Peut-on chercher Dieu?

Chercher Dieu

L’être humain peut-il chercher Dieu? La question semble un peu absurde, la réponse évidente, c’est que oui, il le peut. Par contre, les Calvinistes prétendent le contraire. Ils disent que l’homme est tellement dépravé qu’il ne peut pas chercher Dieu. Pour en savoir plus, vous pouvez visionner ceci. Mais d’aucuns citent un passage de l’épitre aux Romains :

Selon qu’il est écrit: Il n’y a point de juste, Pas même un seul; 11 Nul n’est intelligent, Nul ne cherche Dieu; Tous sont égarés, tous sont pervertis; 12 Il n’en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul. (Rom 3:10-12)

Alors est-ce vrai? Les humains ne peuvent pas chercher Dieu? Ben voyons, plein de gens cherchent Dieu.

Que dire de ce passage alors? C’est justement le but de cet article, démontrer que l’on peut chercher Dieu et que ce passage ne veut pas dire ce que certains lui font dire.

Chercher Dieu, Un peu d’herméneutique

Premièrement, il pour savoir ce que le texte veut dire, il faut regarder le contexte. Et ça, ce n’est pas seulement lire les quelques lignes d’avant et d’après. Pour les besoins de cet article, regardons d’un peu plus près les deux premiers chapitres.

Deuxièmement, décrire le fait que les hommes ne le font pas, ce n’est pas la même chose que d’affirmer que l’être humain ne peux pas chercher Dieu.

Troisièmement, même si l’être humain était incapable de chercher Dieu (ce qu’il n’est pas), cela ne voudrais pas dire non plus qu’il ne pourrait pas répondre quand Dieu nous appelle par l’Évangile. Le fait que je n’ai pas la capacité d’appeler le président des États Unis pour lui piquer une jasette, ne veut pas dire que je ne peux pas lui répondre si c’est lui qui m’appelle.

Romains 1

Les premiers versets du chapitre nous informent que Paul, par son apostolat, a été mis à part pour annoncer l’Évangile et qu’il veut en faire part aux Romains (v.15). L’Évangile est puissant, en fait, nous dit l’apôtre, il est puissance de Dieu. Le mot puissance est un nom et est attribut du sujet Évangile. Ça, ça veut dire que ce n’est pas seulement un exemple de la puissance divine, c’est la puissance elle-même « pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec ».

C’est dans l’évangile que se révèle « la justice de Dieu par la foi et pour la foi » (v.17), la colère, de son côté, se révèle du ciel « contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive » (v.18). Contre qui? Contre ceux qui retiennent injustement la vérité captive.

Parce qu’ils connaissent Dieu, mais qu’ils s’en détournent, Dieu les livre à eux-mêmes et à leurs passions. Ils le font tout en connaissant le jugement de Dieu contre ces choses, mais « déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais ils approuvent ceux qui les font. » (v.32)

Romains 2

Le Chapitre 2 reprend là où le chapitre 1 avait laissé :

Nous savons, en effet, que le jugement de Dieu contre ceux qui commettent de telles choses est selon la vérité. Et penses-tu, ô homme, qui juges ceux qui commettent de telles choses, et qui les fais, que tu échapperas au jugement de Dieu? (Rom 2:2-3)

Si l’homme s’endurcit et ne se repent pas, il s’amassera

5 Un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, 6 qui rendra à chacun selon ses œuvres; 7 réservant la vie éternelle à ceux qui, par la persévérance à bien faire, cherchent l’honneur, la gloire et l’immortalité; 8, mais l’irritation et la colère à ceux qui, par esprit de dispute, sont rebelles à la vérité et obéissent à l’injustice. 11 Tribulation et angoisse sur toute âme d’homme qui fait le mal, sur le Juif premièrement, puis sur le Grec!  10 Gloire, honneur et paix pour quiconque fait le bien, pour le Juif premièrement, puis pour le Grec!  11, Car devant Dieu il n’y a point d’acception de personnes. (Rom 2:5-11).

Il n’y a point d’acception de personnes

Dieu ne fait acception de personne, ceci veut dire qu’en « toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable. » (Actes 10 :35).

Le texte de Romains 2 continue en disant :

12 Tous ceux qui ont péché sans la loi périront aussi sans la loi, et tous ceux qui ont péché avec la loi seront jugés par la loi.  13 Ce ne sont pas, en effet, ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés (Rom 2:12-13). 

Le jugement de Dieu sera impartial et sera fait d’après les actions de chacun. Il ne dépendra pas du fait d’avoir ou de ne pas avoir la loi.

Le reste du chapitre démontre que le peuple juif est tout aussi coupable que les autres peuples et qu’il sera jugé au même titre que les nations. Il termine avec un élément important : « Mais le Juif, c’est celui qui l’est intérieurement; et la circoncision, c’est celle du cœur, selon l’esprit et non selon la lettre. La louange de ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu. » (v.29).

Chapitre 3

Le troisième chapitre débute avec la question suivante : Si les juifs seront jugés au même titre que les nations « Quel est donc l’avantage des Juifs, ou quelle est l’utilité de la circoncision? » (Rom 3:1). Après avoir affirmé que les avantages étaient nombreux, Paul reprend son argumentaire en commençant par résumer les chapitres précédents: « Quoi donc! sommes-nous plus excellents? Nullement. Car nous avons déjà prouvé que tous, Juifs et Grecs, sont sous l’empire du péché, » (Rom 3:9).

Par cette expression, Paul ne veut pas dire que tous ne peuvent que pécher, pas plus que d’être sous la Loi ne veux dire qu’on ne peut qu’accomplir la Loi. Ainsi, en établissant la culpabilité universelle de la race humaine, Paul n’affirme pas l’incapacité de tous les individus, il incrimine l’ensemble de l’humanité qu’il divise en deux groupes : les juifs et les Grecs.

Le but de l’apôtre n’est donc pas d’établir que des personnes non sauvées ne peuvent que pécher, mais que les Juifs et les gentils sont tous sous l’emprise ou le pouvoir du péché. Ils sont esclaves et ils ont besoin pour être libérés.

L’apôtre poursuit par une suite de citations de l’Ancien Testament pour démontrer ses allégations que tous sont sous l’empire du péché.

On arrive donc à l’un des passages principaux du Calvinisme pour la dépravation totale : selon qu’il est écrit:

Il n’y a point de juste, Pas même un seul; Nul n’est intelligent, Nul ne cherche Dieu; Tous sont égarés, tous sont pervertis; Il n’en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul; (Rom 3:10-12)

Trois conclusions calvinistes sur Chercher Dieu

Les calvinistes veulent tirer trois conclusions de ce passage. Selon eux, un homme non sauvé :

  • Ne peut pas faire quoi que ce soit qui ne soit juste et bon, incluant le fait de croire en Christ;
  • Ne peut pas comprendre la Parole de Dieu, et en particulier l’évangile.
  • Ne peut pas chercher Dieu de sa propre initiative, ni même placer sa foi en Christ.

Mais les calvinistes ne peuvent pas soutenir leur propos par ce passage. Premièrement, ce passage ne dit tout simplement pas ce que les calvinistes prétendent.

  • Ils lisent la phrase « il n’y a pas de juste » et comprennent « personne ne fait jamais rien de juste. »
  • Ils lisent la phrase « il n’y a personne qui comprenne » et lui font dire « il n’y a personne qui soit capable de comprendre l’Évangile. »
  • Ils lisent la phrase « il n’y a personne qui cherche Dieu » et affirment que personne n’est jamais capable de chercher Dieu.

Résumons

Mais ce n’est pas là ce que le texte dit. Il faut tenir compte du contexte et comprendre l’argumentaire de Paul. En voici un bref résumé :

  1. L’Évangile est la puissance de Dieu pour le salut de ceux qui croient (1: 16-17);
  2. Les gens subissent la colère de Dieu à cause de leurs péchés (1: 18-32);
  3. Le peuple juif subit la colère de Dieu à cause de ses péchés (2: 1-16);
  4. Les Juifs sont incapables de respecter la loi mosaïque et subissent la colère de Dieu (2: 17-3: 8);
  5. Le monde entier est condamné sans exception (3:9-20);
  6. Nous ne pouvons obtenir la justice de Dieu que par la foi (3: 21-31).

Nul n’est parfait ne veut pas dire que tout le monde est nul

Le principe est simple, nul n’est parfait et parce que personne n’est parfait, et qu’il « n’y a sur la terre point d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais. » (Ecc 7:20), tous sont sous le jugement divin.

Le standard de Dieu est élevé : « Car quiconque observe toute la loi, mais pèche contre un seul commandement, devient coupable de tous. » (Jac 2:10) Personne sur terre ne peut atteindre ce niveau de perfection et tous sont donc condamnables.

