Incompréhensible ! Tu ne comprends pas le calvinisme

Incompréhensible

Incompréhensible! Je ne comprends pas le calvinisme. On me l’a si souvent dit. Bon j’ai lu tellement d’auteurs calvinistes avec les années, des bouquins de théologie, des livres de vulgarisation, des articles plus érudits… Ce qui est drôle, c’est que lorsque je discute avec des calvinistes qui ignorent que je je suis non-calviniste, que je leur explique ce que je pense du calvinisme, tout est beau. Si je réitère les mêmes propos dans un contexte où je critique le calvinisme, cette fois on me dit : « Pat, tu ne comprends pas le calvinisme ». Incompréhensible.

On peut toujours essayer, ce n’est pas incompréhensible

Pourtant, avec les années, j’en suis venu à la conclusion qu’il est impossible de représenter adéquatement un point de vue avec lequel on est en désaccord à la satisfaction de chaque adversaire. Ça, ça ne veut pas dire que l’on ne doit pas essayer de le faire représenter correctement. On devrait jamais intentionnellement dénaturer les positions de nos frères quand on est en désaccord avec eux (sophisme de la caricature aussi appelé homme de paille). C’est j’essaie presque toujours de citer au moins un calviniste de renom en critiquant les affirmations des calvinistes.

Par contre, vous me direz que c’est incompréhensible, mais j’attends toujours qu’un calviniste de réputation représente correctement la pensée non calviniste (qu’elle soit arminienne, baptiste traditionaliste ou autre) de manière satisfaisante aux yeux de ceux qu’ils décrivent. On devrait pouvoir s’attendre à ce genre d’intégrité des deux côtés. Mais ce n’est pas le cas : Incompréhensible!

Il est clair qu’une des objections les plus courantes dans mes discussions avec des calvinistes est celle de la fausse représentation. Il y a au moins 5 raisons pour lesquelles on peut s’attendre que les choses ne changent pas. Finalement cette objection n’est pas si incompréhensible que ça…

1. Incompréhensible? Une représentation vraie, mais désagréable

Prenons l’exemple suivant. Imaginons qu’un Président américain fasse la déclaration suivante :

– Les autorités ont maîtrisé le suspect et, par un interrogatoire, ont pu déjouer un complot d’une organisation terroriste.

Si, le lendemain, un journaliste clarifiait la situation en déclarant :

– Un policier a poursuivi un jeune afro-américain de 18 ans alors qu’il quittait le stationnement du lycée. Après l’avoir plaqué au sol, lui avoir fracturé les rotules avec une batte, lui avoir mis un fusil dans la bouche et menacé d’appuyer sur la gâchette jusqu’à ce qu’il renonce à des informations conduisant à l’arrestation de trois autres suspects qui ont eu tous été traités de la même manière. Malheureusement, nous savons de source sûre que le complot aurait pu être déjoué sans avoir recours à de la brutalité policière.

Comme le dit Leighton Flowers[1], les deux textes décrivent la même situation et les descriptions peuvent toutes deux être vraies, mais la seconde contient le genre de détails qu’on ne veut pas entendre parler.

Sortir des tours d’ivoire pour rendre ça moins incompréhensible

Considérons maintenant ces deux déclarations théologiques:

– Pour manifester sa toute-puissance, Dieu a souverainement tout mis en œuvre conformément à son plan sacré.

Si on le compare avec le paragraphe suivant :

– Pour montrer à quel point il est puissant, Dieu a méticuleusement déterminé tous les désirs odieux et les actes pervers de toutes les créatures qui ont pu exister de manière à ce qu’ils ne puissent pas agir autrement, y compris le viol d’enfants, l’holocauste, l’esclavage, la torture, toutes les mauvaises pensées, les actes ou les inclinations, et tout ça selon son bon plaisir et pour sa propre glorification.

Ces deux affirmations représentent la pensée calviniste. La différence, c’est que la première est beaucoup plus acceptable et plus facile à affirmer que la première.

Comme le dit Flowers dans son texte, ça, c’est de la théologie pratique. Lorsqu’on sort de sa tour d’ivoire, lorsque notre rhétorique théologique sort dans la rue, c’est là que le bât blesse. Notre théologie doit sortir de la classe, elle doit s’appliquer dans le monde réel.

2.     Incompréhensible? Les implications logiques

Une deuxième qui est à l’origine de cette accusation si fréquente, c’est que souvent la critique du calvinisme s’attaque aux implications logiques de cette idéologie. Est-ce si incompréhensible?

Le théologien contemporain Roger Olson l’exprime bien lorsqu’il dit que même si les calvinistes, pour la plupart, ne considèrent pas Dieu comme « monstrueux », que lui-même serait obligé de considérer Dieu comme tel s’il devait accepter les affirmations calvinistes[2]. Je suis entièrement d’accord avec lui et même si je sais qu’une bonne partie des calvinistes ne croient pas que Dieu soit moralement mauvais pour ma part, je dois admettre que s’il s’avérait que le calvinisme décrivait adéquatement le Dieu de la Bible, je ne pourrais que venir à la conclusion que ce Dieu est en fait un démon et que le christianisme n’est qu’une supercherie.

