Incompréhensible ! Tu ne comprends pas le calvinisme

Incompréhensible

Incompréhensible! Je ne comprends pas le calvinisme. On me l’a si souvent dit. Bon j’ai lu tellement d’auteurs calvinistes avec les années, des bouquins de théologie, des livres de vulgarisation, des articles plus érudits… Ce qui est drôle, c’est que lorsque je discute avec des calvinistes qui ignorent que je je suis non-calviniste, que je leur explique ce que je pense du calvinisme, tout est beau. Si je réitère les mêmes propos dans un contexte où je critique le calvinisme, cette fois on me dit : « Pat, tu ne comprends pas le calvinisme ». Incompréhensible.

On peut toujours essayer, ce n’est pas incompréhensible

Pourtant, avec les années, j’en suis venu à la conclusion qu’il est impossible de représenter adéquatement un point de vue avec lequel on est en désaccord à la satisfaction de chaque adversaire. Ça, ça ne veut pas dire que l’on ne doit pas essayer de le faire représenter correctement. On devrait jamais intentionnellement dénaturer les positions de nos frères quand on est en désaccord avec eux (sophisme de la caricature aussi appelé homme de paille). C’est j’essaie presque toujours de citer au moins un calviniste de renom en critiquant les affirmations des calvinistes.

Par contre, vous me direz que c’est incompréhensible, mais j’attends toujours qu’un calviniste de réputation représente correctement la pensée non calviniste (qu’elle soit arminienne, baptiste traditionaliste ou autre) de manière satisfaisante aux yeux de ceux qu’ils décrivent. On devrait pouvoir s’attendre à ce genre d’intégrité des deux côtés. Mais ce n’est pas le cas : Incompréhensible!

Il est clair qu’une des objections les plus courantes dans mes discussions avec des calvinistes est celle de la fausse représentation. Il y a au moins 5 raisons pour lesquelles on peut s’attendre que les choses ne changent pas. Finalement cette objection n’est pas si incompréhensible que ça…

1. Incompréhensible? Une représentation vraie, mais désagréable

Prenons l’exemple suivant. Imaginons qu’un Président américain fasse la déclaration suivante :

– Les autorités ont maîtrisé le suspect et, par un interrogatoire, ont pu déjouer un complot d’une organisation terroriste.

Si, le lendemain, un journaliste clarifiait la situation en déclarant :

– Un policier a poursuivi un jeune afro-américain de 18 ans alors qu’il quittait le stationnement du lycée. Après l’avoir plaqué au sol, lui avoir fracturé les rotules avec une batte, lui avoir mis un fusil dans la bouche et menacé d’appuyer sur la gâchette jusqu’à ce qu’il renonce à des informations conduisant à l’arrestation de trois autres suspects qui ont eu tous été traités de la même manière. Malheureusement, nous savons de source sûre que le complot aurait pu être déjoué sans avoir recours à de la brutalité policière.

Comme le dit Leighton Flowers[1], les deux textes décrivent la même situation et les descriptions peuvent toutes deux être vraies, mais la seconde contient le genre de détails qu’on ne veut pas entendre parler.

Sortir des tours d’ivoire pour rendre ça moins incompréhensible

Considérons maintenant ces deux déclarations théologiques:

– Pour manifester sa toute-puissance, Dieu a souverainement tout mis en œuvre conformément à son plan sacré.

Si on le compare avec le paragraphe suivant :

– Pour montrer à quel point il est puissant, Dieu a méticuleusement déterminé tous les désirs odieux et les actes pervers de toutes les créatures qui ont pu exister de manière à ce qu’ils ne puissent pas agir autrement, y compris le viol d’enfants, l’holocauste, l’esclavage, la torture, toutes les mauvaises pensées, les actes ou les inclinations, et tout ça selon son bon plaisir et pour sa propre glorification.

Ces deux affirmations représentent la pensée calviniste. La différence, c’est que la première est beaucoup plus acceptable et plus facile à affirmer que la première.

Comme le dit Flowers dans son texte, ça, c’est de la théologie pratique. Lorsqu’on sort de sa tour d’ivoire, lorsque notre rhétorique théologique sort dans la rue, c’est là que le bât blesse. Notre théologie doit sortir de la classe, elle doit s’appliquer dans le monde réel.

2.     Incompréhensible? Les implications logiques

Une deuxième qui est à l’origine de cette accusation si fréquente, c’est que souvent la critique du calvinisme s’attaque aux implications logiques de cette idéologie. Est-ce si incompréhensible?

Le théologien contemporain Roger Olson l’exprime bien lorsqu’il dit que même si les calvinistes, pour la plupart, ne considèrent pas Dieu comme « monstrueux », que lui-même serait obligé de considérer Dieu comme tel s’il devait accepter les affirmations calvinistes[2]. Je suis entièrement d’accord avec lui et même si je sais qu’une bonne partie des calvinistes ne croient pas que Dieu soit moralement mauvais pour ma part, je dois admettre que s’il s’avérait que le calvinisme décrivait adéquatement le Dieu de la Bible, je ne pourrais que venir à la conclusion que ce Dieu est en fait un démon et que le christianisme n’est qu’une supercherie.

C.S. Lewis

C.S. Lewis, dans sa perspicacité habituelle dira de la doctrine de la dépravation totale – le fameux T de la TULIP calviniste, que « la dépravation totale – lorsque nous concluons que notre idée du bien ne vaut tout simplement rien – peut ainsi transformer le christianisme en une forme d’adoration du diable. »[3]

Lewis était-il en train d’accuser directement tous les calvinistes d’adorer le diable? Non, ça m’étonnerait. Je pense plutôt qu’il essayait de dégager les implications logiques des affirmations calvinistes sur le T.

John Wesley

C’est ce genre d’implication que décrit Wesley lorsqu’il dit que le dogme calviniste de la prédestination[4] :

Elle détruit d’un coup tous ses attributs. Elle renverse, à la fois, sa justice, sa miséricorde et sa vérité. Oui! Elle représente le Dieu très saint comme étant pire que le diable, tout à la fois plus cruel et plus injuste. Plus faux, parce que le diable, menteur comme il est, n’a jamais dit qu’il voulait sauver tous les hommes. Plus injuste, parce que le diable ne peut pas, même s’il le voulait, être coupable d’une injustice aussi grande que celle qui est attribuée à Dieu: condamner des millions d’âmes au feu éternel- préparé pour le diable et ses anges – pour avoir persévéré dans le péché, alors qu’elles ne pouvaient pas faire autrement sans la grâce que Dieu ne voulait pas leur accorder.

Et plus cruel: tout esprit malheureux qui cherche le repos et ne le trouve pas est, à cause de sa propre misère, incité à induire les autres en tentation. Dieu demeure dans un lieu élevé et saint; aussi supposer que, de sa propre initiative, volontairement et par pur plaisir, Dieu, dans sa béatitude, voue ses créatures, avec ou sans leur consentement, à un malheur sans fin, revient-il à lui imputer une cruauté dont il serait impossible de taxer le grand ennemi de Dieu et des hommes. C’est faire le Dieu très haut (que celui qui a des oreilles entende !) plus cruel, plus faux et plus injuste que le diable![5]

3.     Incompréhensible Calvinisme? Les mêmes mots, mais tout un autre dictionnaire

J’aime le mot anglais obfuscation. Il signifie rendre incompréhensible, rendre confus. S’il y a des experts dans le domaine, c’est bien les tenants du calvinisme. Pourquoi? Parce que dans toute cette confusion, ils peuvent affirmer n’importe quoi tout en pouvant toujours nier ce qu’ils ont affirmé. Ainsi, le calvinisme devient quasiment infalsifiable.