Psaume 14

Pour démontrer son point, Paul fait appel à une série de passage de l’Ancien Testament. Le premier passage est le Psaume 14 dont les premiers versets disent :

Au chef des chantres. De David. L’insensé dit en son cœur: Il n’y a point de Dieu! Ils se sont corrompus, ils ont commis des actions abominables; Il n’en est aucun qui fasse le bien. L’Éternel, du haut des cieux, regarde les fils de l’homme, Pour voir s’il y a quelqu’un qui soit intelligent, Qui cherche Dieu. Tous sont égarés, tous sont pervertis; Il n’en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul. Tous ceux qui commettent l’iniquité ont-ils perdu le sens? Ils dévorent mon peuple, ils le prennent pour nourriture; Ils n’invoquent point l’Éternel. (Psa 14:1-4)

Paul cite la version Septante, la traduction grecque de l’Ancien Testament et tant dans l’Hébreu que dans le Grec, une chose devient claire en lisant ce Psaume, c’est que les humains se sont corrompus et ils sont devenus abominables. « Le Seigneur, du haut du ciel, s’est penché sur les fils des hommes pour voir s’il en est qui comprenne et qui cherche Dieu. Tous ont dévié, et en même temps sont devenus inutiles; pas un ne fait le bien, pas un seul. »

Ce texte, comme celui de Romains 3, ne dit pas que les hommes sont incapables, il dit que c’est ce que Dieu constate en regardant les fils de l’homme. S’agit-il là d’hyperboles poétiques? Sans aucun doute, car l’Écriture regorge d’exemples d’hommes et de femmes qui ont cherché, qui ont marché selon son cœur. À commencer par David lui-même. Le contexte par les fous, de ceux qui en veulent au peuple de Dieu, mais qui font pourtant partis d’Israël : Voilà, « Juifs et Grecs sont sous l’empire du péché. »

De plus, comme nous le verrons plus loin, l’Ancien Testament nous montre de nombreux exemples d’hommes qui ont chercher Dieu (à commencer par David lui-même. 2 Sam 21:1; Psa 11:1, 16:1) l’utilisation du verbe chercher (דָּרַשׁ – dāraš dans l’Hébreux ou de ἐκζητέω – ekzētéō dans la LXX) dans ce texte poétique est une hyperbole, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une figure de style, d’une exagération volontaire pour marquer les lecteurs. [1] 

Psaume 5

Paul cite ensuite le Psaume 5 :

Éternel! conduis-moi dans ta justice, à cause de mes ennemis, Aplanis ta voie sous mes pas. Car il n’y a point de sincérité dans leur bouche; Leur coeur est rempli de malice, Leur gosier est un sépulcre ouvert, Et ils ont sur la langue des paroles flatteuses. (Psa 5:9-10)

Dans le contexte, David parle donc de ses ennemis, par de tout le monde. Ils étaient ennemis de l’homme de Dieu. Même s’ils étaient juifs : « Juifs et Grecs, sont sous l’empire du péché. »

Psaume 140

Puis, l’apôtre passe au Psaume 140 :

Au chef des chantres. Psaume de David. Éternel, délivre-moi des hommes méchants! Préserve-moi des hommes violents. Qui méditent de mauvais desseins dans leur coeur, Et sont toujours prêts à faire la guerre! Ils aiguisent leur langue comme un serpent, Ils ont sous leur lèvres un venin d’aspic. Pause. (Psa 140:1-4)

Encore une fois, le psalmiste parle de ses ennemis et non de tous les hommes. Il établit une distinction entre eux et ceux qui suivent le Seigneur dans les derniers versets de ce passage (vs. 13-14).

Psaume 10

Ensuite, vient le Psaume 10 :7 : « Sa bouche est pleine de malédictions, de tromperies et de fraudes; Il y a sous sa langue de la malice et de l’iniquité. » (Psa 10:7) De qui parle-t-il? Il parle du méchant qui poursuit le malheureux et qui dit dans son cœur : « Il ne punit pas! Il n’y a point de Dieu! » (Psa 10 :4)

Esaïe 59

Le même motif apparait à la prochaine citation. Là, il cite le passage suivant :

Leurs pieds courent au mal, Et ils ont hâte de répandre le sang innocent; Leurs pensées sont des pensées d’iniquité, Le ravage et la ruine sont sur leur route. Ils ne connaissent pas le chemin de la paix, Et il n’y a point de justice dans leurs voies; Ils prennent des sentiers détournés: Quiconque y marche ne connaît point la paix. (Esa 59:7-8)

De qui s’agit-il? De ceux qui se sont détournés du Dieu d’Israël et à qui le prophète s’adresse (Esa 59 :2-6). La même chose se répète à la prochaine citation : « La parole impie du méchant est au fond de mon cœur; La crainte de Dieu n’est pas devant ses yeux. » (Psa 36:2)

Tous sont sous le péché

Dans tous ses passages, l’apôtre démontre simplement que « Juifs et Grecs, sont sous l’empire du péché. »

Tous ces passages l’Écriture font référence aux méchants, c’est-à-dire à un groupe de méchants et non pas à l’ensemble de l’humanité.

Mais le but de Paul dans Romains 3:10-18 était simple, il voulait démontrer aux Juifs que tous les hommes étaient sous l’empire du péché pour les amener à comprendre que « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. » (Romains 3:23).

L’homme peut chercher Dieu

L’homme peut-il chercher Dieu? N’est-ce pas ce que la Bible affirme ?

Actes 15

Simon a raconté comment Dieu a d’abord jeté les regards sur les nations pour choisir du milieu d’elles un peuple qui portât son nom. Et avec cela s’accordent les paroles des prophètes, selon qu’il est écrit: Après cela, je reviendrai, et je relèverai de sa chute la tente de David, J’en réparerai les ruines, et je la redresserai, Afin que le reste des hommes cherche le Seigneur, Ainsi que toutes les nations sur lesquelles mon nom est invoqué, Dit le Seigneur, qui fait ces choses, (Act 15:14-17)

Actes 17

Et encore :

Il a fait que tous les hommes, sortis d’un seul sang, habitassent sur toute la surface de la Terre, ayant déterminé la durée des temps et les bornes de leur demeure; il a voulu qu’ils cherchassent le Seigneur, et qu’ils s’efforçassent de le trouver en tâtonnant, bien qu’il ne soit pas loin de chacun de nous, (Act 17:26-27)

Que dire de tous ses passages où Dieu parle de ceux que la Bible reconnait comme ayant chercher Dieu comme ceux-ci ? :

L’Ancien Testament

Ceux de toutes les tribus d’Israël qui avaient à coeur de chercher l’Éternel, le Dieu d’Israël, suivirent les Lévites à Jérusalem pour sacrifier à l’Éternel, le Dieu de leurs pères. (2Ch 11:16)

Mais il s’est trouvé de bonnes choses en toi, car tu as fait disparaître du pays les idoles, et tu as appliqué ton cœur à chercher Dieu. (2 Ch 19:3)

Car une grande partie du peuple, beaucoup de ceux d’Éphraïm, de Manassé, d’Issacar et de Zabulon, ne s’étaient pas purifiés, et ils mangèrent la Pâque sans se conformer à ce qui est écrit. Mais Ézéchias pria pour eux, en disant: Veuille l’Éternel, qui est bon, pardonner à tous ceux qui ont appliqué leur coeur à chercher Dieu, l’Éternel, le Dieu de leurs pères, quoiqu’ils n’aient pas pratiqué la sainte purification! L’Éternel exauça Ézéchias, et il pardonna au peuple. (2Ch 30:18-20)

Dieu! tu es mon Dieu, je te cherche; Mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, Dans une terre aride, desséchée, sans eau. (Psa 63:2)

Je te cherche de tout mon cœur: Ne me laisse pas égarer loin de tes commandements! (Psa 119:10)

C’est donc possible de chercher Dieu. Ou des passages qui promettent des récompenses à ceux qui cherchent l’Éternel? Comme celui-ci de l’Épitre aux Hébreux :

Or sans la foi il est impossible de lui être agréable; car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. (Héb 11:6)[2]

En conclusion

Le but du passage de Romains 3 n’est pas, et n’a jamais été de démontrer que l’être humain est incapable de chercher Dieu. Son but est de démontrer que tous les hommes sont sous le péché et de rappeler le fait que tous, juifs ou grecs, ont péché et sont privés de la gloire de Dieu.

Pour en savoir plus, vous pouvez lire les articles suivants sur la liberté ici et ici.


[1] Comme tous les Psaumes, le Psaume 14 appartient au style littéraire de la poésie hébraïque. Dans ce style littéraire, on retrouve de très nombreuses figures de style, dont l’hyperbole.

[2] Deut. 4.29; 12.5; 1Chron. 16.10, 11; 22.19; Ezra 4.2; 6.21; Job 5.8; Ps. 24.6; 27.8; 69.32; Zech. 8.21; Matt. 6.33.

L’homme Au Centre, vraiment ? C’est une vraie caricature

L'homme au centre

Pat, tu crois au libre arbitre, alors tu as une religion centrée sur l’homme. Tu exaltes l’être humain et tu rabaisses la souveraineté de Dieu. Tu exaltes la justice humaine. Je me suis fait dire ce genre de chose tant de fois que je ne saurais pas toutes les compter. À chaque fois, je ne peux pas vraiment m’empêcher de rigoler.  Après tout, c’est le but d’une caricature, non ?  L’homme au centre, vraiment ? MDR !

Parce que c’est bien ce que c’est, ce ne sont que de simples caricatures, non ? Comme toute bonne parodie, la description qu’on fait de l’autre est bulersque et il vaut mieux en rire. Personne ne penserait prendre les sketches d’un Bye Bye ou les scènes d’un film burlesque représentent la réalité.

Alors, ce sont bien de simples caricatures, oui ou non ? Malheureusement. Le problème, c’est que les gens qui véhiculent ces propos disent représenter fidèlement la thèse adverse, alors que c’est faux.

Comme toute bonne parodie, la description qu’on fait de l’autre est bulersque et il vaut mieux en rire.

Bon, moi je sais que ce ne sont que de simples caricatures, des hommes de paille, que ce n’est pas sérieux.