C.S. Lewis

C.S. Lewis, dans sa perspicacité habituelle dira de la doctrine de la dépravation totale – le fameux T de la TULIP calviniste, que « la dépravation totale – lorsque nous concluons que notre idée du bien ne vaut tout simplement rien – peut ainsi transformer le christianisme en une forme d’adoration du diable. »[3]

Lewis était-il en train d’accuser directement tous les calvinistes d’adorer le diable? Non, ça m’étonnerait. Je pense plutôt qu’il essayait de dégager les implications logiques des affirmations calvinistes sur le T.

John Wesley

C’est ce genre d’implication que décrit Wesley lorsqu’il dit que le dogme calviniste de la prédestination[4] :

Elle détruit d’un coup tous ses attributs. Elle renverse, à la fois, sa justice, sa miséricorde et sa vérité. Oui! Elle représente le Dieu très saint comme étant pire que le diable, tout à la fois plus cruel et plus injuste. Plus faux, parce que le diable, menteur comme il est, n’a jamais dit qu’il voulait sauver tous les hommes. Plus injuste, parce que le diable ne peut pas, même s’il le voulait, être coupable d’une injustice aussi grande que celle qui est attribuée à Dieu: condamner des millions d’âmes au feu éternel- préparé pour le diable et ses anges – pour avoir persévéré dans le péché, alors qu’elles ne pouvaient pas faire autrement sans la grâce que Dieu ne voulait pas leur accorder.

Et plus cruel: tout esprit malheureux qui cherche le repos et ne le trouve pas est, à cause de sa propre misère, incité à induire les autres en tentation. Dieu demeure dans un lieu élevé et saint; aussi supposer que, de sa propre initiative, volontairement et par pur plaisir, Dieu, dans sa béatitude, voue ses créatures, avec ou sans leur consentement, à un malheur sans fin, revient-il à lui imputer une cruauté dont il serait impossible de taxer le grand ennemi de Dieu et des hommes. C’est faire le Dieu très haut (que celui qui a des oreilles entende !) plus cruel, plus faux et plus injuste que le diable![5]

3.     Incompréhensible Calvinisme? Les mêmes mots, mais tout un autre dictionnaire

J’aime le mot anglais obfuscation. Il signifie rendre incompréhensible, rendre confus. S’il y a des experts dans le domaine, c’est bien les tenants du calvinisme. Pourquoi? Parce que dans toute cette confusion, ils peuvent affirmer n’importe quoi tout en pouvant toujours nier ce qu’ils ont affirmé. Ainsi, le calvinisme devient quasiment infalsifiable.

Incompréhensible cette Confession de foi de 1689

Prenons un exemple tout simple, tiré de la Confession de Foi Baptiste de 1689 – qui est ni plus ni moins qu’une refonte de la Confession de Foi de Westminster modifiée pour se conformer aux particularités Baptiste. Au chapitre 3, donc, il est écrit :

De toute éternité, selon le conseil très sage et très saint de sa volonté, Dieu a décrété en lui-même, librement et immuablement, tout ce qui arrive ; de telle manière cependant qu’il n’est pas l’auteur du péché […] sans faire violence à la volonté de sa créature, et sans que la liberté, la contingence ou les causes secondes soient exclues, mais qu’elles soient plutôt établies.

Quand je vous dis que le Calvinisme est un éloge à la confusion, ce n’est pas des farces? Regardez, ce syllogisme est pourtant relativement simple :

[1] Dieu décrète tout ce qui arrive;

[2] Le péché est quelque chose qui arrive

[3] Donc Dieu décrète le péché.

Jouer dans la confusion

La seule façon d’affirmer qu’il n’est pas l’auteur du péché alors que c’est lui qui l’a décrété, c’est jouer dans la confusion. Comment une contingence peut être établie, alors que la définition même de ce qui est contingent énonce une chose qui peut être ou ne pas être? Donc, comment peut-on affirmer qu’une contingence soit établie? Aussi facilement que l’on peut trouver un célibataire marié.

Mais si on remonte un peu plus haut dans cette fameuse Confession de foi, qu’on tourne au chapitre 2 et au paragraphe 2 on peut lire :  

Sa connaissance est infinie, infaillible, et indépendante de la créature, de sorte que pour lui, rien n’est contingent ou incertain.

Vous voyez, dans le Calvinisme tout ce qu’on donne de la main droite, on le reprend de la main gauche. On affirme continuellement une chose et son contraire et on peut donc toujours nier l’affirmation qu’on a faite.

Le principe d’explosion

C’est le principe d’explosion[6], ce que les anciens appelaient l’ex contradictione quodlibet – on peut déduire ce qu’on veut d’une contradiction. Ou, d’une manière plus appropriée pour le calvinisme, ex falso quodlibet – on peut déduire ce que l’on veut de l’erreur.

Quand le mot responsable est incompréhensible

Des exemples, il y en a plein. En voici un. Quand je dis que quelqu’un est « responsable », j’affirme qu’il est « capable de répondre »[7]. Pourtant, lorsque les calvinistes utilisent ce mot, ils veulent dire que la personne peut être « punissable » et ce, même elle était incapable de répondre.