Incompréhensible cette Confession de foi de 1689

Prenons un exemple tout simple, tiré de la Confession de Foi Baptiste de 1689 – qui est ni plus ni moins qu’une refonte de la Confession de Foi de Westminster modifiée pour se conformer aux particularités Baptiste. Au chapitre 3, donc, il est écrit :

De toute éternité, selon le conseil très sage et très saint de sa volonté, Dieu a décrété en lui-même, librement et immuablement, tout ce qui arrive ; de telle manière cependant qu’il n’est pas l’auteur du péché […] sans faire violence à la volonté de sa créature, et sans que la liberté, la contingence ou les causes secondes soient exclues, mais qu’elles soient plutôt établies.

Quand je vous dis que le Calvinisme est un éloge à la confusion, ce n’est pas des farces? Regardez, ce syllogisme est pourtant relativement simple :

[1] Dieu décrète tout ce qui arrive;

[2] Le péché est quelque chose qui arrive

[3] Donc Dieu décrète le péché.

Jouer dans la confusion

La seule façon d’affirmer qu’il n’est pas l’auteur du péché alors que c’est lui qui l’a décrété, c’est jouer dans la confusion. Comment une contingence peut être établie, alors que la définition même de ce qui est contingent énonce une chose qui peut être ou ne pas être? Donc, comment peut-on affirmer qu’une contingence soit établie? Aussi facilement que l’on peut trouver un célibataire marié.

Mais si on remonte un peu plus haut dans cette fameuse Confession de foi, qu’on tourne au chapitre 2 et au paragraphe 2 on peut lire :  

Sa connaissance est infinie, infaillible, et indépendante de la créature, de sorte que pour lui, rien n’est contingent ou incertain.

Vous voyez, dans le Calvinisme tout ce qu’on donne de la main droite, on le reprend de la main gauche. On affirme continuellement une chose et son contraire et on peut donc toujours nier l’affirmation qu’on a faite.

Le principe d’explosion

C’est le principe d’explosion[6], ce que les anciens appelaient l’ex contradictione quodlibet – on peut déduire ce qu’on veut d’une contradiction. Ou, d’une manière plus appropriée pour le calvinisme, ex falso quodlibet – on peut déduire ce que l’on veut de l’erreur.

Quand le mot responsable est incompréhensible

Des exemples, il y en a plein. En voici un. Quand je dis que quelqu’un est « responsable », j’affirme qu’il est « capable de répondre »[7]. Pourtant, lorsque les calvinistes utilisent ce mot, ils veulent dire que la personne peut être « punissable » et ce, même elle était incapable de répondre.

Quand le mot permission est incompréhensible

Un autre mot souvent galvaudé par nos amis calvinistes est le mot permission. Normalement, lorsqu’on parle de permission, on parle de donner l’autorisation, la possibilité de faire quelque chose.[8] Ça, c’est que les calvinistes appellent la permission simple, mais quand eux, ils parlent de permission, ils parlent de permission volontaire ou Dieu a décrété que l’individu ferait le mal et, mais ils disent que Dieu l’a permis parce qu’il a ce qu’il passe par une cause secondaire, ou il s’agit d’une cause déficiente[9]. Alors on si on pose la question si Dieu permet ou cause le mal? Certains vont dire oui, d’autres non – mais les deux sont d’accord que c’est Dieu qui l’a décrété. Incompréhensible!

Certains sont plus honnêtes

D’autres vont être plus honnêtes et vont dire comme Calvin :

Certains recourent ici à la différence entre volonté et permission, disant que les iniques périssent, Dieu le permettant, mais non pas le voulant.  Mais pourquoi dirons-nous qu’il le permet, sinon parce qu’il le veut?  Car cela n’est point de soi vraisemblable, que ce n’est pas la seule permission, et non par l’ordonnance de Dieu, que l’homme s’est acquis la damnation, comme si Dieu n’avait point ordonné de quelle condition il voulait que fût la principale et la plus noble de ses créatures.[10]

Mais même Calvin va parfois utiliser l’expression que Dieu permet telle ou telle chose[11]. Incompréhensible, je vous dis! Blague à part, c’est donc une bonne habitude de définir nos termes avec clarté et poser ouvertement des questions afin de bien nous comprendre avant de poursuivre le dialogue.

Que dire du mot amour…

L’une des plus grandes tergiversations du Calvinisme concerne l’amour. Plusieurs vont nous dire, oui, oui, Dieu aime tous les hommes – d’autres, plus honnêtes, vont dire non, il n’aime pas les réprouvés.

Regardez la réponse de Piper à la question : « puis-je dire à tout le monde que Dieu les aime? » La duplicité est palpable, vous allez voir.

À cette question, Piper répond oui, « nous pouvons dire à tout être humain: ‘Dieu t’aime, et voici comment il t’aime: il a donné son Fils pour qu’il meure, de sorte que si tu croyais, tes péchés seraient pardonnés et tu vivrais pour toujours avec lui.’ »[12]

De la propagande habile

Vous voyez ce qu’il fait? Il évite judicieusement la question. Regardez bien. « Dieu t’aime et voici comment il t’aime : il a donné son Fils pour qu’il meure ». Piper croit à l’expiation limitée, il ne croit pas que Christ est mort pour tous les hommes, alors il ne dit pas à la personne que Christ est mort pour elle. Il le laisse pourtant sous-entendre lorsqu’il construit la phrase suivante en utilisant le conditionnel.

Pour Piper, si elle croit ça veut dire que Christ est mort pour elle. Mais comment peut-il en toute honnêteté dire Dieu t’aimes si elle ne fait pas partie des élus – le seul fait que Christ meure pour les autres, pour les élus n’a rien d’une démonstration d’amour, ce n’est que de la duplicité.

Quand l’amour perd sa saveur

Vous voyez ce qu’il fait? Il évite judicieusement la question. Regardez bien. « Dieu t’aime et voici comment il t’aime : il a donné son Fils pour qu’il meure ». Piper croit à l’expiation limitée, il ne croit pas que Christ est mort pour tous les hommes, alors il ne dit pas à la personne que Christ est mort pour elle. Il le laisse pourtant sous-entendre lorsqu’il construit la phrase suivante en utilisant le conditionnel. Pour Piper, si elle croit ça veut dire que Christ est mort pour elle. Mais comment peut-il en toute honnêteté dire Dieu t’aimes si elle ne fait pas partie des élus – le seul fait que Christ meure pour les autres, pour les élus n’a rien d’une démonstration d’amour, ce n’est que de la duplicité.

Quand l’amour change de définition

Don Carson dans livre sur l’amour de Dieu affirme que Dieu « a un amour sélectif spécial pour les élus », mais qu’il se sent libre de « dire aux non-convertis que Dieu les aime ». MacArthur dira :

Le fait que certains pécheurs ne soient pas élus au salut ne prouve pas que l’attitude de Dieu à leur égard soit totalement dépourvue d’amour sincère. Les Écritures nous disent que Dieu est compatissant, bon, généreux et bon même envers les pécheurs les plus obstinés.[13]

Et une autre

Les Écritures disent clairement que Dieu est amour. « Le Seigneur est bon pour tous, et sa miséricorde s’étend sur toutes ses œuvres » (Ps. 145: 9). Le Christ nous commande même d’aimer nos ennemis, et la raison qu’il donne est la suivante: «Afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et les bons, et il envoie de la pluie sur les justes et les injustes »(Matt. 5:45). L’implication évidente est que, dans un certain sens, Dieu aime ses ennemis.[14]

Mais que Dit l’Écrirure?

Moi qui croyait que Paul avait dit que pourvoir au bien-être physique des gens n’était pas de l’amour ? N’a-t-il pas écrit:

Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien. L’amour est patiente, il est pleine de bonté; l’amour n’est point envieuse; l’amour ne se vante point, il ne s’enfle point d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche point son intérêt, il ne s’irrite point, il ne soupçonne point le mal, il ne se réjouit point de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité; il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. (1Co 13:3-7)

À lire cette définition, on voit bien qu’un Dieu-qui-est-amour ne pourrait pas chercher son intérêt au dépends des milliards qu’il enverrait en enfer pour l’unique raison de glorifier sa colère… mais ça c’est une autre hisoire.