Un homme de paille ? Oui, c’est une vieille ruse, un stratagème qu’on utilise pour marquer des points dans une conversation. En fait, c’est un sophisme, un argument fallacieux, qui permet à celui l’utilise — mais qui est incapable de réfuter l’argumentaire de l’autre — «de sortir victorieux d’une confrontation avec une version affaiblie de cet argumentaire ». C’est d’autant plus facile, si cette personne invente de toute pièce « la version affaiblie en la façonnant exactement telle qu’elle doit l’être pour garantir qu’elle sera démolie. »

L’homme au centre, toute une caricature

Comme j’allais dire, moi je le sais que ce n’est qu’une caricature… mais ce n’est pas le cas de tout le monde malheureusement. C’est donc pour ça qu’il faut régulièrement corriger le tir.

Ce n’est pas le seul stratagème que les tenants du calvinisme utilisent pour décrier le libre arbitre. Ils sont friands des sophismes par association, c’est-à-dire qu’ils vont associer le vrai croyant qui croit au libre arbitre à un hérétique de l’histoire comme Pélage qui lui aussi croyait au libre arbitre.

Imaginez-vous un Joe Le Truand qui croit aux licornes et Marie, une petite fille de trois ans qui elle aussi croit aux licornes. Marie est-elle une meurtrière parce qu’elle partage une croyance avec Joe ? Vous voyez comme c’est ridicule ? Pourtant, combien de fois m’a-t-on dit : Pat, tu es pélagien, tu es semi-pélagien ou Pat, tu es socinien… Que de bêtises !

Remarquez que je pourrais tenir le même genre de propos, je pourrais dire que ceux qui nient le libre arbitre et croient au compatibilisme sont tout simplement athées. Selon cette logique, puisque bons nombres d’athées nient aussi le libre arbitre et croient au compatibilisme, on pourrait dire que les calvinistes sont athées : Non, mais vous voyez comme c’est ridicule ce genre de propos ?

Imaginez-vous un Joe Le Truand qui croit aux licornes et Marie, une petite fille de trois ans qui elle aussi croit aux licornes. Marie est-elle une meurtrière parce qu’elle partage une croyance avec Joe ? Vous voyez comme c’est ridicule ?

La bombe H

Ainsi, plutôt que de s’adresser au fond de la discussion, certains calvinistes préfèrent la facilité et sous-entendre l’hérésie des propos tenus par ceux qui croient au libre arbitre. Moi, j’appelle ça laisser tomber la bombe H sur une discussion — elle y met fin sans jamais avoir traité réellement du sujet.

Ce qui est très drôle, c’est que dans l’histoire, le même concile ecclésiastique qui condamna les semi-pélagiens condamna le genre de propos que tenait Jean Calvin sur la prédestination — ça, vous pouvez être certains qu’ils n’en parlent pas…

D’ailleurs, le genre de prédestinatianisme promu par Calvin a été condamné par nombre de conciles ecclésiastique dans le passé. Il ne s’agit donc pas, ici, d’une simple comparaison superficielle, mais bien de verdicts officiels. En fait, que ce soit dans les écrits des Pères, dans les décisions des conciles, dans les excommunications répétées, l’histoire de l’Église témoigne encore et encore du rejet du prédestinatianisme. Elle rejeta aussi toute doctrine qui excluait la coopération du libre arbitre avec la grâce, qui affirmait que Dieu ne veut pas vraiment sauver tous les hommes et qui prétendait que l’œuvre de Christ ne concerne qu’une minorité d’élus.

Ce qui est très drôle, c’est que dans l’histoire, le même concile ecclésiastique qui condamna les semi-pélagiens condamna le genre de propos que tenait Jean Calvin sur la prédestination.

Quelques exemples

Entre 470 et 480 : Les conciles d’Arles qui condamna comme hérétique l’enseignement de Lucide qui enseignait la prédestination en niant la coopération du libre arbitre avec la grâce.

Entre 849 et 860 : Les Conciles de Quierzy, de Valence, de Langres, de Toul et de Thuzey qui condamnèrent comme hérétique l’enseignement de Gottschalk d’Orbais. Il fut l’un des premiers à prétendre que Christ n’était mort que pour les élus et qui lui aussi enseignait la prédestination en niant la coopération du libre arbitre avec la grâce.

Je reviendrai une autre fois sur ce sujet, car bien que je ne veuille pas à mon tour laisser tomber la bombe H, il faut bien répondre à l’accusation d’hérésie.

D’ailleurs, même si le verdict de l’histoire de l’Église sur le prédestinatianisme et sur le libre arbitre appuie mes propos, je préfère un dialogue honnête. J’aime mieux la discussion franche que les ruses et les stratagèmes qui ne sont d’aucune utilité quand on cherche vraiment la vérité sur un sujet.

D’ailleurs, même si le verdict de l’histoire de l’Église sur le prédestinatianisme et sur le libre arbitre appuie mes propos, je préfère un dialogue honnête. J’aime mieux la discussion franche que les ruses et les stratagèmes qui ne sont d’aucune utilité quand on cherche vraiment la vérité sur un sujet.

Alors le libre arbitre c’est quoi ?

Être libre et responsable, c’est :

  1. Être à l’origine de ses propres choix ;

Les choix et les décisions doivent être autodéterminés. Voici ce que je veux dire, les choix ou les décisions résultent normalement d’un processus de délibération (même s’ils peuvent se faire sur un coup de tête). Ils peuvent également donner lieu immédiatement à des actions (ou pas, si je change d’idée ou si je suis incapable de l’actualiser).

Donc, suivant Aristote, pour citer sa Physique: « Ainsi le bâton meut la pierre, mu luimême par la main que meut l’homme, et l’homme produit le mouvement, sans luimême être mu par une autre cause. ».

  1. Pouvoir ou non choisir une option possible ;

Toutes choses étant égales, les choix et les décisions auraient pu être différents. En d’autres termes, pour citer Van Inwagen: à un instant donné t, « vous auriez pu rendre fausses la proposition selon laquelle vous avez déplacé votre main à t ». C’est ce que Kane dans son excellent ouvrage sur le Libre Arbitre The Significance of FreeWill appelle la condition de la possibilité alternative (AP). C’est-à-dire que: « L’agent a des possibilités alternatives (il peut faire autrement) par rapport à A en t dans le sens que, à t, l’agent peut (a la puissance ou la capacité de) A et peut (a la puissance ou la capacité à) faire autrement ». Je vous conseille également le The Oxford Handbook Of Free Will si vous voulez approfondir le sujet…

Ça, ça veut dire qu’une personne pour être libre, doit pouvoir choisir ou s’abstenir de choisir une option possible. Ça, ça implique que pour pouvoir exercer sa liberté, cette personne doit avoir des options de disponibles.

  1. Être ultimement responsable de ses choix.

Les agents doivent être ultimement responsables (UR) pour leurs actions. Pour citer la définition plutôt compliquée, mais très approfondie de Kane:

Un agent est ultimement responsable d’un événement ou d’un état E, si et seulement si l’agent est personnellement responsable (R) de l’apparition d’E dans un sens qui implique que l’agent a librement fait ou omis de faire, et pour lequel l’agent aurait pu librement faire autrement. Il est à l’origine de et a causé de l’apparition de E et a fait une différence pour savoir si E s’est produit ou non ; et (U) pour chaque X et Y (où X et Y représentent des occurrences d’événements et/ou d’états) si l’agent est personnellement responsable de X et si Y est un arche (ou un terrain ou une cause ou une explication suffisante) pour X, alors l’agent doit également être personnellement responsable de Y.

Ouf !!

Là, je suis certain que si vous continuez de lire après la lecture de ce paragraphe, vous me haïssez quand même un peu. Tout ce que ça veut dire, c’est que pour être ultimement responsable d’un événement, il faut que ça soit de ma faute et seulement de ma faute. Ça, ça veut dire qu’il n’y a rien, à l’extérieure de moi qui a été la cause de ma décision. Aucun de philtre d’amour, aucune incantation, pas d’hypnose, pas d’implant cérébral ou de nanorobot (imaginez tous les scénarios de films de SF ou de film fantastiques que vous voulez)… pas d’emprise démoniaque, ni même de décret divin.

Ça, ça ne veut pas dire que ces choses sont impossibles. Ça veut dire que si je décide de faire quelque chose, mais que ma décision a été causée par quoi que ce soit d’autre que moi, je ne suis pas ultimement responsable de mon action. La responsabilité ultime appartient à la personne qui m’a subjugué, que ce soit un autre humain ou Dieu.

Ça ne veut pas dire non plus que les décisions et les choix sont indéterminés, mais ils sont autodéterminés, c’est-à-dire qu’ils sont déterminés par l’agent lui-même.

« Ainsi le bâton meut la pierre, mu luimême par la main que meut l’homme, et l’homme produit le mouvement, sans luimême être mu par une autre cause. ». Aristote, Physique.

L’homme au centre ? Non, le libre arbitre n’est pas souverain…

Cela ne veut pas non plus que Dieu ne puisse jamais déterminer l’action d’un être humain. En effet, je ne vois aucune raison que des décisions comme celles de nommer un enfant Cyrus ou de produire l’Écriture ne peuvent pas être déterminée. Mais ces actions n’ont aucune importance morale significative ceux qui les font — ils ne sont ni louables, ni blâmables pour ces actions. Il s’agit dans ces cas-là d’interventions divines non moins miraculeuses que la multiplication des pains.

En outre, compte tenu de cette définition, les créatures ne peuvent en aucun cas être considérées comme étant au-delà de Dieu. En effet, c’est Dieu qui détermine les options qui sont disponibles aux créatures pour exercer leur libre arbitre ou c’est Dieu qui définit les bornes et les limites dans lesquelles les créatures peuvent exercer leur liberté.