Quand le mot permission est incompréhensible

Un autre mot souvent galvaudé par nos amis calvinistes est le mot permission. Normalement, lorsqu’on parle de permission, on parle de donner l’autorisation, la possibilité de faire quelque chose.[8] Ça, c’est que les calvinistes appellent la permission simple, mais quand eux, ils parlent de permission, ils parlent de permission volontaire ou Dieu a décrété que l’individu ferait le mal et, mais ils disent que Dieu l’a permis parce qu’il a ce qu’il passe par une cause secondaire, ou il s’agit d’une cause déficiente[9]. Alors on si on pose la question si Dieu permet ou cause le mal? Certains vont dire oui, d’autres non – mais les deux sont d’accord que c’est Dieu qui l’a décrété. Incompréhensible!

Certains sont plus honnêtes

D’autres vont être plus honnêtes et vont dire comme Calvin :

Certains recourent ici à la différence entre volonté et permission, disant que les iniques périssent, Dieu le permettant, mais non pas le voulant.  Mais pourquoi dirons-nous qu’il le permet, sinon parce qu’il le veut?  Car cela n’est point de soi vraisemblable, que ce n’est pas la seule permission, et non par l’ordonnance de Dieu, que l’homme s’est acquis la damnation, comme si Dieu n’avait point ordonné de quelle condition il voulait que fût la principale et la plus noble de ses créatures.[10]

Mais même Calvin va parfois utiliser l’expression que Dieu permet telle ou telle chose[11]. Incompréhensible, je vous dis! Blague à part, c’est donc une bonne habitude de définir nos termes avec clarté et poser ouvertement des questions afin de bien nous comprendre avant de poursuivre le dialogue.

Que dire du mot amour…

L’une des plus grandes tergiversations du Calvinisme concerne l’amour. Plusieurs vont nous dire, oui, oui, Dieu aime tous les hommes – d’autres, plus honnêtes, vont dire non, il n’aime pas les réprouvés.

Regardez la réponse de Piper à la question : « puis-je dire à tout le monde que Dieu les aime? » La duplicité est palpable, vous allez voir.

À cette question, Piper répond oui, « nous pouvons dire à tout être humain: ‘Dieu t’aime, et voici comment il t’aime: il a donné son Fils pour qu’il meure, de sorte que si tu croyais, tes péchés seraient pardonnés et tu vivrais pour toujours avec lui.’ »[12]

De la propagande habile

Vous voyez ce qu’il fait? Il évite judicieusement la question. Regardez bien. « Dieu t’aime et voici comment il t’aime : il a donné son Fils pour qu’il meure ». Piper croit à l’expiation limitée, il ne croit pas que Christ est mort pour tous les hommes, alors il ne dit pas à la personne que Christ est mort pour elle. Il le laisse pourtant sous-entendre lorsqu’il construit la phrase suivante en utilisant le conditionnel.

Pour Piper, si elle croit ça veut dire que Christ est mort pour elle. Mais comment peut-il en toute honnêteté dire Dieu t’aimes si elle ne fait pas partie des élus – le seul fait que Christ meure pour les autres, pour les élus n’a rien d’une démonstration d’amour, ce n’est que de la duplicité.

Quand l’amour perd sa saveur

Vous voyez ce qu’il fait? Il évite judicieusement la question. Regardez bien. « Dieu t’aime et voici comment il t’aime : il a donné son Fils pour qu’il meure ». Piper croit à l’expiation limitée, il ne croit pas que Christ est mort pour tous les hommes, alors il ne dit pas à la personne que Christ est mort pour elle. Il le laisse pourtant sous-entendre lorsqu’il construit la phrase suivante en utilisant le conditionnel. Pour Piper, si elle croit ça veut dire que Christ est mort pour elle. Mais comment peut-il en toute honnêteté dire Dieu t’aimes si elle ne fait pas partie des élus – le seul fait que Christ meure pour les autres, pour les élus n’a rien d’une démonstration d’amour, ce n’est que de la duplicité.

Quand l’amour change de définition

Don Carson dans livre sur l’amour de Dieu affirme que Dieu « a un amour sélectif spécial pour les élus », mais qu’il se sent libre de « dire aux non-convertis que Dieu les aime ». MacArthur dira :

Le fait que certains pécheurs ne soient pas élus au salut ne prouve pas que l’attitude de Dieu à leur égard soit totalement dépourvue d’amour sincère. Les Écritures nous disent que Dieu est compatissant, bon, généreux et bon même envers les pécheurs les plus obstinés.[13]

Et une autre

Les Écritures disent clairement que Dieu est amour. « Le Seigneur est bon pour tous, et sa miséricorde s’étend sur toutes ses œuvres » (Ps. 145: 9). Le Christ nous commande même d’aimer nos ennemis, et la raison qu’il donne est la suivante: «Afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et les bons, et il envoie de la pluie sur les justes et les injustes »(Matt. 5:45). L’implication évidente est que, dans un certain sens, Dieu aime ses ennemis.[14]

Mais que Dit l’Écrirure?

