient convaincu l’empereur et sa cour que l’étoffe avec laquelle ils avaient confectionné les vêtements impériaux ne pouvait pas être vue par les personnes sottes ou incompétentes. Comme aucun de ses membres ne voulait passer pour imbécile, personne ne dit mot et seul un enfant se serait exclamé : Le Roi est nu !

Ce soir, j’ai appris qu’un bon ami avait décidé que son combat devait s’achever.  Pourtant, je peux le comprendre. Quand la douleur, la souffrance physique et la détresse psychologique nous font baisser les bras, le suicide et même le suicide médicalement assisté semblent une porte de sortie légitime – ça ne devrait jamais l’être. Mais, je connais cette souffrance, je me suis moi-même retrouvé dans une baignoire, un couteau à la main sur le point d’ouvrir mes veines il y a de ça près d’une vingtaine d’années. Un an avant ce triste épisode, j’avais fait une première tentative… Je suis reconnaissant qu’à l’époque, le suicide médicalement assisté n’était pas une solution. Mais, ce bas fond, je le connais que trop bien. Ma colère n’est donc pas contre cet homme que j’aime tellement. Mes larmes coulent et je ne peux qu’être bouleversé par la compassion qui m’anime en ce moment pour lui.

Non, ce qui me met en rogne, c’est cette théologie des faux-semblants qui a contribué à l’amener au bord du précipice. Certes il y a la douleur, il y a la maladie, mais il y a surtout le désespoir. Un désespoir si grand qu’il vous plaque le nez dans un coin où tout ce qu’on peut y voir ce sont deux murs sombres qui nous empêchent de voir la vie.

Alors qu’une saine théologie, une vraie théologie devrait nous offrir l’espoir d’une foi qui sait reconnaître un Dieu qui aime vraiment les êtres humains là où ils sont, dans leur bourbier et leur misère; un Dieu qui a vraiment compassion de chacun d’entre eux… Un Dieu qui nous aime vraiment, un Dieu qui m’aime vraiment! C’est là, la description du Dieu Chrétien, du Dieu décrit par l’Écriture Sainte.

Il y a des années, quand je me suis consacré à connaître Dieu… C’est ce Dieu que je voulais connaître, « pour vrai » comme on disait à l’époque… le connaître pour le faire connaître – lui, qui il est réellement – un Dieu vraiment aimant et compatissant.

La théologie des faux-semblants ne nous offre qu’une seule chose : un dieu qui n’aime que lui-même, un dieu qui n’a de l’affection que pour sa propre personne. Elle ne nous offre qu’une divinité dont le seul plaisir se résume à tourmenter sa création pour ses propres sombres caprices. Malgré tous ses propos élogieux et toute sa somptueuse doxologie, lorsque l’on creuse tout au fond, cette théologie ne nous présente qu’un seul dogme : Le Roi est nu !

La théologie des faux-semblants

Un faux-semblant est un simulacre, une apparence mensongère, une chimère qu’on s’est façonnée pour donner à nos propos un semblant de robustesse. Mais, comme tout trompe-l’œil, ce n’est qu’illusion.

Alors que la théologie des faux-semblants prétend nous offrir l’image d’un Dieu absolument souverain, elle n’offre en réalité qu’une vaine divinité impotente, inutile et incapable de se soucier de la souffrance humaine. Pour elle, la création ne devient qu’un outil, une vulgaire marche qui lui permet d’exalter sa propre puissance. Pour ce faible démiurge, la seule chose qui compte réellement est d’assouvir ses propres appétits de grandeur et de cruauté. Tout comme pour le conte d’Andersen, la foule doit aduler le Roi et ses atours — comme si ce dernier était grand, aimant et gracieux… Mais lorsque l’on creuse tout au fond, cette théologie ne nous présente qu’un seul dogme : Le Roi est nu !

Un désespoir grandissant

Face à une telle divinité insensible et impitoyable, il n’y a aucune place à l’espoir. L’espoir pour qui ? L’espoir pour quoi ? Face à un tel simulacre, l’être humain est seul. Il n’est que la proie des appétits cruels d’une divinité toute puissante que rien ne peut arrêter — que dis-je, une divinité ? Non, un démon omnipotent dont les seules ambitions se limitent à s’élever aux dépens de ses créatures.