Quand l’amour ressemble à la haine

Mais face au châtiment éternel, comment peut-on affirmer que Dieu aime tout le monde? Et bien, on ne le peut pas.

4.     Incompréhensible? Les calvinismes ne sont pas comme à l’emporte-pièce

Tous les calvinistes ne sont pas tous pareils. Par exemple, Edwin Palmer dans son livre sur les cinq points du calvinisme dit :

La préordination signifie le plan souverain de Dieu, par lequel il décide de tout ce qui doit se passer dans l’univers entier. Rien dans ce monde n’arrive par hasard. Il décide et fait en sorte que tout se produise. Il n’est pas assis à l’écart et ne craint peut-être pas ce qui va arriver. Non, il a tout prévu « d’après les conseils de sa volonté » (Eph. 1:11): le mouvement d’un doigt, le battement d’un cœur, le rire d’une fille, l’erreur d’un dactylographe – même le péché.[15]

Il y en a de toutes les couleurs

Toutes les sortes de calvinistes ne seraient pas d’accord avec cet auteur, ou en tout cas, ils ne seraient pas d’accord avec sa transparence. Car il y a des calvinistes modérés, des hauts calvinistes, des ultra-calvinistes et des hypercalvinistes.

Il y en a qui affirment l’expiation de Dieu pour tous les hommes et son désir sincère pour que chaque individu se repente et croie alors que d’autres ne le font pas. Certains affirment le véritable amour de Dieu pour chaque individu, tandis que d’autres décrivent ses sentiments pour les non-élus comme une haine remplie de colère.

Un auteur explique :

Divisé

Les calvinistes sont sérieusement divisés entre eux et l’ont toujours été. Il y a Supralapsaires et les Sublapsaires ainsi que les. Infralapsaires. « Les supralapsaires estiment que Dieu a décrété la chute d’Adam; les Sublapsaires, qu’il l’a permise. » Les calvinistes du Synode de Dordrecht étaient divisés sur de nombreuses questions, y compris le lapsarianisme. Les calvinistes suisses qui ont écrit la formule helvétique de 1675 étaient en conflit avec les calvinistes français de l’école de Saumur. Il existe des calvinistes stricts et des calvinistes modérés, des hyper et non-hyper (différents surtout sur la réprobation et l’étendue de l’expiation et si Dieu aime tous les hommes), il y a les 5 points, les 4 points, les 3 points, les 2 points.

Un petit calvinisme bien à eux

Cependant, chaque fois que l’on essaie de décrire la théologie TULIP puis de la réfuter, il y aura toujours des calvinistes qui soutiendront que vous en faites une fausse représentation. Ce n’est pas tellement que vous l’ayez mal représentée, vous pourriez même citer directement des auteurs calvinistes ou même Calvin lui-même. Le problème, c’est que vous représentez mal leur calvinisme à eux! Il y a les calvinistes de Calvin, de Fuller, de Pink, les calvinistes presbytériens, les calvinistes baptistes, ainsi que de nombreuses autres sortes de calvinisme.

De nombreux calvinistes n’ont jamais même lu l’Institution de la religion chrétienne de Calvin. Ils ne font que suivre quelqu’un qui suit quelqu’un qui aurait suivi Calvin (qui, de son propre aveu, a suivi Augustin).[16]

Rosa, Rosa, Rosam, Rosarum, Rosis, Rosis… Toute une déclinaison, mais une rose demeure une rose

Le problème, bien sûr c’est que le calvinisme a beau se décliner de toutes sortes de manières, l’idée de base est la même. Il y a un décret qui englobe tout, même les actions pécheresses des hommes et même si on veut utiliser toutes les plus belles élucubrations… on ne peut éviter la conclusion inévitable funeste que Dieu est à l’origine du mal.

5.     Incompréhensible? Certains ne savent simplement ce que ça veut dire que d’être calviniste.

Entre ce dont nous avons parlé dans notre dernier article sur le calvinisme furtif, et tout ce que nous voyons dans celui-ci, il est clair que les choses peuvent devenir rapidement très mélangeantes pour monsieur et madame tout le monde. Ils n’ont peut-être jamais lu les Calvin, Piper, Sproul, MacArthur… Ils sont trop souvent ignorant des éléments plus inquiétants, plus sombre du calvinisme. Moi-même, plus jeune, j’étais persuadé que le calvinisme n’était qu’une question de sécurité du salut.

Pas étonnant, ni incompréhensible

Il n’est donc pas étonnant de se faire accuser de ne pas représenter correctement le calvinisme alors qu’eux même ne connaissent pas le calvinisme.

John Piper

Des citations comme celle de Piper :

En d’autres termes, ce n’est pas seulement que Dieu réussit à transformer les aspects pervers de notre monde en bien pour ceux qui l’aiment; c’est plutôt qu’il apporte lui-même ces aspects pervers pour sa gloire (voir Ex. 9: 13-16; Jean 9: 3) et le bien de son peuple (voir Héb. 12: 3-11; Jacques 1: 2-4). Cela inclut – aussi incroyable et aussi inacceptable que cela puisse nous paraître actuellement – que Dieu ait même provoqué la brutalité des nazis à Birkenau et Auschwitz ainsi que les terribles assassinats de Dennis Rader et même les abus sexuels d’un jeune enfant.[17]

Jean Calvin

Ou celles-ci, de Calvin :

Car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais ordonne les uns à la vie éternelle, et les autres à l’éternelle damnation.  Selon la fin pour laquelle est créé l’homme, nous disons qu’il est prédestiné à la mort ou à la vie[18].

Ou encore :

Ce n’est pas la seule permission, et non par l’ordonnance de Dieu, que l’homme s’est acquise la damnation, comme si Dieu n’avait point ordonné de quelle condition il voulait que fût la principale et la plus noble de ses créatures.[19]

Et,

Les adversaires allèguent qu’on ne trouvera point ceci exprimé mot à mot, que Dieu eût déterminé qu’Adam dût trébucher en une ruine mortelle […] Ils disent qu’Adam a été créé avec son franc arbitre pour se donner telle fortune qu’il voudrait, et que Dieu n’avait rien déterminé de lui, sinon de le traiter selon ses mérites.  Si une si froide invention est reçue, où sera la puissance infinie de Dieu, par laquelle il dispose toutes choses selon son conseil secret, qui ne dépend point d’ailleurs? [20]


[1] https://soteriology101.com/2017/05/20/you-dont-understand-calvinism/

[2] https://www.youtube.com/watch?v=1D2SWKbZSIU

[3] The Problem of Pain, p. 29

[4] Contrairement à la prédestination scripturaire

[5] http://ueem.umc-europe.org/foi/de-la-libre-grace.pdf

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_d%27explosion

[7] Du latin responsus, ‘répondu’, et du suffixe -a⁠ble, ‘pouvoir’.

[8] Articles « Permettre » et « Permission », Dictionnaire de définitions, Antidote 10, version 1.1 [Logiciel], Montréal, Druide informatique, 2018.

[9] La cause déficiente, c’est que Dieu enlève ce qui retient le mal dans ce que Dieu veut qui soit fait. Cette causalité, dans la perspective calviniste est tout aussi infaillible que la cause efficiente. En d’autres termes, c’est comme si plutôt que de pousser l’aveugle dans le trou, je creuse un trou devant lui.

[10] Calvin J., L’institution Chrétienne – Livre troisième, Éditions Kerygma – Éditions Farel, p. 427

[11] Mais dans ce cas, il fait référence à la permission volontaire.

[12] https://www.desiringgod.org/messages/god-so-loved-the-world-part-2/excerpts/can-i-tell-everyone-god-loves-them

[13] https://www.gty.org/library/articles/A294/the-love-of-god-and-the-nonelect

[14] John MacArthur, the God who loves

[15] E.H. Palmer and M. Horton, The Five Points of Calvinism: A Study Guide (Baker Publishing Group, 2010), p. 30.