Moi qui croyait que Paul avait dit que pourvoir au bien-être physique des gens n’était pas de l’amour ? N’a-t-il pas écrit:

Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien. L’amour est patiente, il est pleine de bonté; l’amour n’est point envieuse; l’amour ne se vante point, il ne s’enfle point d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche point son intérêt, il ne s’irrite point, il ne soupçonne point le mal, il ne se réjouit point de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité; il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. (1Co 13:3-7)

À lire cette définition, on voit bien qu’un Dieu-qui-est-amour ne pourrait pas chercher son intérêt au dépends des milliards qu’il enverrait en enfer pour l’unique raison de glorifier sa colère… mais ça c’est une autre hisoire.

Quand l’amour ressemble à la haine

Mais face au châtiment éternel, comment peut-on affirmer que Dieu aime tout le monde? Et bien, on ne le peut pas.

4.     Incompréhensible? Les calvinismes ne sont pas comme à l’emporte-pièce

Tous les calvinistes ne sont pas tous pareils. Par exemple, Edwin Palmer dans son livre sur les cinq points du calvinisme dit :

La préordination signifie le plan souverain de Dieu, par lequel il décide de tout ce qui doit se passer dans l’univers entier. Rien dans ce monde n’arrive par hasard. Il décide et fait en sorte que tout se produise. Il n’est pas assis à l’écart et ne craint peut-être pas ce qui va arriver. Non, il a tout prévu « d’après les conseils de sa volonté » (Eph. 1:11): le mouvement d’un doigt, le battement d’un cœur, le rire d’une fille, l’erreur d’un dactylographe – même le péché.[15]

Il y en a de toutes les couleurs

Toutes les sortes de calvinistes ne seraient pas d’accord avec cet auteur, ou en tout cas, ils ne seraient pas d’accord avec sa transparence. Car il y a des calvinistes modérés, des hauts calvinistes, des ultra-calvinistes et des hypercalvinistes.

Il y en a qui affirment l’expiation de Dieu pour tous les hommes et son désir sincère pour que chaque individu se repente et croie alors que d’autres ne le font pas. Certains affirment le véritable amour de Dieu pour chaque individu, tandis que d’autres décrivent ses sentiments pour les non-élus comme une haine remplie de colère.

Un auteur explique :

Divisé

Les calvinistes sont sérieusement divisés entre eux et l’ont toujours été. Il y a Supralapsaires et les Sublapsaires ainsi que les. Infralapsaires. « Les supralapsaires estiment que Dieu a décrété la chute d’Adam; les Sublapsaires, qu’il l’a permise. » Les calvinistes du Synode de Dordrecht étaient divisés sur de nombreuses questions, y compris le lapsarianisme. Les calvinistes suisses qui ont écrit la formule helvétique de 1675 étaient en conflit avec les calvinistes français de l’école de Saumur. Il existe des calvinistes stricts et des calvinistes modérés, des hyper et non-hyper (différents surtout sur la réprobation et l’étendue de l’expiation et si Dieu aime tous les hommes), il y a les 5 points, les 4 points, les 3 points, les 2 points.

Un petit calvinisme bien à eux

Cependant, chaque fois que l’on essaie de décrire la théologie TULIP puis de la réfuter, il y aura toujours des calvinistes qui soutiendront que vous en faites une fausse représentation. Ce n’est pas tellement que vous l’ayez mal représentée, vous pourriez même citer directement des auteurs calvinistes ou même Calvin lui-même. Le problème, c’est que vous représentez mal leur calvinisme à eux! Il y a les calvinistes de Calvin, de Fuller, de Pink, les calvinistes presbytériens, les calvinistes baptistes, ainsi que de nombreuses autres sortes de calvinisme.

De nombreux calvinistes n’ont jamais même lu l’Institution de la religion chrétienne de Calvin. Ils ne font que suivre quelqu’un qui suit quelqu’un qui aurait suivi Calvin (qui, de son propre aveu, a suivi Augustin).[16]

Rosa, Rosa, Rosam, Rosarum, Rosis, Rosis… Toute une déclinaison, mais une rose demeure une rose

Le problème, bien sûr c’est que le calvinisme a beau se décliner de toutes sortes de manières, l’idée de base est la même. Il y a un décret qui englobe tout, même les actions pécheresses des hommes et même si on veut utiliser toutes les plus belles élucubrations… on ne peut éviter la conclusion inévitable funeste que Dieu est à l’origine du mal.

5.     Incompréhensible? Certains ne savent simplement ce que ça veut dire que d’être calviniste.

Entre ce dont nous avons parlé dans notre dernier article sur le calvinisme furtif, et tout ce que nous voyons dans celui-ci, il est clair que les choses peuvent devenir rapidement très mélangeantes pour monsieur et madame tout le monde. Ils n’ont peut-être jamais lu les Calvin, Piper, Sproul, MacArthur… Ils sont trop souvent ignorant des éléments plus inquiétants, plus sombre du calvinisme. Moi-même, plus jeune, j’étais persuadé que le calvinisme n’était qu’une question de sécurité du salut.