Pat, me dira-t-on, tu joues dans le mélodrame… Pour tout dire, ce soir je m’en fous. Ce soir je clame haut et fort ce que je pense de cette sale théologie des faux-semblants.

Le pire, c’est qu’à la manière des femmes battues qui défendent encore leur bourreau, ou aux otages — victimes du syndrome de Stockholm — qui ont de l’empathie pour leur tortionnaire… Ceux qui gisent sous le joug de la théologie des faux-semblants louent et adorent le seul tortionnaire de la création.

Comme eux, ils inventent toutes sortes de raisons, toutes sortes de mots, de définitions innovantes et de concepts contradictoires pour tenter d’échapper à la seule conclusion possible : Le Roi est nu !

Face à un tel état de fait, celui qui veut demeurer vrai, celui qui refuse Stockholm, ne peut qu’être en proie au désespoir. Dans cette théologie des faux-semblants, il n’y a aucun espoir… Lorsqu’il ouvre les yeux et qu’il contemple la nudité du Roi, il n’y a pas d’autres issues : il ne reste qu’un désespoir grandissant et impitoyable.

En fait, il y a une autre issue : quitter le tortionnaire. Mais quand le désespoir, la douleur, la maladie, mais surtout le désespoir… Un désespoir si grand qu’il vous plaque le nez dans un coin. Un coin où tout ce qu’on peut voir ce sont deux murs sombres qui nous empêchent de goûter ne serait-ce qu’un soupçon d’espoir, la seule issue possible semble la mort.

Que je la hais, cette théologie des faux-semblants… que je la hais.

 

 

 

L’Amour de Dieu Qui-Est-Amour – Partie 2

Dieu Qui-est-amour

 

La question n’a jamais été comment un Dieu souverain pourrait exercer son amour, mais comment le Dieu Qui-Est-Amour exerce sa souveraineté.

Quand je m’assois pour réfléchir à l’histoire de l’Église, je me rends compte que l’une des façons que l’héritage chrétien d’occident s’est égaré, c’est en accordant une place démesurée à l’idée que l’aspect primordial chez Dieu était une souveraineté omnipotente. En tant que souverain, il ne pouvait que contrôler tous les moindres évènements.

C’est triste parce que Dieu ne se montre pas premièrement comme un être obsédé par un désir exacerbé de tout contrôler (même les actions humaines) mais il se révèle comme un Père aimant qui aime sa création.

Voir le Dieu invisible

Je me souviens qu’il y a quelques années, un de mes amis me disait que Dieu ne voulait pas se révéler aux hommes, qu’il était invisible et que personne ne pouvait vraiment savoir à quoi il ressemblait réellement.

Il me dit, Patrice, on ne peut même pas savoir si les mots qu’on utilise pour le décrire sont vraiment adéquats.

Dieu est invisible, c’est vrai ! Mais, étonnement la Bible nous dit que ses perfections sont visibles comme à l’œil…

Je pense aussi que si nous croyons vraiment que la personne de Jésus-Christ mérite toute notre attention… Si nous Le prenons au sérieux, si nous croyons sans nul doute qu’il est la révélation suprême du Père et qu’il est le Fils unique, qu’il est réellement celui qui est dans le sein du Père, et celui qui l’a fait connaître… Si nous le prenons vraiment au sérieux ses propos lorsqu’il nous dit : « Celui qui m’a vu, a vu le Père ; et comment toi, dis-tu : montre-nous le Père ? »… Une chose devient visible comme à l’œil, c’est que Dieu n’est pas un obsédé du contrôle.

Le Dieu serviteur

N’est-ce pas le Fils qui dit :

(25)  Et Jésus, les ayant appelés auprès de lui, dit : vous savez que les chefs des nations dominent sur elles, et que les grands usent d’autorité sur elles. (26)  Il n’en sera pas ainsi parmi vous ; mais quiconque voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; (27)  et quiconque voudra être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave ; (28)  de même que le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs (Mat 20:25-28).

Dans ce même contexte, l’évangile de Luc complète par ces propos de Jésus :

Car quel est le plus grand, celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, cependant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. (Luc 22:27).