Esclave du péché

Mais Patrice, la Bible dit que nous sommes esclaves du péché !!! Ça veut bien dire que nous n’avons pas de liberté, non ?

Mais non !

Paul, quand il nous parle de ça, il écrit aux Romains… Aux Romains ! Il y a des millions d’esclaves dans tout l’Empire romain. Il y a des esclaves partout. Or, à Rome l’esclavage était considéré comme

L'homme au centre ou esclave du péché

l’effet d’un acte juridique (dette, mauvaise conduite, par naissance d’un esclave…) et militaire (guerre, conquête…). On retrouve à peu de chose près les mêmes critères dans l’Ancien Testament.

Mais que ce soit dans l’Empire romain ou dans l’Ancien Testament… un esclave était juridiquement lié, certes, mais il pouvait vouloir être autre chose qu’un esclave. Un esclave pouvait chercher à être affranchi.

De plus, le maître assignait une limite à la liberté de l’esclave et lui laissait une certaine liberté d’action dans laquelle il pouvait exercer son libre arbitre sans aucune entrave.

Paul, bien que esclave du péché a pu dire : j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien (Romains 7:18). Bien qu’esclave, il pouvait vouloir être affranchi !

Mais que ce soit dans l’Empire romain ou dans l’Ancien Testament… un esclave était juridiquement lié, certes, mais il pouvait vouloir être autre chose qu’un esclave. Un esclave pouvait chercher à être affranchi.

Centrée sur l’homme, vraiment ?

En terminant, je veux vous laisser avec cette citation de Tozer. Elle décrit la grandeur et la majesté divine :

Dieu a souverainement décrété que l’humain devrait être libre d’exercer ses choix moraux, et depuis le commencement l’humain a accompli ce décret en faisant le choix entre le bien et le mal. Lorsqu’il choisit de faire le mal, il ne contrevient pas à la souveraine volonté de Dieu, mais il l’accomplit, dans la même mesure où le décret divin éternel n’a pas décidé quel choix l’humain devrait faire, mais plutôt qu’il devrait être libre de faire ce choix. Si dans sa liberté absolue Dieu a voulu donner une liberté limitée, qui peut contredire Son action, et dire, « Que fais-tu ? La volonté de l’homme est libre parce que Dieu est souverain. Un Dieu moins souverain n’aurait pas pu accorder la liberté morale à ses créatures. Il aurait eu peur de le faire.

Peut-on dire en toute honnêteté qu’une telle conception est centrée sur l’homme ? Je ne le crois pas. Au contraire, elle est centrée sur la pleine souveraineté de Dieu qui est au ciel et qui fait ce qu’il veut (Ps. 115 :3), mais qui “a donné la terre aux fils de l’homme” (Ps. 115 :16).

Une justice humaine, vraiment ?

À l’accusation souvent répétée que ceux qui enseignent le libre arbitre prônent une justice et une bonté humaine, je réponds par cette citation de C.S. Lewis :

Ou pourrait-on sérieusement introduire l’idée d’un Dieu mauvais, comme par la porte arrière, par une sorte de calvinisme extrême ? Vous pourriez dire que nous sommes déchus et dépravés.

Nous sommes tellement dépravés que nos idées de bonté ne valent rien ; ou pire, moins que rien — le fait même que nous pensions quelque chose de bon devient une présomption que ce soit en réalité mauvais.

Maintenant Dieu possède en fait — nos pires craintes sont vraies — toutes les caractéristiques que nous considérons comme mauvaises: la déraison, la vanité, l’esprit de vengeance, la cruauté.

Mais tous ces noirs (comme ils nous en semblent) sont réellement blancs. C’est seulement notre dépravation qui leur donne un aspect qui nous semble noir.

Et puis ? Pratiquement (et spéculativement), nous venons d’effacer Dieu de l’ardoise. Le mot bon, lorsque nous lui appliquons, devient vide de sens: comme abracadabra. Nous n’avons plus aucun motif de lui obéir. Pas même la peur. Il est vrai que nous avons ses menaces et ses promesses.

Mais pourquoi devrions-nous les croire ? Si la cruauté est “bonne” de son point de vue, raconter des mensonges peut être tout aussi “bon”. Même si elles sont vraies, alors quoi ? Si ses idées du bien sont si différentes de la nôtre, ce qu’il appelle le ciel pourrait bien être ce que nous devrions appeler l’enfer, et vice-versa.

Enfin, si la réalité, à sa racine, nous est tellement incohérente — ou, pour regarder la chose différemment, si nous sommes à ce point des imbéciles — à quoi sert-il d’essayer de penser à Dieu ou à quoi que ce soit d’autre ? Ce nœud se défait lorsque lorsqu’on essaye de le resserrer.

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Enfants de colère

J’ai longtemps cru que j’étais un calviniste modéré. La raison était simple, j’étais ignorant. Quand j’ai compris ce que voulais dire être calviniste, même modéré… j’ai réalisé que je ne l’avais jamais été. J’ai pourtant longtemps cru, et même enseigné que l’homme était pécheur par nature, que dans leur nature même, les humains étaient Enfants de colère… Pour moi, c’était un acquis.

La raison était simple, j’étais ignorant.

Mais même lorsque j’enseignais que l’homme était pécheur par nature, il y avait une chose qui me gênait… c’était l’absence totale de cette conséquence dans le texte de la chute du livre de la Genèse. Une des choses qui me gênait, c’était qu’au chapitre 4 de la Genèse, on voyait Dieu piquer un brin de causette avec Caïn – déjà ça, ça m’apparaissait bizarre. Étant donné la doctrine de la dépravation totale, comment un réprouvé pouvait-il avoir une discussion avec un Dieu saint ? Et comment Dieu pouvait-il lui dire, en toute honnêteté, qu’il pouvait résister au péché qui couchait à sa porte ? C’était très gênant, comment un Dieu pouvait-il manquer d’intégrité ?

Que voulez-vous ? J’étais ignorant !

La nature d’une chose

La nature d’une chose, c’est ce qu’elle est dans son sens le plus fondamental — c’est ce que nous apprend la philosophie[1]. Si vous changez la nature d’une chose, d’un arbre, par exemple, ce n’est plus ce que c’était : ce n’est plus un arbre. Rappelez-vous la quête des alchimistes, ils voulaient transmuter le plomb, changer sa nature et la transformer, en or.

En relisant le texte de la chute par contre, j’ai réalisé que rien n’indiquait que la nature de l’être humain avait changé d’une manière ou d’une autre… Et là, mes yeux sont tombés sur un petit bout de phrase : Voici l’homme est devenu… (Gen. 3 :22).

La nature d’une chose, c’est ce qu’elle est dans son sens le plus fondamental !

Ah ! Voilà ! Le texte dit qu’il devenu quelque chose. On aurait pu s’attendre à quelque chose comme il est devenu :

  • Incapable de ne pas pécher ;
  • Impuissant et incapable de faire quoi que ce soit de bien
  • Incapable de vouloir le bien ;
  • Une nature pécheresse…

Je me serais attendu à quelque chose, en tout cas, qui nous aurait confirmé que sa nature avait bel et bien changé pour le pire… mais non.

Changer de nature, c’est tout changer…

Le plus gros problème, c’est que changer la nature d’un être, le transformer en autre chose est un acte de création que seul Dieu peut accomplir. Or, « tout ce que Dieu a créé est bon » (1 Tim. 4 :4), il n’aurait donc pas créé une nature qui ne peut que pécher.

Quand on poursuit la lecture que lit-on ? « L’Éternel Dieu dit: Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous, POUR la connaissance du bien et du mal. »

C’est tout ? Pas de changement de nature ? Non. S’il avait changé de nature, il serait devenu autre chose qu’humain. Que s’est-il passé ? Maintenant l’être humain peut connaître le mal ! Bon, c’est un début. Mais il peut connaître le bien aussi ? Oui.

— Mais connaître le bien, c’est bien ou pas ?

— Il me semble que oui, à moins que ce ne soit pas vraiment le bien que tu connaisses.

— Quelqu’un de non régénéré ne peut pas vraiment connaître le bien, si ?

— Il me semble que ce que Dieu connaît comme bien, c’est vraiment bien. Et il dit bien que l’être humain est devenu comme lui pour la connaissance du BIEN et du mal. Il est certain que l’être humain ne sera jamais omniscient, mais il peut quand même connaître ce qui est bien, même si ce n’est que d’une manière limitée.

C’est là le drame !

L’être humain est maintenant séparé de Dieu et il est devenu son propre référentiel sur ce qui est bien et ce qui est mal – comme un adolescent en pleine crise, il peut décider ce qu’il veut être bien et ce qu’il veut être mal.

Attention, le texte ne dit pas que la connaissance que l’humain a du bien est toujours mal. Non, mais certains par contre peuvent en venir à appeler le mal bien, et le bien mal (Es. 5 :20). Quand Jean-Luc dit que tromper sa femme, c’est mal et qu’honorer sa femme c’est bien, il dit vrai et il a le même point de vue que Dieu à ce sujet — même s’il est non Chrétien.

C’est là le drame ! La nature humaine n’a pas changé, c’est son point de vue, son référentiel qui a changé… Ce n’est plus Dieu qui est le point de référence, c’est lui-même.

— Et est-ce que tous les êtres humains ont été touchés par cette connaissance du bien et du mal ? Est-ce que tous connaissent le bien et le mal ?

— Oui et non.