Pas étonnant, ni incompréhensible

Il n’est donc pas étonnant de se faire accuser de ne pas représenter correctement le calvinisme alors qu’eux même ne connaissent pas le calvinisme.

John Piper

Des citations comme celle de Piper :

En d’autres termes, ce n’est pas seulement que Dieu réussit à transformer les aspects pervers de notre monde en bien pour ceux qui l’aiment; c’est plutôt qu’il apporte lui-même ces aspects pervers pour sa gloire (voir Ex. 9: 13-16; Jean 9: 3) et le bien de son peuple (voir Héb. 12: 3-11; Jacques 1: 2-4). Cela inclut – aussi incroyable et aussi inacceptable que cela puisse nous paraître actuellement – que Dieu ait même provoqué la brutalité des nazis à Birkenau et Auschwitz ainsi que les terribles assassinats de Dennis Rader et même les abus sexuels d’un jeune enfant.[17]

Jean Calvin

Ou celles-ci, de Calvin :

Car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais ordonne les uns à la vie éternelle, et les autres à l’éternelle damnation.  Selon la fin pour laquelle est créé l’homme, nous disons qu’il est prédestiné à la mort ou à la vie[18].

Ou encore :

Ce n’est pas la seule permission, et non par l’ordonnance de Dieu, que l’homme s’est acquise la damnation, comme si Dieu n’avait point ordonné de quelle condition il voulait que fût la principale et la plus noble de ses créatures.[19]

Et,

Les adversaires allèguent qu’on ne trouvera point ceci exprimé mot à mot, que Dieu eût déterminé qu’Adam dût trébucher en une ruine mortelle […] Ils disent qu’Adam a été créé avec son franc arbitre pour se donner telle fortune qu’il voudrait, et que Dieu n’avait rien déterminé de lui, sinon de le traiter selon ses mérites.  Si une si froide invention est reçue, où sera la puissance infinie de Dieu, par laquelle il dispose toutes choses selon son conseil secret, qui ne dépend point d’ailleurs? [20]


[1] https://soteriology101.com/2017/05/20/you-dont-understand-calvinism/

[2] https://www.youtube.com/watch?v=1D2SWKbZSIU

[3] The Problem of Pain, p. 29

[4] Contrairement à la prédestination scripturaire

[5] http://ueem.umc-europe.org/foi/de-la-libre-grace.pdf

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_d%27explosion

[7] Du latin responsus, ‘répondu’, et du suffixe -a⁠ble, ‘pouvoir’.

[8] Articles « Permettre » et « Permission », Dictionnaire de définitions, Antidote 10, version 1.1 [Logiciel], Montréal, Druide informatique, 2018.

[9] La cause déficiente, c’est que Dieu enlève ce qui retient le mal dans ce que Dieu veut qui soit fait. Cette causalité, dans la perspective calviniste est tout aussi infaillible que la cause efficiente. En d’autres termes, c’est comme si plutôt que de pousser l’aveugle dans le trou, je creuse un trou devant lui.

[10] Calvin J., L’institution Chrétienne – Livre troisième, Éditions Kerygma – Éditions Farel, p. 427

[11] Mais dans ce cas, il fait référence à la permission volontaire.

[12] https://www.desiringgod.org/messages/god-so-loved-the-world-part-2/excerpts/can-i-tell-everyone-god-loves-them

[13] https://www.gty.org/library/articles/A294/the-love-of-god-and-the-nonelect

[14] John MacArthur, the God who loves

[15] E.H. Palmer and M. Horton, The Five Points of Calvinism: A Study Guide (Baker Publishing Group, 2010), p. 30.

[16] http://www.verhoevenmarc.be/PDF/Calvinismdebate.pdf

[17] http://www.desiringgod.org/messages/all-the-good-that-is-ours-in-christ-seeing-gods-gracious-hand-in-the-hurts-others-do-to-us

[18] Calvin J., L’institution Chrétienne – Livre troisième, Éditions Kerygma – Éditions Farel, p. 399

[19] Ibid., p. 427

[20] Ibid., p.426

Que Penser Du Calvinisme – Partie 1

Que penser du Calvinisme

La première d’une série d’études sur le Calvinisme. Dans cette émission, la table est mise pour bien comprendre ce qu’est le Calvinisme. Dans cet épisode, nous prenons le temps de bien définir les termes et de bien définir le sujet étudié.

Calvinisme est un système théologique, associé au réformateur Jean Calvin, qui souligne la primauté de Dieu sur toutes choses comme le reflète sa lecture de l’Écriture concernant Dieu, l’humanité, le salut, et l’église. Le Calvinisme voit Dieu comme contrôlant minutieusement toute chose, que ce soit le péché ou les bonnes actions de ses créatures.

En langue populaire, le calvinisme se réfère souvent aux cinq points de doctrine calviniste concernant le salut, qui composent l’acrostiche TULIP. Dans son sens le plus large, le calvinisme est associé à la théologie réformée. Pourtant, même si ses adeptes prétendent souscrire à la théologie réformée, une bonne partie des réformteurs n’ont jamais adhéré à la théologie Calviniste.