[16] http://www.verhoevenmarc.be/PDF/Calvinismdebate.pdf

[17] http://www.desiringgod.org/messages/all-the-good-that-is-ours-in-christ-seeing-gods-gracious-hand-in-the-hurts-others-do-to-us

[18] Calvin J., L’institution Chrétienne – Livre troisième, Éditions Kerygma – Éditions Farel, p. 399

[19] Ibid., p. 427

[20] Ibid., p.426

Le Calvinisme Furtif


Cette semaine, je fus la victime d’un calvinisme furtif. Alors que j’avais une discussion théologique dans un groupe Face Book, quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que mon interlocuteur était Calviniste. Il m’avait pourtant affirmé le contraire à plusieurs reprises.

Il m’avait sciemment menti à plusieurs reprises. Quelle était sa justification? Il croyait la doctrine du Calvinisme mais ne se nommait pas Calviniste. Pourtant, il avait dit ne pas croire à la TULIP – la théologie Calviniste concernant le salut. Je lui ai demandé comment il avait pu me le nier et il m’a répondu qu’une fois qu’on acceptait les trois premières lettres, on n’avait pas besoin de mentionner les deux dernières.

J’ai dû avoir des centaines et des centaines de discussions théologiques sur les réseaux sociaux et ailleurs concernant le calvinisme. Si cette situation était la seule, j’aurais cru que c’était l’exception. Mais non, ça arrive tellement souvent que j’y vois là un symptôme inquiétant.

Une tendance intrigante – le Calvinisme Furtif

Avec les années, j’ai souvent observé cette tendance intrigante qu’a bon nombre de Calvinistes (je n’oserais pas dire une grosse majorité) de camoufler leur calvinisme sous un langage un peu obscur. Tellement, qu’une organisation Calviniste d’importance aux États-Unis suggère d’ailleurs aux jeunes pasteurs Calvinistes qui pose leur candidature dans des églises non-Calvinistes d’y aller doucement.

Ils suggèrent d’« évitez les termes tels que calvinisme, réformé, doctrines de grâce, rédemption particulière […] enseignez la vérité biblique de ces doctrines sans leur attribuer d’étiquettes gênantes».[1]

Ils leur conseil d’avoir une table de livre et de « commencez par de petites choses au début, c’est-à-dire des pamphlets et des livres contenant une peu de substance doctrinale » comme le livre de Packer sur l’Évangélisation et la Souveraineté divine.

Les Marches en Catimini du Calvinisme Furtif

Mais pourquoi éviter ces termes? S’ils décrivent avec précision vos croyances théologiques, pourquoi les cacher?[2]Certains calvinistes vont :

  • Éviter d’admettre clairement qu’ils sont calvinistes;
  • Éviter de promouvoir ouvertement le Calvinisme, ils y vont progressivement, pour endoctriner les gens petit à petit.
  • Suggérer que les détracteurs sont diviseurs, bornés, vifs d’esprit et des instruments de discorde.
  • Exalter la magnificence de la Réforme et des réformateurs sans rappeler qu’une bonne partie des réformateurs n’étaient pas calvinistes.
  • Affirmer la supériorité intellectuelle, académique et spirituelle des théologiens et des porte-parole calvinistes.[3]

Le langage codé du Calvinisme Furtif

Même lorsqu’ils sont un peu plus clair, les calvinistes utilise un langage bien à eux ils vont utiliser les mêmes mots mais en changer le sens
(un peu comme font certaines sectes). En fait, pour mieux passer leur théologie, le calvinisme s’est approprié plusieurs termes, qui n’ont jamais été proprement Calvinistes au départ, et ces termes sont redéfinis.

La doctrine Réformée

L’un des grands mythes véhiculés par presque tous les calvinistes que je connaisse, c’est que la Réforme a été Calviniste (Luther, Melanchton et les autres deviennent tous des Calvinistes) et, pour ajouter l’insulte à l’injure, ils se sont appropriés le terme réforme. Je vous cite le grand théologien arminien, Roger Olson :

L’un des principaux irritants (pour moi comme pour beaucoup d’autres) au sujet du mouvement « Young, Restless, Reformed » est la tendance qu’ont ses dirigeants et ses partisans à vouloir définir le mot « réformé » d’une façon très étroite : centré sur « les doctrines de la grâce » (comme ils les appellent) voulant parler de la TULIP. Le mouvement devrait plutôt être appelé «jeune, agité, calviniste». Sauf que ça ne sonnerait pas aussi bien qu’«Young, Restless, Reformed». Le problème est que les principaux porte-parole du mouvement excluraient beaucoup de personnes qui classiquement sont réellement Réformées. Et pourtant, la plupart d’entre eux ne sont pas «vraiment Réformés» selon les normes reconnues par la Communion mondiale des Églises Réformées! (Toutes ces dénominations pratiquent le baptême des enfants.)

Arminius et les premiers remontants historiquement étaient tous théologiquement Réformés. Ils n’étaient tout simplement pas d’accord avec la définition étroite de «réformé» vanté par Franciscus Gomarus et prince Maurice (le pouvoir derrière le Synode de Dordrecht). Les Églises réformées des Provinces-Unies (Pays-Bas) ne disposaient donc pas (avant Dordrecht) de normes doctrinales autoritaires qui excluaient les Remontrants, mais qui pouvaient affirmer volontiers le Catéchisme de Heidelberg même s’ils le voulaient réviser. C’est Dordrecht qui a rendu l’arminianisme « hérétique» au sein des Églises réformées des Provinces-Unies. Pourtant, beaucoup de théologiens Réformés partout en Europe n’étaient pas d’accord avec Dordrecht; certains, de la délégation d’Angleterre par exemple, ont même quitté le Synode quand ils ont constaté que ce n’était qu’un tribunal fantoche et qu’ils ont vu comment le « Réformé » y était défini.[8]

Pour en savoir un peu plus sur le sujet, vous pouvez aller voir mon article Le jour de la Réforme… Seulement pour les Calvinistes ?

La souveraineté

Un des mots clés du calvinisme est souveraineté. Dès qu’on met en doute la doctrine calviniste, l’accusation la plus fréquente, c’est que c’est une mauvaise compréhension de la souveraineté. Ce qu’on ne dit pas, c’est que ce terme a été redéfini pour correspondre à l’idéologie Calviniste que Dieu contrôle minutieusement tout.

D’ailleurs, le mot souveraineté est absent de la Bible. L’adverbe souverainement apparaît quatre fois, mais traduit la notion d’être élevé, exalté. Toute cette idée de contrôle minutieux est absent de la Bible.

Par ailleurs, On ne trouvera cette définition de souveraineté dans aucun dictionnaire de la langue française, mais pour le calviniste, c’est ce que ça veut dire. Dans le calvinisme, il y a la pensée d’un déterminisme causal universel où Dieu détermine tout ce qui arrive dans l’univers. On prend pour acquis que Dieu est comme ça, on dit que Dieu est comme ça… Puis après on conclut que Dieu détermine tout. Et pour de rares fois dans le calvinisme, tout veut dire tout.[4]

Tellement, que le calviniste de renom John Piper affirme même que toutes choses arrivent conformément à sa volonté. :

En d’autres termes, ce n’est pas seulement que Dieu réussit à transformer les aspects pervers de notre monde en bien pour ceux qui l’aiment; c’est plutôt qu’il apporte lui-même ces aspects pervers pour sa gloire (voir Ex. 9: 13-16; Jean 9: 3) et le bien de son peuple (voir Héb. 12: 3-11; Jacques 1: 2-4). Cela inclut – aussi incroyable et aussi inacceptable que cela puisse nous paraître actuellement – que Dieu ait même provoqué la brutalité des nazis à Birkenau et Auschwitz ainsi que les terribles assassinats de Dennis Rader et même les abus sexuels d’un jeune enfant.[5]

La grâce

Un autre mot que le calvinisme s’est approprié, c’est le mot grâce. Par ce mot, ils parlent de la grâce souveraine par laquelle Dieu transforme pour qu’elle puisse avoir la foi. Une grâce forcée n’est plus une grâce mais une obligation.