— Oui et non ? Qu’est-ce que tu veux dire ? Il y a des humains qui ne sont pas touchés par le péché d’Adam. Il y a des gens qui ne connaissent pas le bien et le mal.

— Disons que c’est vrai pour tous ceux qui peuvent connaître le bien et le mal. Car la Bible dit que les enfants ne connaissent pas le bien et le mal (Deut. 1 :39). En vieillissant, ils vont pourvoir, c’est certain… mais quand ils sont enfants, ils n’ont pas la connaissance du bien et du mal.

C’est là le drame ! La nature humaine n’a pas changé, c’est son point de vue, son référentiel qui a changé… Ce n’est plus Dieu qui est le point de référence, c’est lui-même.

Un changement de point de référence

Mais revenons au drame. La nature humaine n’a pas changé, c’est son point de vue, son référentiel qui a changé… Ce n’est plus Dieu qui est le point de référence, c’est lui-même.

C’est ça l’aiguillon de la mort que Paul dit être le péché (1 Cor. 15 :56). Quel péché ? N’importe lequel ? Non, celui d’Adam par qui la mort est entrée dans le monde. La mort qui fait de chacun de nous son propre référentiel. C’est ce péché qui règne sur l’humanité par la mort (Rom. 5 :21)… Ce n’est pas la mort qui règne par le péché… Elle est entrée dans le monde, mais ce n’est pas elle qui règne. Le texte dit que c’est le péché qui règne, qui règne par la mort, qui règne par cette séparation d’avec Dieu.

Le péché d’Adam, d’avoir voulu devenir son propre référentiel quant au bien et au mal, règne sur la planète par la mort spirituelle.

C’est le parasite qui habite la chair, comme dit Paul (Rom. 7 :17,20).

— Mais la Bible dit que nous étions par nature des enfants de colère, tu fais quoi de ça ?

— Alors, regardons ça ensemble.

Enfants de…

Au Québec, on connaît bien ça des anglicismes et même si une bonne majorité les utilise, bon nombre ne les aiment pas. Nous préférons utiliser de bons vieux mots qui sont propres au français. À part les mots, il y a aussi les expressions qui peuvent être des anglicismes. L’expression bon matin, par exemple, est très critiquée parce que dit-on c’est un calque de l’anglais good morning. C’est d’ailleurs l’un des rares anglicismes que j’utilise régulièrement. On dit bien bonne soirée, bon après-midi, alors je ne vois pas pourquoi on ne dirait pas aussi bon matin.

D’accord, d’accord, je reviens à mon sujet. Tout comme il existe des anglicismes, il existe aussi des hébraïsmes, c’est-à-dire, une expression de l’hébreu ou calquée sur l’hébreu dans une autre langue. Et l’expression enfant de… en est un.

Quelques exemples

On le retrouve souvent dans la Bible, même si on ne le traduit pas tout le temps comme tel. Cet hébraïsme consiste à décrier le caractère d’une personne en disant qu’il est issu de…

En premier lieu, en 2 Rois 6 :32, Élisée accueille les mercenaires du roi, venus pour le tuer, en disant : « Voyez-vous que ce fils d’assassin envoie quelqu’un pour m’ôter la tête ? ».

Deuxièmement, en 1 Samuel 20 :30 et même si la version Segond le traduit par : « Fils pervers et rebelle, sais-je pas que tu as pour ami le fils d’Isaï, à ta honte et à la honte de ta mère ? », original est mieux traduite par Darby qui nous rend le verset ainsi : « Fils de la femme perverse et rebelle, ne sais-je pas que tu as choisi le fils d’Isaï à ta honte et à la honte de la nudité de ta mère ? ».

Un autre exemple, qui, encore une fois n’est pas directement traduit dans la Segond est Job 30 :8 : « Êtres vils et méprisés, on les repousse du pays » est en fait : «Fils d’insensés, et fils de gens sans nom, ils sont chassés du pays. ».

Et encore en Ésaïe 57 :4-5 : « Mais vous, approchez ici, fils de l’enchanteresse, Race de l’adultère et de la prostituée ! De qui vous moquez-vous ? Contre qui ouvrez-vous une large bouche et tirez-vous la langue ? N’êtes-vous pas des enfants de péché, une race de mensonge ? »

La liste serait longue, mais je pense que l’idée générale est bien comprise. Remarquez que l’on a d’ailleurs le même genre d’expressions en français, mais c’est habituellement des jurons : enfant de c***, enfant de p***…

… de colère

Dans l’Écriture, la colère de Dieu se manifeste toujours contre les péchés et jamais contre la nature des individus. En Romains 1, par exemple, on voit que «la colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive » (Rom 1:18). Que dire des versets qui apparaissent un peu plus bas :

Comme ils ne se sont pas souciés de connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur sens réprouvé, pour commettre des choses indignes (29) étant remplis de toute espèce d’injustice, de méchanceté, de cupidité, de malice ; pleins d’envie, de meurtre, de querelle, de ruse, de malignité ; (30) rapporteurs, médisants, impies, arrogants, hautains, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, dépourvus d’intelligence, (31) de loyauté, d’affection naturelle, de miséricorde. (32) Et, bien qu’ils connaissent le jugement de Dieu, déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais ils approuvent ceux qui les font. (Rom 1:28-32)

Comme on voit, par ce bel exemple, la colère de Dieu se dirige vers les péchés et non vers la nature des individus. Ils sont donc enfant de colère de par leur actions.

Oui, mais il s’agit bien de leur nature, non ?

Premièrement, trois choses définissent un mot dans un contexte donné :

  • L’usage courant (Usus Loquendi)
  • La grammaire
  • Le contexte

Si le texte où l’on venait de retrouver le mot nature avait été l’œuvre d’Aristote, je ne me serais pas posé de question sur le sens du mot nature. Mais là, il s’agit de Paul et non du grand philosophe.

D’ailleurs, Paul utilise d’ailleurs ce mot de plusieurs façons.

  • Il parle des incirconcis par nature (Romain 2 :27) — ce n’est pas l’ablation du prépuce qui modifie la nature d’un être humain ;
  • Il parle de l’olivier naturel et de l’olivier sauvage — or les deux appartiennent à la même espèce.

L’un des sens du mot traduit ici par nature est le suivant : ce qui par force d’habitude est devenu comme une seconde nature[2]. Comme le disait si bien Michel de Montaigne : « L’accoustumance est une seconde nature, et non moins puissante. »

Un bel exemple est tiré du livre de Jérémie

Un Éthiopien peut-il changer sa peau, et un léopard ses taches ? De même, pourriez-vous faire le bien, vous qui êtes accoutumés à faire le mal ? (Jér 13:23)

Comme le disait si bien Michel de Montaigne : « L’accoustumance est une seconde nature, et non moins puissante. »

Ici, le prophète, inspiré du Saint-Esprit nous dit que l’accoutumance au mal devient si forte, qu’elle devient inchangeable comme la couleur de peau ou les motifs d’un pelage. Mais il s’agit d’un processus. Le même processus qui pousse à l’alcoolisme ou à la dépendance.

Ce n’est pas pour rien que les enfants semblent normalement si réceptifs à l’Évangile — ils ne se sont pas encore endurcis.

C’est un peu ce que reprend l’apôtre Paul quand, à la fin du livre des Actes il dit :

Va vers ce peuple, et dis: vous entendrez de vos oreilles, et vous ne comprendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. Car le cœur de ce peuple est devenu insensible ; ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, qu’ils n’entendent de leurs oreilles, qu’ils ne comprennent de leur cœur, qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. (Act 28:26-27)

Je pourrais multiplier les exemples, mais on voit que dans la parole que l’accoutumance aux péchés et au mal devient si forte, qu’elle devient seconde nature.

L’imparfait de l’indicatif

Un autre élément intéressant, dans la compréhension de ce passage c’est l’utilisation de l’imparfait de l’indicatif dans le grec qui se traduirait mieux par : « nous étions en train d’être par nature des enfants de colère… »

Conclusion

Comme on a pu le constater, la chute de l’homme a eu d’énormes conséquences. Malgré tout, rien ne permet d’affirmer que l’être humain — même s’il est enclin au péché — n’a pas une nature pécheresse comme le décrit le calvinisme.

Par ailleurs, nous avons eu dans mon dernier billet, la Marche Des Morts Vivants, l’être humain est spirituellement mort. Cette mort, loin d’être une incapacité totale, est une séparation d’avec Dieu.

Malgré toutes ces conséquences, la nature humaine — quoiqu’infecté par le péché — n’a pas été complètement transmutée en autre chose. Comme je l’ai mentionné, changer la nature d’un être en autre chose est un acte de création. Or, tout ce que Dieu a créé est bon (1 Tim. 4 :4), il n’a donc pas créé une nature pécheresse.

L’être humain est devenu quelque chose…

L’être humain est bel et bien devenu quelque chose, il est devenu comme Dieu en regard à la connaissance du bien et du mal. Pourtant, les enfants, eux, n’ont pas cette connaissance : ce qui semble diminuer la portée de la chute. Du moins, elle ne touche pas la nature même de l’être humain.

Finalement, l’accoutumance au péché devient seconde nature et les êtres humains s’endurcissent au point de se fermer à l’action de Dieu. Ce n’est pas pour rien que les enfants semblent normalement si réceptifs à l’Évangile — ils ne se sont pas encore endurcis.

C’est envers les péchés humains que la colère de Dieu se déchaîne, non envers sa nature — car après tout, n’est-ce pas lui qui l’a créé cette nature ?