 

L’Amour de Dieu Qui-Est-Amour – Partie 2

Dieu Qui-est-amour

 

La question n’a jamais été comment un Dieu souverain pourrait exercer son amour, mais comment le Dieu Qui-Est-Amour exerce sa souveraineté.

Quand je m’assois pour réfléchir à l’histoire de l’Église, je me rends compte que l’une des façons que l’héritage chrétien d’occident s’est égaré, c’est en accordant une place démesurée à l’idée que l’aspect primordial chez Dieu était une souveraineté omnipotente. En tant que souverain, il ne pouvait que contrôler tous les moindres évènements.

C’est triste parce que Dieu ne se montre pas premièrement comme un être obsédé par un désir exacerbé de tout contrôler (même les actions humaines) mais il se révèle comme un Père aimant qui aime sa création.

Voir le Dieu invisible

Je me souviens qu’il y a quelques années, un de mes amis me disait que Dieu ne voulait pas se révéler aux hommes, qu’il était invisible et que personne ne pouvait vraiment savoir à quoi il ressemblait réellement.

Il me dit, Patrice, on ne peut même pas savoir si les mots qu’on utilise pour le décrire sont vraiment adéquats.

Dieu est invisible, c’est vrai ! Mais, étonnement la Bible nous dit que ses perfections sont visibles comme à l’œil…

Je pense aussi que si nous croyons vraiment que la personne de Jésus-Christ mérite toute notre attention… Si nous Le prenons au sérieux, si nous croyons sans nul doute qu’il est la révélation suprême du Père et qu’il est le Fils unique, qu’il est réellement celui qui est dans le sein du Père, et celui qui l’a fait connaître… Si nous le prenons vraiment au sérieux ses propos lorsqu’il nous dit : « Celui qui m’a vu, a vu le Père ; et comment toi, dis-tu : montre-nous le Père ? »… Une chose devient visible comme à l’œil, c’est que Dieu n’est pas un obsédé du contrôle.

Le Dieu serviteur

N’est-ce pas le Fils qui dit :

(25)  Et Jésus, les ayant appelés auprès de lui, dit : vous savez que les chefs des nations dominent sur elles, et que les grands usent d’autorité sur elles. (26)  Il n’en sera pas ainsi parmi vous ; mais quiconque voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; (27)  et quiconque voudra être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave ; (28)  de même que le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs (Mat 20:25-28).

Dans ce même contexte, l’évangile de Luc complète par ces propos de Jésus :

Car quel est le plus grand, celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, cependant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. (Luc 22:27).

Je trouve ce passage vraiment révélateur :

Jésus reprit donc la parole, et leur dit : en vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce qu’il voit faire au Père ; et tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement. (Jea 5:19)

Le Fils fait ce que le Père fait

Le Fils ne fait que ce qu’il voit faire au Père… Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, voir le Fils s’abaisser comme un serviteur et savoir qu’il ne fait que ce qu’il voit le créateur de l’univers faire, je trouve ça remarquable.

L’apôtre Paul reprend ce même thème important dans son épitre aux Philippiens :

Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix.  C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père (Phi 2:5-11).

Le fait que Dieu lui-même ait pris la forme d’un serviteur et que ce soit à la gloire de Dieu le Père nous témoigne d’un amour sans précédent d’un Créateur pour sa création. Un serviteur ne se caractérise pas par son contrôle sur autrui. Dieu ne peut donc pas se caractériser comme tel.

Voir Jésus, c’est voir corporellement toute la plénitude de la divinité (Col. 2 : 9).

La justice, la sainteté, la bonté

La plus belle définition de Dieu, c’est celle de 1 Jean 5 : 8,16 : Dieu est amour. L’amour est le propre de la nature même de Dieu, de son essence. Tous les autres attributs de Dieu : la justice, la sainteté, la bonté… tous, ne sont que des reflets, des aspects de son essence : un peu comme les facettes d’un diamant. L’amour, c’est ce que Dieu est. Tous les autres attributs divins ainsi que toutes les actions divines ne sont que les résultantes de cette nature-qui-est-amour.

Donc, la Sainte Trinité est amour, et c’est cette essence d’amour que les trois personnes de la Trinité ont en commun. C’est d’ailleurs ce qui me fait dire que l’Éternel est Père avant d’être Dieu.

Dieu change-t-il ? demandera quelqu’un.

Non, mais tout comme l’Éternel n’est devenu créateur que lorsqu’il a créé.  De la même manière, il n’est « devenu » Dieu qu’à cause de ses relations avec ses créatures. De son côté, le nom Père décrit ce qu’il est depuis toute éternité. Dieu le Père a toujours aimé le Fils et le Saint-Esprit, le Fils a toujours aimé le Père et le Saint-Esprit et le Saint-Esprit a toujours aimé le Père et le Fils.

Si l’on se demande comment est Dieu… Nous n’avons qu’à regarder au Fils.

Dieu Qui-est-amour

 Pour lire la première partie.