Un message centré sur l’Évangile

Une autre expression souvent que le Calvinisme s’est approprié, c’est le message centré sur l’Évangile. Comme si les autres traditions évangéliques n’étaient pas aussi centrées sur l’Évangile.

L’homme sans Dieu, Exalter l’homme

« Pat, tu crois au libre arbitre, alors tu as une religion centrée sur l’homme. Tu exaltes l’être humain et tu rabaisses la souveraineté de Dieu. Tu exaltes la justice humaine.» Je me suis fait dire ce genre de chose tant de fois que je ne saurais pas toutes les compter.

Ce ne sont que des caricatures. Ce sont ce que l’on appelle des hommes de paille ? Ce sont de vieilles ruses. Un homme de paille, c’est un stratagème qu’on utilise pour marquer gagner une conversation. En fait, c’est un sophisme, c’est-à-dire un argument fallacieux, qui permet à celui l’utilise — mais qui est incapable de réfuter l’argumentaire de l’autre — « de sortir victorieux d’une confrontation avec une version affaiblie » de l’argument de l’autre. C’est d’autant plus facile, si cette personne invente de toute pièce « la version affaiblie en la façonnant exactement telle qu’elle doit l’être pour garantir qu’elle sera démolie. » Donc, je prend l’affirmation de l’autre, j’en fais une caricature, un château de carte, pis un petit coup et tout s’écroule… Évidemment, la vraie position de l’autre demeure intact.

Pélagien, semi-Pélagien…

«  Pat, tu crois au libre arbitre, alors tu es Pélagien ou semi-Pélagien…» Bref, on t’associe avec un méchant pour te faire passer comme méchant.  Cette fois, les calvinistes choisissent une autre arme de leur arsenal. Il s’agit du sophisme par association, c’est-à-dire qu’ils vont associer le vrai croyant qui croit au libre arbitre à un hérétique de l’histoire comme Pélage qui lui aussi croyait au libre arbitre.

Un choix déterminé

OK, c’est un oxymore – je le sais, vous le savez… Pourtant les Calvinistes ne le savent pas encore. Ils croient qu’une liberté peut être déterminée. Voici ce que dit un Calviniste :

Afin de mieux comprendre ceci, des théologiens ont développé le terme compatibilisme pour décrire le concours de la souveraineté de Dieu et de la responsabilité de l’homme. Le compatibilisme est une forme de déterminismeet il convient de noter que cette position n’est pas moins déterministe que le déterminisme au sens fort. Cela signifie simplement que la prédétermination de Dieu et la providence méticuleuse sont “compatibles” avec le choix volontaire. Nos choix ne sont pas contraints… c’est-à-dire que nous ne choisissons pas ce qui va à l’encontre de ce que nous voulons ou ce que nous désirons, mais nous ne faisons jamais de choix contraire au décret souverain de Dieu. Ce que Dieu a déterminé sera produira nécessairement (Eph 1:11). À la lumière de l’Écriture (selon compatibilisme), les choix humains sont exercés volontairement, mais les désirs et les circonstances qui engendrent ces choix sont le produit du déterminisme divin[6].

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez aller lire mon article intitulé : Liberté, dit-on ? Vraiment libre ou pas…

Si le Calvinisme présente la vraie doctrine qui exalte le Seigneur, pourquoi être si furtif. Mais pourquoi éviter tous ces termes? S’ils décrivent avec précision les croyances théologiques, pourquoi les cacher? serai-ce par ce que l’on en a tout simplement honte.

Je vous laisse avec ce beau passage de 2 Corinthiens:

Nous rejetons les choses honteuses qui se font en secret, nous n’avons point une conduite astucieuse, et nous n’altérons point la parole de Dieu. Mais, en publiant la vérité, nous nous recommandons à toute conscience d’homme devant Dieu. (2Co 4:2)


[1] https://founders.org/library/quiet-revolution/walking-without-slipping/

[2]http://www.examiningcalvinism.com/files/Complaints/Charge_Sneaky.html

[3] http://christianapologetic.org/TheologyCorner.aspx#2

[4] https://www.reasonablefaith.org/podcasts/defenders-podcast-series-2/s2-doctrine-of-creation/doctrine-of-creation-part-10/

[5] http://www.desiringgod.org/messages/all-the-good-that-is-ours-in-christ-seeing-gods-gracious-hand-in-the-hurts-others-do-to-us

[6] https://www.monergism.com/thethreshold/articles/onsite/qna/sovereignfree.html

Peut-on chercher Dieu?

Chercher Dieu

L’être humain peut-il chercher Dieu? La question semble un peu absurde, la réponse évidente, c’est que oui, il le peut. Par contre, les Calvinistes prétendent le contraire. Ils disent que l’homme est tellement dépravé qu’il ne peut pas chercher Dieu. Pour en savoir plus, vous pouvez visionner ceci. Mais d’aucuns citent un passage de l’épitre aux Romains :

Selon qu’il est écrit: Il n’y a point de juste, Pas même un seul; 11 Nul n’est intelligent, Nul ne cherche Dieu; Tous sont égarés, tous sont pervertis; 12 Il n’en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul. (Rom 3:10-12)

Alors est-ce vrai? Les humains ne peuvent pas chercher Dieu? Ben voyons, plein de gens cherchent Dieu.

Que dire de ce passage alors? C’est justement le but de cet article, démontrer que l’on peut chercher Dieu et que ce passage ne veut pas dire ce que certains lui font dire.

Chercher Dieu, Un peu d’herméneutique

Premièrement, il pour savoir ce que le texte veut dire, il faut regarder le contexte. Et ça, ce n’est pas seulement lire les quelques lignes d’avant et d’après. Pour les besoins de cet article, regardons d’un peu plus près les deux premiers chapitres.

Deuxièmement, décrire le fait que les hommes ne le font pas, ce n’est pas la même chose que d’affirmer que l’être humain ne peux pas chercher Dieu.

Troisièmement, même si l’être humain était incapable de chercher Dieu (ce qu’il n’est pas), cela ne voudrais pas dire non plus qu’il ne pourrait pas répondre quand Dieu nous appelle par l’Évangile. Le fait que je n’ai pas la capacité d’appeler le président des États Unis pour lui piquer une jasette, ne veut pas dire que je ne peux pas lui répondre si c’est lui qui m’appelle.

Romains 1

Les premiers versets du chapitre nous informent que Paul, par son apostolat, a été mis à part pour annoncer l’Évangile et qu’il veut en faire part aux Romains (v.15). L’Évangile est puissant, en fait, nous dit l’apôtre, il est puissance de Dieu. Le mot puissance est un nom et est attribut du sujet Évangile. Ça, ça veut dire que ce n’est pas seulement un exemple de la puissance divine, c’est la puissance elle-même « pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec ».

C’est dans l’évangile que se révèle « la justice de Dieu par la foi et pour la foi » (v.17), la colère, de son côté, se révèle du ciel « contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive » (v.18). Contre qui? Contre ceux qui retiennent injustement la vérité captive.