Je trouve ce passage vraiment révélateur :

Jésus reprit donc la parole, et leur dit : en vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce qu’il voit faire au Père ; et tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement. (Jea 5:19)

Le Fils fait ce que le Père fait

Le Fils ne fait que ce qu’il voit faire au Père… Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, voir le Fils s’abaisser comme un serviteur et savoir qu’il ne fait que ce qu’il voit le créateur de l’univers faire, je trouve ça remarquable.

L’apôtre Paul reprend ce même thème important dans son épitre aux Philippiens :

Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix.  C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père (Phi 2:5-11).

Le fait que Dieu lui-même ait pris la forme d’un serviteur et que ce soit à la gloire de Dieu le Père nous témoigne d’un amour sans précédent d’un Créateur pour sa création. Un serviteur ne se caractérise pas par son contrôle sur autrui. Dieu ne peut donc pas se caractériser comme tel.

Voir Jésus, c’est voir corporellement toute la plénitude de la divinité (Col. 2 : 9).

La justice, la sainteté, la bonté

La plus belle définition de Dieu, c’est celle de 1 Jean 5 : 8,16 : Dieu est amour. L’amour est le propre de la nature même de Dieu, de son essence. Tous les autres attributs de Dieu : la justice, la sainteté, la bonté… tous, ne sont que des reflets, des aspects de son essence : un peu comme les facettes d’un diamant. L’amour, c’est ce que Dieu est. Tous les autres attributs divins ainsi que toutes les actions divines ne sont que les résultantes de cette nature-qui-est-amour.

Donc, la Sainte Trinité est amour, et c’est cette essence d’amour que les trois personnes de la Trinité ont en commun. C’est d’ailleurs ce qui me fait dire que l’Éternel est Père avant d’être Dieu.

Dieu change-t-il ? demandera quelqu’un.

Non, mais tout comme l’Éternel n’est devenu créateur que lorsqu’il a créé.  De la même manière, il n’est « devenu » Dieu qu’à cause de ses relations avec ses créatures. De son côté, le nom Père décrit ce qu’il est depuis toute éternité. Dieu le Père a toujours aimé le Fils et le Saint-Esprit, le Fils a toujours aimé le Père et le Saint-Esprit et le Saint-Esprit a toujours aimé le Père et le Fils.

Si l’on se demande comment est Dieu… Nous n’avons qu’à regarder au Fils.

Dieu Qui-est-amour

 Pour lire la première partie.

 

 

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L’Amour de Dieu Qui Est Amour – Partie I

Dieu aime tous les êtres humains ! C’est la beauté de l’amour de Dieu.

Du moins, c’est ce que je crois. D’ailleurs, toute ma vie, j’ai tenu cette vérité comme fondamentale.

Je pense qu’il ne m’était même jamais venu à l’esprit que l’on puisse penser autrement. Puis, je me suis converti au christianisme et j’ai pu constater la profondeur et la portée de cette affirmation.

Je me souviens, lorsque la première fois, j’ai lu cette phrase poignante de l’épitre de 1 Jean : Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. Et cette autre, un peu plus bas dans le même chapitre : Et nous, nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour. Et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. Quelle profondeur, quelle portée, quelle beauté. Le créateur de l’univers, celui qui ne peut pas mentir, affirme qu’il est amour. Ça donne un tout autre sens à l’amour de Dieu.

Amour de Dieu – un verbe d’état ?

En français comme en bien d’autres langues, on peut diviser les verbes en deux grandes catégories : les verbes d’action et les verbes d’état. Un verbe d’action exprime l’action que le sujet fait ou qu’il subit, alors qu’un verbe d’état, exprimer l’état dans lequel le sujet est. Pour Dieu, l’amour n’est pas seulement un verbe d’action, du moins, il n’est pas seulement une action, il est un état.

Dieu n’aime pas seulement Sa création, il est lui-même amour.

Mais le Dieu-qui-est-amour aime et il aime vraiment. Il aime tellement ses créatures qu’il s’est lui-même porté volontaire pour assumer les torts de l’humanité et en payer le prix… Le prix de la croix. C’est là, la grandeur, la profondeur, la largeur et la beauté de l’amour de Dieu.