 

 

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L’Amour de Dieu Qui Est Amour – Partie I

Dieu aime tous les êtres humains ! C’est la beauté de l’amour de Dieu.

Du moins, c’est ce que je crois. D’ailleurs, toute ma vie, j’ai tenu cette vérité comme fondamentale.

Je pense qu’il ne m’était même jamais venu à l’esprit que l’on puisse penser autrement. Puis, je me suis converti au christianisme et j’ai pu constater la profondeur et la portée de cette affirmation.

Je me souviens, lorsque la première fois, j’ai lu cette phrase poignante de l’épitre de 1 Jean : Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. Et cette autre, un peu plus bas dans le même chapitre : Et nous, nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour. Et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. Quelle profondeur, quelle portée, quelle beauté. Le créateur de l’univers, celui qui ne peut pas mentir, affirme qu’il est amour. Ça donne un tout autre sens à l’amour de Dieu.

Amour de Dieu – un verbe d’état ?

En français comme en bien d’autres langues, on peut diviser les verbes en deux grandes catégories : les verbes d’action et les verbes d’état. Un verbe d’action exprime l’action que le sujet fait ou qu’il subit, alors qu’un verbe d’état, exprimer l’état dans lequel le sujet est. Pour Dieu, l’amour n’est pas seulement un verbe d’action, du moins, il n’est pas seulement une action, il est un état.

Dieu n’aime pas seulement Sa création, il est lui-même amour.

Mais le Dieu-qui-est-amour aime et il aime vraiment. Il aime tellement ses créatures qu’il s’est lui-même porté volontaire pour assumer les torts de l’humanité et en payer le prix… Le prix de la croix. C’est là, la grandeur, la profondeur, la largeur et la beauté de l’amour de Dieu.

Une minorité

Quelle fut donc ma surprise quand, au début des années » 90, j’ai appris que cette idée que Dieu aime tous les humains, était loin de faire l’unanimité. Pire, j’ai réalisé qu’elle ne faisait pas l’unanimité au sein de mon propre héritage spirituel, à savoir l’héritage protestant évangélique.

Je n’ai pas besoin de vous dire que j’avais été profondément bouleversé.

Un peu comme pour un deuil, le choc a rapidement laissé la place au déni, à la colère, puis à la tristesse.

Heureusement, aujourd’hui je sais qu’il ne s’agit que d’une minorité. Un groupuscule de personnes, qui en se regardant dans le miroir, sont persuadées que Dieu n’aime qu’eux.

L’un des auteurs de tristes notoriétés qui a popularisé cette idée est un gars du nom d’Arthur Pink. Il affirme, dans l’un de ses bouquins, « Dieu est souverain dans l’exercice de son amour » et donc qu’il « aime ceux qu’il choisit. Dieu n’aime pas tout le monde ». Avec une telle pensée, que reste-t-il de l’amour de Dieu.

Dieu aime vraiment sa création

Pourtant, n’est-ce pas le cœur même de l’Évangile que Dieu aime tout le monde ? N’est-ce pas ce que l’Évangile de Jean au chapitre 3 et au verset 16 affirme ? « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. »

Quand j’ouvre le Nouveau Testament pour y lire le contexte, je trouve cinq fois le mot monde avant le chapitre 3. Cinq fois !

C’est ce monde, nous dit l’auteur en 1:10, qui a été fait par Dieu et c’est ce monde qu’il aime. Restreindre l’amour de Dieu en affirmant que Dieu n’aime pas tout le monde, c’est prétendre que le Créateur du monde n’a pas créé tout le monde.

Il est vrai que Pink était un extrémiste. Pourtant, il se décrivait comme calviniste, et même si la plupart des calvinistes décrient son extrémisme, il n’en demeure pas moins que les tenants de cette école de pensée entretiennent une certaine forme d’angle mort avec le fait que Dieu soit amour.

Un angle mort

Par exemple, Calvin, l’éponyme du calvinisme, dans son œuvre magistrale de théologie : l’Institution de la religion chrétienne (un ouvrage de plus de 1500 pages), il ne cite pas une seule fois 1 Jean 4:8 ni 1 Jean 4:16. Pas une seule fois. Pourtant, il y décrit Dieu de nombreuses fois… Dans un index de versets pourtant complet et qui doit avoir plus d’une quarantaine de pages, on n’y retrouve jamais ces deux passages. Quelle triste omission!

L’autre exemple frappant, c’est le petit catéchisme de la très célèbre Confession de foi de Westminster. À la question #4 « Qu’est-ce que Dieu », le catéchisme répond : « Dieu est esprit, infini, éternel, et immuable dans son être, sa sagesse, sa puissance, Sa Sainteté, sa justice, sa bonté, et sa vérité. » Mais nulle mention n’est faite du Dieu-qui-est-amour. D’ailleurs, la notion que Dieu aime les hommes n’y apparaît nulle part.

Même dans la Confession de foi Westminster à proprement parler, une œuvre maîtresse du calvinisme anglo-saxon, on ne trouve nulle mention de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Seul l’amour de Dieu pour les élus est affirmé, mais sans aucune mention d’un quelconque amour pour les réprouvés. D’ailleurs,le même commentaire peut être fait de la confession baptiste de 1689, une pièce importante du calvinisme baptiste.