Parce qu’ils connaissent Dieu, mais qu’ils s’en détournent, Dieu les livre à eux-mêmes et à leurs passions. Ils le font tout en connaissant le jugement de Dieu contre ces choses, mais « déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais ils approuvent ceux qui les font. » (v.32)

Romains 2

Le Chapitre 2 reprend là où le chapitre 1 avait laissé :

Nous savons, en effet, que le jugement de Dieu contre ceux qui commettent de telles choses est selon la vérité. Et penses-tu, ô homme, qui juges ceux qui commettent de telles choses, et qui les fais, que tu échapperas au jugement de Dieu? (Rom 2:2-3)

Si l’homme s’endurcit et ne se repent pas, il s’amassera

5 Un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, 6 qui rendra à chacun selon ses œuvres; 7 réservant la vie éternelle à ceux qui, par la persévérance à bien faire, cherchent l’honneur, la gloire et l’immortalité; 8, mais l’irritation et la colère à ceux qui, par esprit de dispute, sont rebelles à la vérité et obéissent à l’injustice. 11 Tribulation et angoisse sur toute âme d’homme qui fait le mal, sur le Juif premièrement, puis sur le Grec!  10 Gloire, honneur et paix pour quiconque fait le bien, pour le Juif premièrement, puis pour le Grec!  11, Car devant Dieu il n’y a point d’acception de personnes. (Rom 2:5-11).

Il n’y a point d’acception de personnes

Dieu ne fait acception de personne, ceci veut dire qu’en « toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable. » (Actes 10 :35).

Le texte de Romains 2 continue en disant :

12 Tous ceux qui ont péché sans la loi périront aussi sans la loi, et tous ceux qui ont péché avec la loi seront jugés par la loi.  13 Ce ne sont pas, en effet, ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés (Rom 2:12-13). 

Le jugement de Dieu sera impartial et sera fait d’après les actions de chacun. Il ne dépendra pas du fait d’avoir ou de ne pas avoir la loi.

Le reste du chapitre démontre que le peuple juif est tout aussi coupable que les autres peuples et qu’il sera jugé au même titre que les nations. Il termine avec un élément important : « Mais le Juif, c’est celui qui l’est intérieurement; et la circoncision, c’est celle du cœur, selon l’esprit et non selon la lettre. La louange de ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu. » (v.29).

Chapitre 3

Le troisième chapitre débute avec la question suivante : Si les juifs seront jugés au même titre que les nations « Quel est donc l’avantage des Juifs, ou quelle est l’utilité de la circoncision? » (Rom 3:1). Après avoir affirmé que les avantages étaient nombreux, Paul reprend son argumentaire en commençant par résumer les chapitres précédents: « Quoi donc! sommes-nous plus excellents? Nullement. Car nous avons déjà prouvé que tous, Juifs et Grecs, sont sous l’empire du péché, » (Rom 3:9).

Par cette expression, Paul ne veut pas dire que tous ne peuvent que pécher, pas plus que d’être sous la Loi ne veux dire qu’on ne peut qu’accomplir la Loi. Ainsi, en établissant la culpabilité universelle de la race humaine, Paul n’affirme pas l’incapacité de tous les individus, il incrimine l’ensemble de l’humanité qu’il divise en deux groupes : les juifs et les Grecs.

Le but de l’apôtre n’est donc pas d’établir que des personnes non sauvées ne peuvent que pécher, mais que les Juifs et les gentils sont tous sous l’emprise ou le pouvoir du péché. Ils sont esclaves et ils ont besoin pour être libérés.

L’apôtre poursuit par une suite de citations de l’Ancien Testament pour démontrer ses allégations que tous sont sous l’empire du péché.

On arrive donc à l’un des passages principaux du Calvinisme pour la dépravation totale : selon qu’il est écrit:

Il n’y a point de juste, Pas même un seul; Nul n’est intelligent, Nul ne cherche Dieu; Tous sont égarés, tous sont pervertis; Il n’en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul; (Rom 3:10-12)

Trois conclusions calvinistes sur Chercher Dieu

Les calvinistes veulent tirer trois conclusions de ce passage. Selon eux, un homme non sauvé :

  • Ne peut pas faire quoi que ce soit qui ne soit juste et bon, incluant le fait de croire en Christ;
  • Ne peut pas comprendre la Parole de Dieu, et en particulier l’évangile.
  • Ne peut pas chercher Dieu de sa propre initiative, ni même placer sa foi en Christ.

Mais les calvinistes ne peuvent pas soutenir leur propos par ce passage. Premièrement, ce passage ne dit tout simplement pas ce que les calvinistes prétendent.

  • Ils lisent la phrase « il n’y a pas de juste » et comprennent « personne ne fait jamais rien de juste. »
  • Ils lisent la phrase « il n’y a personne qui comprenne » et lui font dire « il n’y a personne qui soit capable de comprendre l’Évangile. »
  • Ils lisent la phrase « il n’y a personne qui cherche Dieu » et affirment que personne n’est jamais capable de chercher Dieu.

Résumons

Mais ce n’est pas là ce que le texte dit. Il faut tenir compte du contexte et comprendre l’argumentaire de Paul. En voici un bref résumé :

  1. L’Évangile est la puissance de Dieu pour le salut de ceux qui croient (1: 16-17);
  2. Les gens subissent la colère de Dieu à cause de leurs péchés (1: 18-32);
  3. Le peuple juif subit la colère de Dieu à cause de ses péchés (2: 1-16);
  4. Les Juifs sont incapables de respecter la loi mosaïque et subissent la colère de Dieu (2: 17-3: 8);
  5. Le monde entier est condamné sans exception (3:9-20);
  6. Nous ne pouvons obtenir la justice de Dieu que par la foi (3: 21-31).

Nul n’est parfait ne veut pas dire que tout le monde est nul

Le principe est simple, nul n’est parfait et parce que personne n’est parfait, et qu’il « n’y a sur la terre point d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais. » (Ecc 7:20), tous sont sous le jugement divin.

Le standard de Dieu est élevé : « Car quiconque observe toute la loi, mais pèche contre un seul commandement, devient coupable de tous. » (Jac 2:10) Personne sur terre ne peut atteindre ce niveau de perfection et tous sont donc condamnables.

Psaume 14

Pour démontrer son point, Paul fait appel à une série de passage de l’Ancien Testament. Le premier passage est le Psaume 14 dont les premiers versets disent :

Au chef des chantres. De David. L’insensé dit en son cœur: Il n’y a point de Dieu! Ils se sont corrompus, ils ont commis des actions abominables; Il n’en est aucun qui fasse le bien. L’Éternel, du haut des cieux, regarde les fils de l’homme, Pour voir s’il y a quelqu’un qui soit intelligent, Qui cherche Dieu. Tous sont égarés, tous sont pervertis; Il n’en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul. Tous ceux qui commettent l’iniquité ont-ils perdu le sens? Ils dévorent mon peuple, ils le prennent pour nourriture; Ils n’invoquent point l’Éternel. (Psa 14:1-4)

Paul cite la version Septante, la traduction grecque de l’Ancien Testament et tant dans l’Hébreu que dans le Grec, une chose devient claire en lisant ce Psaume, c’est que les humains se sont corrompus et ils sont devenus abominables. « Le Seigneur, du haut du ciel, s’est penché sur les fils des hommes pour voir s’il en est qui comprenne et qui cherche Dieu. Tous ont dévié, et en même temps sont devenus inutiles; pas un ne fait le bien, pas un seul. »

Ce texte, comme celui de Romains 3, ne dit pas que les hommes sont incapables, il dit que c’est ce que Dieu constate en regardant les fils de l’homme. S’agit-il là d’hyperboles poétiques? Sans aucun doute, car l’Écriture regorge d’exemples d’hommes et de femmes qui ont cherché, qui ont marché selon son cœur. À commencer par David lui-même. Le contexte par les fous, de ceux qui en veulent au peuple de Dieu, mais qui font pourtant partis d’Israël : Voilà, « Juifs et Grecs sont sous l’empire du péché. »