[1] Le mot nature traduit le mot grec phusis qui a plusieurs sens différents. Aristote, dans son œuvre magistrale La Physique, lui donne un sens bien particulier.

[2] https://www.blueletterbible.org/lang/lexicon/lexicon.cfm?t=kjv&strongs=g5449

La marche des morts vivants

Mort, ça veut vraiment dire mort ?

Bonjour, mon nom c’est Pat et je suis un cinéphile, je l’avoue ! J’aime les films de SF, les films fantastiques, les films d’action, les thrillers, les policiers, certains suspens. J’aime moins les drames, les films trop verbeux. Mais je n’aime vraiment pas les films d’horreur et encore moins, mais là, encore moins les films de Zombie. Des morts vivants : Tu parles d’un oxymore ! Tu peux être mort ou tu peux être vivant, mais pas les deux — en tout cas, pas au sens littéral du terme. On me dira que c’est de la fiction, soit, mais je pense qu’il faut quand même qu’un thème soit un tantinet crédible…

Le plus étonnant, c’est que ces films sont vraiment à la mode… Le pire, c’est qu’on parle même de morts-vivants dans certains milieux chrétiens. Mais cette fois, la réalité dépasse la fiction d’encore plus loin. Comme veut nous le faire croire ce texte que j’ai lu récemment :

Chez l’homme naturel, l’âme n’est pas moins morte que le corps ne l’est lorsqu’on le met en terre. Elle est réellement et positivement morte, et non pas seulement dans un sens métaphorique. Paul ne parle pas en métaphore lorsqu’il dit : « Vous qui étiez morts par vos offenses et par vos péchés » (Éphésiens 2 :1).

 La marche des morts-vivants

 NOOOONN !! Nous sommes envahis ! Les gens que l’on côtoie sont des zombies ! Pire, j’en étais un aussi… Comme ces morts vivants d’Hollywood, qui sont sans foi ni loi, on nous dit que :

Chacune des forces de l’homme cessa de fonctionner quant à sa vitalité morale. La bonté, qui était la vitalité de ses forces, disparut. La vertu, la sainteté et l’intégrité, qui composaient la vie de l’homme, s’enfuirent, et il mourut. En ce qui concerne les choses spirituelles, tout homme est désormais spirituellement « mort par ses offenses et par ses péchés ».

 D’accord, je vais arrêter d’être si facétieux…

J’espère n’avoir choqué personne par ces plaisanteries un peu burlesques, mais je trouve ce genre d’explications si peu crédibles… Mais vous avez raison, je me calme et je reprends mon sérieux.

Mais mort, ça veut dire mort, non ?

Mon but, en écrivant ce billet est simple. Je veux démontrer que lorsque la Bible décrit l’être humain comme mort, elle n’est pas en train d’affirmer ce que « Chacune des forces de l’homme cessa de fonctionner quant à sa vitalité morale. La bonté, qui était la vitalité de ses forces, disparut. La vertu, la sainteté et l’intégrité, qui composaient la vie de l’homme, s’enfuirent… ».

Je veux démontrer que cette situation de mort spirituelle est le résultat de la culpabilité qu’entrainent les offenses et les péchés qu’un individu peut commettre et non le résultat de ce qu’il hérite de ses premiers parents.

Pour ce faire, je vais premièrement porter une attention particulière sur l’interprétation d’un passage qui est souvent utilisé pour démontrer que nous sommes tous morts.

Je vais ensuite regarder quelques exemples bibliques de l’utilisation du mot mort comme métaphore, pour ensuite terminer par un résumé de la situation.

Éphésiens 2 – Vous étiez morts…

Le verset le plus souvent cité pour parler de notre mort est celui d’Éphésiens 2 :1. N’est-ce pas celui que l’extrait que j’ai cité un peu plus haut mentionne ? En effet. J’aimerais justement revenir sur cette citation .

Avant de trouver ce qu’un texte veut dire, n’importe lequel, il faut d’abord savoir ce qu’il dit.

Avant de trouver ce qu’un texte veut dire, n’importe lequel, il faut d’abord savoir ce qu’il dit. J’ai beau creuser ce verset, je n’y trouve pas le mot âme. En fait, je ne le trouve nulle part dans tout le livre d’Éphésien. Paul ne peut donc pas vouloir parler de la mort de l’âme.Étapes pour interpréter un texte

En effet, Paul s’adresse aux Éphésiens et non à des âmes désincarnées. Il leur dit : « vous étiez morts ». Or, à moins que les Éphésiens fussent bel et bien morts et qu’ils aient été littéralement réanimés pour qu’on puisse leur annoncer l’Évangile, il est évident que Paul utilise une métaphore. Ils respirent, ils ont un pouls, ils peuvent lire, parler, réfléchir (ils ont donc une activité cérébrale) – ils ne rentrent pas dans la catégorie c’est l’heure des obsèques.

Un macchabée ne peut rien faire, rien du tout, strictement rien, il ne peut même pas pécher. Bref, s’il est vrai qu’un cadavre ne peut accepter l’Évangile, il ne peut pas le refuser non plus. Si les Éphésiens avaient été littéralement morts comme le corps l’est « lorsqu’on le met en terre », ils n’auraient pu littéralement rien faire.

Un macchabée ne peut rien faire, rien du tout, strictement rien, il ne peut même pas pécher. Bref, s’il est vrai qu’un cadavre ne peut accepter l’Évangile, il ne peut pas le refuser non plus.

La métaphore – Ce n’est pas compliqué!

En présence de signes vitaux, on peut affirmer que le mot mort est une métaphore. En fait, ce n’est vraiment pas compliqué ! Si j’utilise un autre mot pour parler d’une personne, d’une chose ou d’un concept, que le mot qu’on doit normalement utiliser, et ce parce qu’il lui ressemble, j’utilise une métaphore. Lorsque je surnomme mon épouse mon Soleil, je ne veux pas dire qu’elle est une boule incandescente de 5 000 degrés Celsius, je veux dire qu’elle fait resplendir mes journées comme le Soleil par une belle journée d’été.

Je reviendrai au verset d’Éphésiens 2:1 un peu plus bas.

Mais si Paul utilise le mot mort comme métaphore, qu’est-ce qu’il veut dire ? C’est là le plus important. En effet, lorsque l’on veut trouver le sens d’un mot biblique, il faut comprendre l’usage courant du mot comme il était utilisé à l’époque de l’auteur. Cet usage courant,  l’usus loquendi en jargon théologique, doit primer et non pas l’usage qu’un système de théologie impose.

Ainsi, pour mieux répondre à cette question, je peux soit me fier à l’imagination trop fertile de certains théologiens ou je peux tourner les pages de la Bible pour savoir comment Elle, Elle utilise le mot mort comme métaphore.

En effet, lorsque l’on veut trouver le sens d’un mot biblique, il faut comprendre l’usage courant du mot comme il était utilisé à l’époque de l’auteur.

Commençons par Notre Seigneur.

Le Seigneur Jésus lui-même va utiliser ce mot d’une manière métaphorique dans sa parabole du fils prodigue. Le texte dit :

Car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir. (Luc 15:24)

On se rappelle que dans le contexte, le fils mort est entré en lui-même et décida de retourner voir son père. Peu importe ses motivations, une chose est certaine, c’est qu’un macchabée ne peut rentrer en lui-même et décider quoi que ce soit — nous sommes donc en présence de signes vitaux : il s’agit d’une métaphore.

Ce qui est intéressant, c’est que notre Seigneur, dans sa parabole, utilise le mot mort d’une pour parler de quelqu’un qui était perdu et il utilise l’expression « revenir à la vie » pour parler de quelqu’un qui a été retrouvé. Dans le contexte, le fils s’est séparé du père et c’est pourquoi il était mort, il était perdu. Son retour marque la fin de cette séparation du père ainsi que son « retour à la vie ».

Ce qui est intéressant, c’est que notre Seigneur, dans sa parabole, utilise le mot mort d’une part pour parler de quelqu’un qui était perdu et il utilise l’expression « revenir à la vie » pour parler de quelqu’un qui a été retrouvé.

Il ne parle certainement pas d’une perte de « vitalité morale » chez ce jeune. Comme si « La bonté, qui était la vitalité de ses forces, disparut. La vertu, la sainteté et l’intégrité, qui composaient la vie de l’homme, s’enfuirent, et il mourut ».

Le Seigneur s’adresse à une Église

 Un autre endroit où l’on retrouve le mot mort dans le Nouveau Testament :

Écris à l’ange de l’Église de Sardes : voici ce que dit celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles : je connais tes œuvres. Je sais que tu passes pour être vivant, et tu es mort. (Apo 3:1).

Pourtant, les deux versets suivants nous disent :

Sois vigilant, et affermis le reste qui est près de mourir ; car je n’ai pas trouvé tes œuvres parfaites devant mon Dieu. Rappelle-toi donc comment tu as reçu et entendu, et garde et repens-toi. Si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur, et tu ne sauras pas à quelle heure je viendrai sur toi. (Apo 3:2-3)

Un macchabée ne peut pas être vigilant, il ne peut affermir les autres, il n’a pas d’œuvres — parfaites ou non. Il ne peut rien garder ni se repentir… Pourtant, c’est bien ce que le Seigneur dit à l’ange de Sardes. Cet homme s’est écarté, il s’est éloigné de la Parole de Dieu et il doit s’en repentir. La mort ne parle donc pas d’une incapacité totale.

Et Paul ?