Qui sont les réprouvés ? Ce sont ceux qui dans la pensée calviniste — et là, tous les calvinistes s’entendent — n’ont pas été choisis par Dieu pour le salut, mais qui passeront une éternité de tourment pour le seul bon plaisir de Dieu.

L’amour de Dieu est-il différent du nôtre

L’amour de Dieu est-il différent pour les élus et pour les non-élus ?

Certains comme John MacArthur et John Piper, et ils sont nombreux, affirment que Dieu aime les élus d’une manière différente que les non-élus. Mais, est-ce plausible ?

Avant de répondre à cette dernière question, il faudrait se demander ce qu’est aimer.

L’amour, nous dit l’apôtre Paul :

[…] est patient, l’amour est serviable, il n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il ne médite pas le mal, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité (1 Corinthiens 13:4-6).

L’amour est donc bien circonscrit. Les Écritures nous en donnent une bonne définition et il est difficile d’y échapper.

Dieu, nous demande d’aimer nos ennemis, or la question que nous pouvons nous poser, aime-t-il les siens ?

Dieu aime-t-il ses ennemis ?

Je pense que oui. Regardez ce que Jésus a affirmé dans l’Évangile de Matthieu :

(43) Vous avez ouï qu’il a été dit : « Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi ». (44)  Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous font du tort et vous persécutent, (45)  en sorte que vous soyez les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et envoie sa pluie sur les justes et sur les injustes. (46)  Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense avez-vous ? Les publicains même n’en font-ils pas autant ? (47)  Et si vous saluez vos frères seulement, que faites-vous de plus que les autres ? Les nations même ne font-elles pas ainsi ? (48)  Vous, soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. (Mat 5:43-48).

Pour être parfait comme le Père céleste, il faut aimer nos ennemis, c’est donc dire que Dieu les aime aussi. Certes l’amour de Dieu est d’une perfection infinie, le nôtre est bien limité.

Mais les caractéristiques de l’amour de Dieu pour ses ennemis et de notre amour pour les nôtres diffèrent, certes, mais elles ne peuvent différer qu’en grandeur, mais non en qualité. L’amour de Dieu, pour être amour, doit être caractérisé par la patience, la serviabilité, l’absence d’envie, l’absence de vantardise, l’absence d’orgueil, de malhonnêteté… L’amour, même chez Dieu, ne peut chercher son intérêt…

Ce sont là les qualités de l’amour, même chez Dieu. D’ailleurs, ce n’est que parce que l’amour de Dieu possède ces caractéristiques que notre amour les possède aussi. C’est son Amour, l’amour de Dieu qui est l’archétype de l’amour, c’est-à-dire qui est le point de référence idéal.

En résumé, Dieu aimait mieux mourir que de voir des êtres humains se perdre sans rien faire.

Dieu aime-t-il les gens différemment ?

Je ne le pense pas. Ceci impliquerait que la créature a la capacité d’affecter, voire même de modifier, les caractéristiques des attributs divins. L’amour de Dieu, c’est ce qu’il est.

La terre ne peut empêcher le Soleil de lui donner sa lumière.

Oui, mais, diront certains, Dieu n’a qu’un amour temporel pour les humains… il fait lever son soleil sur les méchants et envoie sa pluie, sans plus.

Faire ces choses ne sont pas synonymes d’amour. Paul affirme qu’on peut donner tous ses biens pour les pauvres et le faire sans amour. L’amour est plein de bonté, certes, mais l’amour est beaucoup plus que des actes de charité.

De plus, en quoi peut-on dire que Dieu aime ses ennemis qui ne sont plus de ce monde ? Qui ne bénéficie plus du soleil et de la pluie ? En termes d’éternité, une vie terrestre vaut quoi ? Quelques milliardièmes de secondes, même pas ? Est-ce là l’étendue de l’amour de Dieu pour ses ennemis, quelques rayons de lumière et quelques gouttes de pluie ?

Mais à la lumière des Écritures, la conclusion de Pink est erronée. La question n’est pas comment un Dieu souverain exerce son amour, mais comment le Dieu-qui-est-amour exerce sa souveraineté.

Si on veut prendre ce que Dieu a déclaré de lui-même au sérieux, il faut admettre qu’il est le Dieu-qui-est-amour. Il est amour par nature et non par choix. Dieu ne choisit pas d’aimer, il est amour et il aime.

Le Soleil ne choisit pas d’éclairer et de réchauffer, il les fait par nature.

Pink a dit dans son livre sur la souveraineté de Dieu, comme je l’ai mentionné plus haut :

Lorsque nous disons que Dieu est souverain dans l’exercice de son amour, nous voulons dire qu’il aime celui qu’il choisit. Dieu n’aime pas tout le monde.

Mais à la lumière des Écritures, la conclusion de Pink est erronée. La question n’est pas comment un Dieu souverain exerce son amour, mais comment le Dieu-qui-est-amour exerce sa souveraineté

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