De plus, comme nous le verrons plus loin, l’Ancien Testament nous montre de nombreux exemples d’hommes qui ont chercher Dieu (à commencer par David lui-même. 2 Sam 21:1; Psa 11:1, 16:1) l’utilisation du verbe chercher (דָּרַשׁ – dāraš dans l’Hébreux ou de ἐκζητέω – ekzētéō dans la LXX) dans ce texte poétique est une hyperbole, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une figure de style, d’une exagération volontaire pour marquer les lecteurs. [1] 

Psaume 5

Paul cite ensuite le Psaume 5 :

Éternel! conduis-moi dans ta justice, à cause de mes ennemis, Aplanis ta voie sous mes pas. Car il n’y a point de sincérité dans leur bouche; Leur coeur est rempli de malice, Leur gosier est un sépulcre ouvert, Et ils ont sur la langue des paroles flatteuses. (Psa 5:9-10)

Dans le contexte, David parle donc de ses ennemis, par de tout le monde. Ils étaient ennemis de l’homme de Dieu. Même s’ils étaient juifs : « Juifs et Grecs, sont sous l’empire du péché. »

Psaume 140

Puis, l’apôtre passe au Psaume 140 :

Au chef des chantres. Psaume de David. Éternel, délivre-moi des hommes méchants! Préserve-moi des hommes violents. Qui méditent de mauvais desseins dans leur coeur, Et sont toujours prêts à faire la guerre! Ils aiguisent leur langue comme un serpent, Ils ont sous leur lèvres un venin d’aspic. Pause. (Psa 140:1-4)

Encore une fois, le psalmiste parle de ses ennemis et non de tous les hommes. Il établit une distinction entre eux et ceux qui suivent le Seigneur dans les derniers versets de ce passage (vs. 13-14).

Psaume 10

Ensuite, vient le Psaume 10 :7 : « Sa bouche est pleine de malédictions, de tromperies et de fraudes; Il y a sous sa langue de la malice et de l’iniquité. » (Psa 10:7) De qui parle-t-il? Il parle du méchant qui poursuit le malheureux et qui dit dans son cœur : « Il ne punit pas! Il n’y a point de Dieu! » (Psa 10 :4)

Esaïe 59

Le même motif apparait à la prochaine citation. Là, il cite le passage suivant :

Leurs pieds courent au mal, Et ils ont hâte de répandre le sang innocent; Leurs pensées sont des pensées d’iniquité, Le ravage et la ruine sont sur leur route. Ils ne connaissent pas le chemin de la paix, Et il n’y a point de justice dans leurs voies; Ils prennent des sentiers détournés: Quiconque y marche ne connaît point la paix. (Esa 59:7-8)

De qui s’agit-il? De ceux qui se sont détournés du Dieu d’Israël et à qui le prophète s’adresse (Esa 59 :2-6). La même chose se répète à la prochaine citation : « La parole impie du méchant est au fond de mon cœur; La crainte de Dieu n’est pas devant ses yeux. » (Psa 36:2)

Tous sont sous le péché

Dans tous ses passages, l’apôtre démontre simplement que « Juifs et Grecs, sont sous l’empire du péché. »

Tous ces passages l’Écriture font référence aux méchants, c’est-à-dire à un groupe de méchants et non pas à l’ensemble de l’humanité.

Mais le but de Paul dans Romains 3:10-18 était simple, il voulait démontrer aux Juifs que tous les hommes étaient sous l’empire du péché pour les amener à comprendre que « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. » (Romains 3:23).

L’homme peut chercher Dieu

L’homme peut-il chercher Dieu? N’est-ce pas ce que la Bible affirme ?

Actes 15

Simon a raconté comment Dieu a d’abord jeté les regards sur les nations pour choisir du milieu d’elles un peuple qui portât son nom. Et avec cela s’accordent les paroles des prophètes, selon qu’il est écrit: Après cela, je reviendrai, et je relèverai de sa chute la tente de David, J’en réparerai les ruines, et je la redresserai, Afin que le reste des hommes cherche le Seigneur, Ainsi que toutes les nations sur lesquelles mon nom est invoqué, Dit le Seigneur, qui fait ces choses, (Act 15:14-17)

Actes 17

Et encore :

Il a fait que tous les hommes, sortis d’un seul sang, habitassent sur toute la surface de la Terre, ayant déterminé la durée des temps et les bornes de leur demeure; il a voulu qu’ils cherchassent le Seigneur, et qu’ils s’efforçassent de le trouver en tâtonnant, bien qu’il ne soit pas loin de chacun de nous, (Act 17:26-27)

Que dire de tous ses passages où Dieu parle de ceux que la Bible reconnait comme ayant chercher Dieu comme ceux-ci ? :

L’Ancien Testament

Ceux de toutes les tribus d’Israël qui avaient à coeur de chercher l’Éternel, le Dieu d’Israël, suivirent les Lévites à Jérusalem pour sacrifier à l’Éternel, le Dieu de leurs pères. (2Ch 11:16)

Mais il s’est trouvé de bonnes choses en toi, car tu as fait disparaître du pays les idoles, et tu as appliqué ton cœur à chercher Dieu. (2 Ch 19:3)

Car une grande partie du peuple, beaucoup de ceux d’Éphraïm, de Manassé, d’Issacar et de Zabulon, ne s’étaient pas purifiés, et ils mangèrent la Pâque sans se conformer à ce qui est écrit. Mais Ézéchias pria pour eux, en disant: Veuille l’Éternel, qui est bon, pardonner à tous ceux qui ont appliqué leur coeur à chercher Dieu, l’Éternel, le Dieu de leurs pères, quoiqu’ils n’aient pas pratiqué la sainte purification! L’Éternel exauça Ézéchias, et il pardonna au peuple. (2Ch 30:18-20)

Dieu! tu es mon Dieu, je te cherche; Mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, Dans une terre aride, desséchée, sans eau. (Psa 63:2)

Je te cherche de tout mon cœur: Ne me laisse pas égarer loin de tes commandements! (Psa 119:10)

C’est donc possible de chercher Dieu. Ou des passages qui promettent des récompenses à ceux qui cherchent l’Éternel? Comme celui-ci de l’Épitre aux Hébreux :

Or sans la foi il est impossible de lui être agréable; car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. (Héb 11:6)[2]

En conclusion

Le but du passage de Romains 3 n’est pas, et n’a jamais été de démontrer que l’être humain est incapable de chercher Dieu. Son but est de démontrer que tous les hommes sont sous le péché et de rappeler le fait que tous, juifs ou grecs, ont péché et sont privés de la gloire de Dieu.

Pour en savoir plus, vous pouvez lire les articles suivants sur la liberté ici et ici.


[1] Comme tous les Psaumes, le Psaume 14 appartient au style littéraire de la poésie hébraïque. Dans ce style littéraire, on retrouve de très nombreuses figures de style, dont l’hyperbole.

[2] Deut. 4.29; 12.5; 1Chron. 16.10, 11; 22.19; Ezra 4.2; 6.21; Job 5.8; Ps. 24.6; 27.8; 69.32; Zech. 8.21; Matt. 6.33.

La prédestination – ce n’est pas ce que vous pensez…

L’idée que Dieu ait décidé d’avance qui il sauverait et qui il vouerait à la perdition est pour plusieurs, complètement injuste. Et pour cause ! Pourtant, ce n’est pas pour cette raison qu’il nous faut la rejeter… mais bien parce que la Bible ne sait rien d’une idée aussi indigne. La prédestination, ce n’est pas ce que vous pensez… Loin de là !

Sommes toutes, Le terme prédestination ne fait pas référence à la décision éternelle de Dieu de donner le salut à certain et non à d’autres…

Le jour de la Réforme… Seulement pour les Calvinistes ?

Le jour de la Réforme

Je vous souhaite une très bonne journée de la Réforme. Eh oui, le 31 octobre, ce n’est pas seulement le jour du défilé de gobbelins, de zombies et de loups garou… c’est aussi le jour de la Réforme. Mais est-ce que le jour de la réforme, c’est seulement pour les Calvinistes ? Bien sûr que non !