D’ailleurs, si la métaphore « mort » désignait une incapacité totale, comment se fait-il que Paul dise :

Que dirons-nous donc ? Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde ? Loin de là ! Nous qui sommes morts au péché, comment vivrions-nous encore dans le péché ? (Rom 6:1-2)

Si le mot mort parlait d’une incapacité totale, nous chrétiens devrions donc être entièrement incapables de pécher… Est-ce le cas ? L’apôtre Jean ne dit-il pas : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous. » (1Jn 1:8).

Si le mot mort parlait d’une incapacité totale, nous chrétiens devrions donc être entièrement incapables de pécher…

Nous devrions donc être même incapables d’être tentés, puisqu’un mort ne peut pas être tenté. Ne sommes-nous pas morts (Col. 3 :3) ? Notre vie n’est-elle pas cachée en Christ ?

Et la vieille nature pécheresse ?

Quelqu’un dira que nous avons une vieille nature pécheresse, c’est pour ça qu’on peut encore pécher… Mais c’est précisément là le problème, cette nature, c’est elle qui est morte et qui selon la définition calviniste devrait être totalement incapable de répondre à l’appel du péché :

Sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché ; (Rom 6:6)

Le vieil homme a été crucifié et le corps du péché détruit, détruit ! Si le mot mort parlait d’une incapacité totale, alors comme l’équipage d’Ulysse dont la cire bouchait si bien les oreilles qu’elle les empêchait d’entendre le chant des sirènes, l’incapacité totale de notre vieille nature nous empêcherait même d’être tenté par l’appel du péché.

Chut ! Je crois entendre quelque chose au loin. Un tintement faible, mais répétitif : Ainsi, sonne le glas pour cette interprétation moribonde du mot mort.

Un peu plus d’Éphésiens 2

Donc, si je poursuis ma lecture de ce verset, je tombe sur une jolie petite préposition de trois lettres : par. En fait on en retrouve deux. Deux jolis groupes prépositionnels, qui nous présentent la cause de leur situation.

Vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés (Ep. 2 :1).

La cause de leur mort, ce sont leurs offenses et leurs péchés, non pas le seul péché d’Adam. D’une part, le nom de notre premier père n’apparait nulle part dans ce passage, ni même dans toute l’épitre aux Éphésiens. D’autre part, il y aurait aussi un sérieux problème d’accord en nombre, car la mort des Éphésiens fut la conséquence de plusieurs offenses et de plusieurs péchés, alors que pour Adam, il ne s’agit que d’une « seule offense » (Romains 5 :16).

De plus, puisqu’il s’agit d’offenses et de péchés, je pense qu’il est clair qu’il ne s’agit pas d’une condition dans laquelle ils sont nés. L’être humain ne naît pas coupable de quoi que ce soit, il le devient en péchant.

Un peu de contexte

Mais j’aimerais reprendre un peu la lecture du contexte de ce passage d’Éphésien 2. Un peu plus loin, dans ce même chapitre, il est écrit :

C’est pourquoi, vous autrefois païens dans la chair, appelés incirconcis par ceux qu’on appelle circoncis et qui le sont en la chair par la main de l’homme, souvenez-vous que vous étiez en ce temps-là sans Christ, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde. Mais maintenant, en Jésus Christ, vous qui étiez jadis éloignés, vous avez été rapprochés par le sang de Christ. Car il est notre paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, et qui a renversé le mur de séparation, l’inimitié (Eph 2:11-14).

Encore une fois, on peut voir que le mot mort, lorsqu’elle est utilisée comme une figure de style, dénote l’idée de séparation. Le salut, de son côté, dénote celle de rapprochement, il dénote l’idée d’un mur de séparation qui a été renversé. Il y a réconciliation de la part des deux partis.

Le mot mort, lorsqu’elle est utilisée comme une figure de style, dénote l’idée de séparation. Le salut, de son côté, dénote celle de rapprochement, il dénote l’idée d’un mur de séparation qui a été renversé.

Comme je l’ai mentionné, la Bible parle de la mort comme d’une conséquence des offenses et des péchés. C’est d’ailleurs là ce que Jacques enseigne :

Que nul, quand il est tenté, ne dise : je suis tenté par Dieu ; – car Dieu ne peut être tenté par le mal, et lui ne tente personne. Mais chacun est tenté, étant attiré et amorcé par sa propre convoitise ; puis la convoitise, ayant conçu, enfante le péché ; et le péché, étant consommé, produit la mort. (Jac 1:13-15).

De plus, cette description que fait Jacques est cohérente avec l’expérience que l’apôtre Paul nous raconte dans l’épitre aux Romains.

Pour moi, étant autrefois sans loi, je vivais; mais quand le commandement vint, le péché reprit vie, et moi je mourus. Ainsi, le commandement qui conduit à la vie se trouva pour moi conduire à la mort. Car le péché saisissant l’occasion me séduisit par le commandement, et par lui me fit mourir. (Rom 7:9-11)

Comme on peut le voir dans ce texte de l’Épitre aux Romains. Il y a eu un temps dans la vie de Paul ou il vivait, il n’était pas encore mort, mais le péché saisissant l’occasion le fit mourir. Comme on peut voir, ce sont bel et bien les offenses et les péchés qui conduisent à la mort.

En conclusion

En écrivant ce texte, je m’étais proposé de démontrer que la mort spirituelle d’une personne est le résultat de la culpabilité qu’entrainent ses propres offenses et ses propres péchés et non le résultat de ce qu’il hérite de ses premiers parents.

Comme nous l’avons vu, ce sont bel et bien les offenses et les péchés qui nous font mourir (Eph. 2 :1; Col. 2 :13; Rom. 7 :9-11) et non la culpabilité que nous héritons d’Adam.

La volonté de l'homme est libre parce que Dieu est souverain. Un Dieu moins souverain n’aurait pas pu accorder la liberté morale à ses créatures. Il aurait eu peur de le fairePour ce faire, j’ai premièrement porté mon attention sur l’interprétation d’Éph. 2 :1  qui est souvent utilisé pour démontrer que nous sommes tous morts. Cette lecture attentive nous a permis de soutenir ce que j’avais affirmé en entrée de jeu.

J’ai ensuite regardé quelques exemples bibliques de l’utilisation du mot mort comme métaphore, où l’on peut voir que ce mot connote une séparation et non pas une quelconque incapacité.

Dans les prochains billets, je veux apporter un regard plus minutieux à des textes comme Romains 5 pour démontrer que nous n’héritons pas de la culpabilité d’Adam. Je veux aussi établir le fait que d’affirmer une vraie liberté humaine, ce n’est pas désavoué la souveraineté de Dieu, bien au contraire. Comme le dit A.W. Tozer :

Dieu a souverainement décrété que l’humain devrait être libre d’exercer ses choix moraux, et depuis le commencement l’humain a accompli ce décret en faisant le choix entre le bien et le mal. Lorsqu’il choisit de faire le mal, il ne contrevient pas à la souveraine volonté de Dieu, mais il l’accomplit, dans la même mesure où le décret divin éternel n’a pas décidé quel choix l’humain devrait faire, mais plutôt qu’il devrait être libre de faire ce choix. Si dans sa liberté absolue Dieu a voulu donner une liberté limitée, qui peut contredire Son action, et dire, ‘Que fais-tu? La volonté de l’homme est libre parce que Dieu est souverain. Un Dieu moins souverain n’aurait pas pu accorder la liberté morale à ses créatures. Il aurait eu peur de le faire.

Pour en savoir plus sur ce qu’est la liberté, je vous propose ce texte-ci et celui-ci.

 

Liberté, dit-on ? Vraiment libre ou pas…

Une vraie liberté

Il dit vraiment qu’on est libre ?

Il y a quelques jours, j’écoutais un clip vidéo qu’un bon ami m’a partagé d’un auteur calviniste très populaire. Cet auteur se nomme Sproul. Ce bref extrait nous résume la perspective réformée de la liberté humaine. Le gars, dès les premiers instants, affirme qu’il y a une différence majeure entre la façon qu’on les gens de comprendre ce qu’est la liberté et sur ce point il n’a pas complètement tort. Rappelez-vous que dans mon dernier billet j’affirmais haut et fort la liberté humaine… Alors quelle est la différence ?

Je m’explique. Dans ce clip Sproul affirme de but en blanc : « Je ne connais aucun augustinien dans toute l’histoire de l’Église qui n’a pas affirmé fortement la liberté humaine ». Cette affirmation semble très claire et très fondée, d’autant qu’elle vient d’un érudit, mais elle a un caractère captieux, presque trompeur.

Une explication trompeuse

Pourquoi ?

Premièrement, Augustin lui-même affirma l’idée suivante : amissa libertas, nulla libertas (« liberté perdue, liberté nulle »). Si j’ai perdu mon bas, c’est que je ne l’ai plus. Si l’être humain a perdu sa liberté, il ne l’a plus et on ne peut pas affirmée fortement ce qui n’est plus.

Est-ce donc vraiment honnête de dire que les augustiniens affirment fortement la liberté humaine alors que Augustin lui-même certifiait qu’elle était perdue ?

Deuxièmement, la réforme augustinienne et en particulier celle de Calvin s’est encrée complètement dans une vision du monde où Dieu détermine tout. Quand je dis tout, c’est tout. Au cœur de cette vision du monde se trouve l’idée que Dieu est la cause première de tout, même du mal et des péchés qu’ils soient humains ou autres. On ne peut pas comprendre le calvinisme sans comprendre ce point central.

Rares sont les calvinistes qui vont l’admettre aussi clairement que Calvin, mais même le calvinisme modéré repose sur ce paradigme : Dieu est la cause première de tout, même du mal et des péchés, de tous les péchés et je suis très heureux de cette incohérence, car je me dis qu’au moins le caractère de Dieu n’est pas décrié ouvertement.