Une minorité

Quelle fut donc ma surprise quand, au début des années » 90, j’ai appris que cette idée que Dieu aime tous les humains, était loin de faire l’unanimité. Pire, j’ai réalisé qu’elle ne faisait pas l’unanimité au sein de mon propre héritage spirituel, à savoir l’héritage protestant évangélique.

Je n’ai pas besoin de vous dire que j’avais été profondément bouleversé.

Un peu comme pour un deuil, le choc a rapidement laissé la place au déni, à la colère, puis à la tristesse.

Heureusement, aujourd’hui je sais qu’il ne s’agit que d’une minorité. Un groupuscule de personnes, qui en se regardant dans le miroir, sont persuadées que Dieu n’aime qu’eux.

L’un des auteurs de tristes notoriétés qui a popularisé cette idée est un gars du nom d’Arthur Pink. Il affirme, dans l’un de ses bouquins, « Dieu est souverain dans l’exercice de son amour » et donc qu’il « aime ceux qu’il choisit. Dieu n’aime pas tout le monde ». Avec une telle pensée, que reste-t-il de l’amour de Dieu.

Dieu aime vraiment sa création

Pourtant, n’est-ce pas le cœur même de l’Évangile que Dieu aime tout le monde ? N’est-ce pas ce que l’Évangile de Jean au chapitre 3 et au verset 16 affirme ? « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. »

Quand j’ouvre le Nouveau Testament pour y lire le contexte, je trouve cinq fois le mot monde avant le chapitre 3. Cinq fois !

C’est ce monde, nous dit l’auteur en 1:10, qui a été fait par Dieu et c’est ce monde qu’il aime. Restreindre l’amour de Dieu en affirmant que Dieu n’aime pas tout le monde, c’est prétendre que le Créateur du monde n’a pas créé tout le monde.

Il est vrai que Pink était un extrémiste. Pourtant, il se décrivait comme calviniste, et même si la plupart des calvinistes décrient son extrémisme, il n’en demeure pas moins que les tenants de cette école de pensée entretiennent une certaine forme d’angle mort avec le fait que Dieu soit amour.

Un angle mort

Par exemple, Calvin, l’éponyme du calvinisme, dans son œuvre magistrale de théologie : l’Institution de la religion chrétienne (un ouvrage de plus de 1500 pages), il ne cite pas une seule fois 1 Jean 4:8 ni 1 Jean 4:16. Pas une seule fois. Pourtant, il y décrit Dieu de nombreuses fois… Dans un index de versets pourtant complet et qui doit avoir plus d’une quarantaine de pages, on n’y retrouve jamais ces deux passages. Quelle triste omission!

L’autre exemple frappant, c’est le petit catéchisme de la très célèbre Confession de foi de Westminster. À la question #4 « Qu’est-ce que Dieu », le catéchisme répond : « Dieu est esprit, infini, éternel, et immuable dans son être, sa sagesse, sa puissance, Sa Sainteté, sa justice, sa bonté, et sa vérité. » Mais nulle mention n’est faite du Dieu-qui-est-amour. D’ailleurs, la notion que Dieu aime les hommes n’y apparaît nulle part.

Même dans la Confession de foi Westminster à proprement parler, une œuvre maîtresse du calvinisme anglo-saxon, on ne trouve nulle mention de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Seul l’amour de Dieu pour les élus est affirmé, mais sans aucune mention d’un quelconque amour pour les réprouvés. D’ailleurs,le même commentaire peut être fait de la confession baptiste de 1689, une pièce importante du calvinisme baptiste.

Qui sont les réprouvés ? Ce sont ceux qui dans la pensée calviniste — et là, tous les calvinistes s’entendent — n’ont pas été choisis par Dieu pour le salut, mais qui passeront une éternité de tourment pour le seul bon plaisir de Dieu.

L’amour de Dieu est-il différent du nôtre

L’amour de Dieu est-il différent pour les élus et pour les non-élus ?

Certains comme John MacArthur et John Piper, et ils sont nombreux, affirment que Dieu aime les élus d’une manière différente que les non-élus. Mais, est-ce plausible ?

Avant de répondre à cette dernière question, il faudrait se demander ce qu’est aimer.