Même si plusieurs s’imaginent que la réforme ne se limite qu’à Martin Luther, à Jean Calvin ou encore à Zwingli. Même si d’autres encore, et c’est navrant, n’associent la réforme qu’à la sotériologie calviniste contemporaine de la TULIP. Mais c’est mal connaître l’histoire.

Plus que trois

Même s’il est vrai que Luther, Calvin et Zwingli eurent beaucoup d’influence durant cette période mouvementée, ils n’étaient pas les seuls théologiens de l’époque à s’opposer à Rome. Qui plus est, leurs enseignements étaient loin de ressembler au genre de Calvinisme que l’on voit poindre actuellement. Calvin, par exemple, ne croyait absolument pas à une expiation limitée de Christ à la Croix[1].

Des croyances et des valeurs inquiétantes

De plus, certaines croyances de ces réformateurs sont irréconciliables avec certaines convictions évangéliques. Ils croyaient que l’Eucharistie possédait de vraies vertus; ils justifiaient l’utilisation de la torture et de la mise à mort de ceux qui étaient en désaccord avec eux[2]. Luther, entre autres, croyait que « l’hérésie anabaptiste » était une offense méritant la peine capitale. Ainsi plusieurs croyants de l’époque furent mis à mort sous le regard approbateur de Luther.

Calvin, de son côté, régnait en maitre sur Genève[3][4].

  • Il fit décapiter un enfant pour avoir frappé ses parents;
  • Il fit torturer et décapiter pour le crime de blasphème et de rébellion un certain Jacques Gruet qui avait osé dire de Calvin qu’il était ambitieux et hypocrite;
  • Pendant son règne d’une douzaine d’années, il y eut 139 exécutions à Genève. En comparaison, il y eut 572 exécutions à Zurich pendant tout le XVIe siècle.

Sébastien Castellion qui avait déjà été un ami de Calvin a d’ailleurs dit :

Calvin jouit aujourd’hui d’une grande autorité, et je lui en souhaiterais une plus considérable encore si je le voyais animé d’un esprit bienveillant. Or son dernier acte a été une sanglante exécution et il a récemment menacé de nombreux justes. C’est pourquoi, moi, qui ai horreur des effusions de sang, je me propose, avec l’aide de Dieu, de dévoiler au monde ses intentions et de ramener dans la bonne voie au moins quelques-uns de ceux qu’il a gagnés à ses idées erronées[5].

Il dira aussi dans un livre qu’il écrit directement contre Calvin :

Si le Christ lui-même venait à Genève, il serait crucifié. Car Genève n’est pas un lieu de liberté chrétienne. Elle est dirigée par un nouveau pape [Jean Calvin], mais un qui brûle les hommes vivants alors que le pape à Rome les étrangle en premier.[6]

Zwingli

Zwingli, de son côté, recourut régulièrement à la torture pour que ses adversaires se rétractent. Ces « adversaires » étaient souvent des hommes beaucoup plus dignes de notre admiration que les trois réformateurs que je viens de nommer.

Un peu d’air frais

Je pense à l’un d’eux, Balthazar Hubmaïer, persécuté et torturé par Zwingli puis plus tard, il fut assassiné à Vienne en 1528. Hubmaïer fut l’un des grands réformateurs. Il se tint pour liberté chrétienne et pour plusieurs croyances qui sont encore importantes pour les évangéliques. Il enseignait une sotériologie non calviniste. Il croyait que c’était par le moyen de la Parole de Dieu et  la proclamation de l’Évangile que Dieu attirait tous les hommes à lui.

Si le Christ lui-même venait à Genève, il serait crucifié. Car Genève n’est pas un lieu de liberté chrétienne. Elle est dirigée par un nouveau pape [Jean Calvin], mais un qui brûle les hommes vivants alors que le pape à Rome les étrangle en premier. Sébastien Castellion.

Melanchthon

Je pense aussi à Philippe Melanchthon. Il fut un théologien et un érudit grec très important de l’époque de la Réforme. Il publia l’une des premières œuvres de théologie protestante, Lieux communs de la Théologie (Loci Communes). Il rédigea aussi l’une des premières Confessions protestantes, la Confession d’Augsbourg.

Bien qu’il fût un ami de Luther, Melanchthon ne partageait pas ses idées. En effet Melanchthon avait une approche plus corporative de la notion de prédestination et rejetait l’idée que Dieu avait prédestiné certains individus tout en négligeant le reste de l’humanité. Il écrit :

Le destin éternel des individus est entre leurs mains au moment où ils entendent les promesses de l’Évangile illuminé par l’Esprit. Au total, donc, le choix d’une foi en Jésus qui sauve a trois origines: la Parole, l’Esprit et le libre arbitre individuel[7].

D’ailleurs bon nombre de théologiens Lutherien suivirent Mélanchthon et non Luther dans leur compréhension de Romains 9 et insistèrent que la foi de l’être humain a un rôle décisif a jouer dans le salut.

En conclusion

Comme on peut le voir, la Réforme ne se confine pas à la pensée de deux ou trois individus. Plusieurs des réformateurs qui ont joué un rôle important désavouaient les enseignements de Luther.

Le temps me manque, mais je vous laisse avec cette citation du grand théologien arminien, Roger Olson :

L’un des principaux irritants (pour moi comme pour beaucoup d’autres) au sujet du mouvement « Young, Restless, Reformed » est la tendance qu’ont ses dirigeants et ses partisans à vouloir définir le mot « réformé » d’une façon très étroite : centré sur « les doctrines de la grâce » (comme ils les appellent) voulant parler de la TULIP. Le mouvement devrait plutôt être appelé «jeune, agité, calviniste». Sauf que ça ne sonnerait pas aussi bien qu’«Young, Restless, Reformed». Le problème est que les principaux porte-parole du mouvement excluraient beaucoup de personnes qui classiquement sont réellement Réformé. Et pourtant, la plupart d’entre eux ne sont pas «vraiment Réformés» selon les normes reconnues par la Communion mondiale des Églises Réformées! (Toutes ces dénominations pratiquent le baptême des enfants.)

Arminius et les premiers remontants historiquement étaient tous théologiquement Réformés. Ils n’étaient tout simplement pas d’accord avec la définition étroite de «réformé» vanté par les Franciscus Gomarus et les prince Maurice (le pouvoir derrière le Synode de Dordrecht). Les Églises réformées des Provinces-Unies (Pays-Bas) ne disposaient donc pas (avant Dordrecht) de normes doctrinales autoritaires qui excluaient les Remontrants, mais qui pouvaient affirmer volontiers le Catéchisme de Heidelberg même s’ils le voulaient réviser. C’est Dordrecht qui a rendu l’arminianisme «hérétique» au sein des Églises réformées des Provinces-Unies. Pourtant, beaucoup de théologiens Réformés partout en Europe n’étaient pas d’accord avec Dordrecht; certains, de la délégation d’Angleterre ont même quitté le Synode quand ils ont constaté que ce n’était qu’un tribunal fantoche et comment « Réformé » était défini là-bas[8]

 

[1] https://www.calvin.edu/meeter/Was%20Calvin%20a%20Calvinist-12-26-09.pdf, Voir aussi Allen, D., (2016), The Extent of the Atonement: A Historical and Critical Review

[2] http://www.patheos.com/blogs/frankviola/

[3] Durant, W., (1957), The Reformation

[4] http://www.radicalresurgence.com/calvinsgeneva/

[5] https://fr.wikiquote.org/wiki/S%C3%A9bastien_Castellion

[6] Zagorin, P. (2004), How the Idea of Religious Toleration Came to the West, Princeton Univesity Press. P. 116

[7] http://www.matthewmbarrett.com/wp-content/uploads/2012/01/Evangelical-Free-Will-Philipp-Melanchthons-Journey-on-the-Origins-of-Faith.pdf

[8] http://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2014/02/is-arminianism-reformed/