En effet, une bonne partie des calvinistes affirment haut et fort que Dieu, même s’il détermine tout, n’est pas l’auteur du mal.

Ben voyons, Pat, tu exagères !

Je reviendrai sur cette question de Dieu en tant que la cause de première du mal dans un prochain billet. Aujourd’hui, je veux me concentrer sur cette question de la liberté.

Dieu a tout déterminé

Regardons quelques citations qui confirmeront mes propos :

Commençons par ce que dit Sproul (le même que dans le clip vidéo que j’ai cité plus haut). Ce gars, dans un de ses livres, fait la déclaration suivante[2] :

Lorsque l’on parle de la souveraineté de Dieu, on parle de sa puissance et de son autorité.  Que Dieu prédétermine (foreordains) tout ce qui arrive est une conséquence nécessaire de sa souveraineté.  De dire que Dieu prédétermine toutes choses, c’est simplement affirmer que Dieu est souverain sur toute sa création.  Si Dieu refusait qu’une chose arrive et qu’elle arrive malgré tout, ce qui l’aurait causée aurait plus d’autorité que Dieu. S’il y a quelque partie de la création qui soit en dehors de la souveraineté de Dieu, Dieu ne serait pas souverain et Dieu ne serait pas Dieu[3].

On serait en droit de se demander depuis quand le mot souverain veut dire déterminer tout ce qui arrive. En tout cas, je n’ai trouvé cette définition dans aucun dictionnaire, mais laissons cette discussion pour un autre jour.

Pourtant, Sproul est l’un de ceux qui veulent nier que Dieu soit l’auteur du mal en affirmant que ce n’est que les hypercalvinistes qui affirment une telle chose[4]… J’y reviendrai un autre jour parce que là aussi cette affirmation n’est pas très honnête. Ce qui est compliqué, c’est qu’ils font beaucoup de pouce en utilisant des mots se rapportent à une vraie liberté.

Même chez les Calvinistes modérés

Cette compréhension de Dieu percole jusque dans le calvinisme modéré. Dans la fameuse théologie systématique, Lewis Sperry Chafer écrit concernant la prescience :

La prescience de Dieu, c’est Dieu qui, de lui-même, détermine tout ce qui va se produire. Tous les évènements, du moindre détail au plus grand.   Tout s’opère à cause du décret déterminant de Dieu, de manière à ce que tout se produise selon son plan souverain[1].

La vraie liberté, c’est quoi ?

Par vraie liberté, voici ce que je veux dire :

Un choix, pour être libre, implique que celui qui agit (l’agent) peut agir, ou du moins, peut vouloir agir différemment de ce qu’il fait.   Aristote nous dit[5] :

Ainsi, le bâton meut la pierre, mu lui-même par la main que meut l’homme, et l’homme produit le mouvement, sans lui-même être mu par une autre cause.

Je crois que c’est précisément là, l’essence de la vraie liberté.  « L’homme produit le mouvement, sans lui-même être mu par une autre cause.  Si l’agent n’est pas la cause première de son action, ce n’est pas vraiment son action. Il n’en est pas responsable ; pas plus que ne l’est la bille de billard qui, frappée par la bille de choc, n’est responsable de son mouvement ni de sa trajectoire.

Une liberté déterminée – un misérable subterfuge

Mais les calvinistes, de leur côté, vont se replier sur une définition de la liberté qui est complètement différente de la définition généralement acceptée. Ils optent pour ce qu’on appelle en philosophie, le compatibilisme. Qu’est-ce c’est ? C’est l’idée que le déterminisme soit compatible avec la liberté. Voici la description qu’en fait, John Hendryx un calviniste du site réformé bien connu de monergism.com :

Afin de mieux comprendre ceci, des théologiens ont développé le terme compatibilisme pour décrire le concours de la souveraineté de Dieu et de la responsabilité de l’homme. Le compatibilisme est une forme de déterminisme et il convient de noter que cette position n’est pas moins déterministe que le déterminisme au sens fort. Cela signifie simplement que la prédétermination de Dieu et la providence méticuleuse sont “compatibles” avec le choix volontaire. Nos choix ne sont pas contraints… c’est-à-dire que nous ne choisissons pas ce qui va à l’encontre de ce que nous voulons ou ce que nous désirons, mais nous ne faisons jamais de choix contraire au décret souverain de Dieu. Ce que Dieu a déterminé sera produira nécessairement (Eph 1:11). À la lumière de l’Écriture (selon compatibilisme), les choix humains sont exercés volontairement, mais les désirs et les circonstances qui engendrent ces choix sont le produit du déterminisme divin[6].

Comme le montre cette brève définition donnée par un calviniste, le compatibilisme c’est un déterminisme. Ils le disent compatible avec la liberté. Ils prétendent que puisqu’il n’y a pas de coercition extérieure, puisque l’individu agit selon ses désirs, il agit librement. Mais des actions sont déterminés par des désirs, est-ce différent de l’instinct ? Comme ce qui pousse le ver de terre vers l’humidité…

Ce cher Kant, il avait parfois raison…

Bien qu’à ma connaissance, ce soit Thomas Hobbes[7] qui fut l’un des premiers à argumenter qu’une personne soit libre même si ses actions sont déterminées[8], c’est vers Emmanuel Kant que je me tourne pour décrire un peu plus cette idée. Pourquoi vers Kant ? Parce que ses propos à ce sujet sont si bien exprimés que je préfère le laisser parler :

[…] Comment peut-on considérer un homme comme étant dans le même temps, et relativement à la même action, libre et à la fois soumis à une nécessité physique inévitable ?

Cherchera-t-on à éluder cette difficulté, en ramenant le mode des causes qui déterminent notre causalité, suivant la loi de la nature, à un concept comparatif de la liberté (d’après lequel on appelle quelquefois libre un effet dont la cause déterminante réside intérieurement dans l’être agissant, comme quand on parle du libre mouvement d’un corps lancé dans l’espace, parce que ce corps, dans son trajet, n’est poussé par aucune force extérieure, ou comme on appelle libre le mouvement d’une montre, parce qu’elle pousse elle-même les aiguilles, et que celles-ci, par conséquent, ne sont pas mues par une force extérieure ; de même, quoique les actions de l’homme soient nécessitées par leurs causes déterminantes, qui précèdent dans le temps, nous les appelons libres parce que ces causes sont des représentations intérieures, produites par notre propre activité, ou des désirs excités par ces représentations suivant les circonstances, et que par conséquent, les actions qu’elles déterminent sont produites selon notre propre désir).  

Mais c’est là un misérable subterfuge, dont quelques esprits ont encore la faiblesse de se contenter, et c’est se payer de mots que de croire qu’on a résolu ainsi ce difficile problème, sur lequel tant de siècles ont travaillé en vain[9].

Mais c’est là un misérable subterfuge, dont quelques esprits ont encore la faiblesse de se contenter, et c’est se payer de mots que de croire qu’on a résolu ainsi ce difficile problème, sur lequel tant de siècles ont travaillé en vain

Il me semble donc que la conception compatibiliste de la liberté est contradictoire. Une liberté déterminée est plus qu’un simple oxymore, c’est une véritable contradiction dans les termes : c’est pour moi un misérable subterfuge.

C’est logique ?

Si une proposition P implique une proposition Q et que cette proposition Q implique une proposition R, il s’ensuit que la proposition P implique la proposition R. C’est ce qu’on appelle la transitivité. Pour ceux que ça intéresse, on note :

((P⇒Q)∧(Q⇒R))⇒(P⇒R)

On veut donc affirmer à la fois la vérité de P⇒Q; la vérité de Q⇒R mais on veut nier la conclusion P⇒R. Il s’agit là, d’une incohérence logique, tout simplement. On insiste donc bel et bien pour une liberté déterminée, ce qui est une contradiction dans les termes.

Si mes actions sont déterminées par mes désirs et que mes désirs sont déterminés par quoi que ce soit — même Dieu, il s’ensuit que mes actions sont déterminées. Or si mes actions sont déterminées, elles ne sont pas libres.

Un exemple simple

S’il était possible pour un homme de donner un philtre d’amour à une femme pour qu’elle tombe follement amoureuse de lui, pourrait-on vraiment dire qu’elle est tombée librement amoureuse de lui ? Non. Cette femme n’aurait que l’illusion de liberté — elle serait la victime d’un misérable subterfuge. Je pense que cet homme serait tout aussi coupable que s’il l’avait violée dans une allée sombre.

Somme toute, la liberté est incompatible avec le déterminisme. Pour être pleinement responsable de ses actes, un individu doit en être la cause première. Dans le cas contraire, la responsabilité ultime revient à cette cause première.

 


[1] Chafer, L. S. (1980). Systematic Theology – volume VII. Dallas: Dallas Seminary Press.

[2] À moins d’avis contraire, l’emphase est mienne.

[3] Sproul, R.C. (1994) Chosen by God, p. 24

[4] http://www.the-highway.com/DoublePredestination_Sproul.html

[5] Aristote. (1862). La Physique. Paris: Librairie philosophique de Ladrange.

[6] https://www.monergism.com/thethreshold/articles/onsite/qna/sovereignfree.html

[7] Thomas Hobbes, quoiqu’un penseur remarquable, était bien loin d’être un théologien.

[8] Kane, R. (1996). The Significance of Free Will. New York: Oxford Univerity Press.

[9] Kant, E. (1848). Critique de la raison pratique. Paris: Librairie Philosophique de Ladrange