L’amour, nous dit l’apôtre Paul :

[…] est patient, l’amour est serviable, il n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il ne médite pas le mal, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité (1 Corinthiens 13:4-6).

L’amour est donc bien circonscrit. Les Écritures nous en donnent une bonne définition et il est difficile d’y échapper.

Dieu, nous demande d’aimer nos ennemis, or la question que nous pouvons nous poser, aime-t-il les siens ?

Dieu aime-t-il ses ennemis ?

Je pense que oui. Regardez ce que Jésus a affirmé dans l’Évangile de Matthieu :

(43) Vous avez ouï qu’il a été dit : « Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi ». (44)  Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous font du tort et vous persécutent, (45)  en sorte que vous soyez les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et envoie sa pluie sur les justes et sur les injustes. (46)  Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense avez-vous ? Les publicains même n’en font-ils pas autant ? (47)  Et si vous saluez vos frères seulement, que faites-vous de plus que les autres ? Les nations même ne font-elles pas ainsi ? (48)  Vous, soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. (Mat 5:43-48).

Pour être parfait comme le Père céleste, il faut aimer nos ennemis, c’est donc dire que Dieu les aime aussi. Certes l’amour de Dieu est d’une perfection infinie, le nôtre est bien limité.

Mais les caractéristiques de l’amour de Dieu pour ses ennemis et de notre amour pour les nôtres diffèrent, certes, mais elles ne peuvent différer qu’en grandeur, mais non en qualité. L’amour de Dieu, pour être amour, doit être caractérisé par la patience, la serviabilité, l’absence d’envie, l’absence de vantardise, l’absence d’orgueil, de malhonnêteté… L’amour, même chez Dieu, ne peut chercher son intérêt…

Ce sont là les qualités de l’amour, même chez Dieu. D’ailleurs, ce n’est que parce que l’amour de Dieu possède ces caractéristiques que notre amour les possède aussi. C’est son Amour, l’amour de Dieu qui est l’archétype de l’amour, c’est-à-dire qui est le point de référence idéal.

En résumé, Dieu aimait mieux mourir que de voir des êtres humains se perdre sans rien faire.

Dieu aime-t-il les gens différemment ?

Je ne le pense pas. Ceci impliquerait que la créature a la capacité d’affecter, voire même de modifier, les caractéristiques des attributs divins. L’amour de Dieu, c’est ce qu’il est.

La terre ne peut empêcher le Soleil de lui donner sa lumière.

Oui, mais, diront certains, Dieu n’a qu’un amour temporel pour les humains… il fait lever son soleil sur les méchants et envoie sa pluie, sans plus.

Faire ces choses ne sont pas synonymes d’amour. Paul affirme qu’on peut donner tous ses biens pour les pauvres et le faire sans amour. L’amour est plein de bonté, certes, mais l’amour est beaucoup plus que des actes de charité.

De plus, en quoi peut-on dire que Dieu aime ses ennemis qui ne sont plus de ce monde ? Qui ne bénéficie plus du soleil et de la pluie ? En termes d’éternité, une vie terrestre vaut quoi ? Quelques milliardièmes de secondes, même pas ? Est-ce là l’étendue de l’amour de Dieu pour ses ennemis, quelques rayons de lumière et quelques gouttes de pluie ?

Mais à la lumière des Écritures, la conclusion de Pink est erronée. La question n’est pas comment un Dieu souverain exerce son amour, mais comment le Dieu-qui-est-amour exerce sa souveraineté.

Si on veut prendre ce que Dieu a déclaré de lui-même au sérieux, il faut admettre qu’il est le Dieu-qui-est-amour. Il est amour par nature et non par choix. Dieu ne choisit pas d’aimer, il est amour et il aime.

Le Soleil ne choisit pas d’éclairer et de réchauffer, il les fait par nature.

Pink a dit dans son livre sur la souveraineté de Dieu, comme je l’ai mentionné plus haut :

Lorsque nous disons que Dieu est souverain dans l’exercice de son amour, nous voulons dire qu’il aime celui qu’il choisit. Dieu n’aime pas tout le monde.

Mais à la lumière des Écritures, la conclusion de Pink est erronée. La question n’est pas comment un Dieu souverain exerce son amour, mais comment le Dieu-qui-est-amour exerce sa souveraineté

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