La culture – tout un bel oignon !

La culture : ses couches
J’expliquais récemment à quelqu’un que la culture ressemblait à un oignon. Elle était composée de plusieurs couches superposées (comme un oignon, chaque strate est aussi composée de plusieurs couches). La première chose que l’on voit, quand on est confronté à une nouvelle culture, ce sont les actions et les artefacts. Un artefact, c’est une production humaine (artistique ou autre : peinture, outils, mobilier, machine…, bref, tout ce qui a été façonné par l’homme).
 

La culture : Rien ne se produit dans le vide

Mais ceux-ci ne se produisent pas dans un vacuum, ils reposent sur un ensemble de valeurs. Les individus vont agir d’une manière ou d’une autre et ils vont produire des objets en fonction de ce qu’ils considèrent être bons ou mauvais.
 
De la même manière, ces valeurs reposent sur quelque chose de plus profond, de plus substantiel. Elles reposent sur une toile de croyances plus ou moins fortes. Cette couche est constituée de ce que les membres de la culture pensent être vrai ou faux.
 
À leur tour, les croyances reposent sur quelque chose d’encore plus profond, plus fondamental, qu’on pourrait appeler le cœur de la vision du monde ou le paradigme central. Ici, on retrouve les éléments ultimes qui répondent à des questions comme : l’univers est-il ordonné? Existe-t-il un Dieu? comment ce Dieu est-il? Le monde est-il le fruit du hasard? Y a-t-il une réponse à ses questions? C’est ce qui donne un support aux croyances moins fondamentales, aux valeurs, puis aux actions et aux artefacts.
 
Évidemment, chaque couche n’est pas hermétique, elle va affecter les couches qui sont sous elles, et celles qui sont au-dessus. Changez les actions ou les productions artistiques et éventuellement, vous allez modifier les valeurs, les croyances puis la vision du monde… incorporez des croyances étrangères et les valeurs seront modifiées quelque peu. Tous ces changements ne sont font pas du jour au lendemain et plus une couche est profonde, plus les changements prennent du temps.
 
Chez un individu, ça peut prendre des mois, voire des années avant que l’adoption d’un comportement n’affecte les valeurs. Les changements de croyances peuvent prendre des années voire des décennies, tout comme les changements de paradigme.

La culture : Une voie à double sens

 
Dans une culture, les changements prennent habituellement plus de temps, mais il va sans dire qu’il peut y avoir des changements subits et radicaux tant dans les croyances que dans les valeurs. Les révolutions newtonienne, copernicienne et einsteinienne en sont des exemples tirés de l’histoire des sciences.
 
C’est pour ça que j’aime étudier les Pères de l’église des premiers siècles… non pas parce que leurs écrits sont inspirés, mais parce que leur paradigme avait été cadré par l’enseignement des apôtres.
Si, comme un foyer qui s’éteint doucement, les croyances ont pu se modifier tranquillement jusqu’au quatrième siècle… les couches plus profondes de la culture propre aux premiers chrétiens démontrent tout de même une grande stabilité jusqu’à ce qu’Augustin vienne y jeter un seau d’eau…
 

Un changement de culture : une véritable révolution

Et là, le christianisme occidental change… Il s’agit d’un véritable changement de paradigme.
 
Pour les générations de croyants avant augustin, le cœur de la divinité siégeait dans l’idée que Dieu est un Père aimant qui est la source éternelle du Fils et du Saint-Esprit.
 
Au cœur de leur vision du monde, il y avait un être fondamentalement relationnel. Pour eux, c’était la Trinité qui était le cœur de la théologie.
 
On voit facilement le changement de paradigme dans les siècles qui ont suivi Augustin. La confession de Westminster (XVII siècle) par exemple, nous donne deux paragraphes complets sur le Dieu unique et ses attributs et seulement deux ou trois lignes pour mentionner le fait que Dieu trinitaire… comme pour dire : «ah ouais, c’est vrai, on oubliait… Dieu est une Trinité».