Le Calvinisme Furtif


Cette semaine, je fus la victime d’un calvinisme furtif. Alors que j’avais une discussion théologique dans un groupe Face Book, quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que mon interlocuteur était Calviniste. Il m’avait pourtant affirmé le contraire à plusieurs reprises.

Il m’avait sciemment menti à plusieurs reprises. Quelle était sa justification? Il croyait la doctrine du Calvinisme mais ne se nommait pas Calviniste. Pourtant, il avait dit ne pas croire à la TULIP – la théologie Calviniste concernant le salut. Je lui ai demandé comment il avait pu me le nier et il m’a répondu qu’une fois qu’on acceptait les trois premières lettres, on n’avait pas besoin de mentionner les deux dernières.

J’ai dû avoir des centaines et des centaines de discussions théologiques sur les réseaux sociaux et ailleurs concernant le calvinisme. Si cette situation était la seule, j’aurais cru que c’était l’exception. Mais non, ça arrive tellement souvent que j’y vois là un symptôme inquiétant.

Une tendance intrigante – le Calvinisme Furtif

Avec les années, j’ai souvent observé cette tendance intrigante qu’a bon nombre de Calvinistes (je n’oserais pas dire une grosse majorité) de camoufler leur calvinisme sous un langage un peu obscur. Tellement, qu’une organisation Calviniste d’importance aux États-Unis suggère d’ailleurs aux jeunes pasteurs Calvinistes qui pose leur candidature dans des églises non-Calvinistes d’y aller doucement.

Ils suggèrent d’« évitez les termes tels que calvinisme, réformé, doctrines de grâce, rédemption particulière […] enseignez la vérité biblique de ces doctrines sans leur attribuer d’étiquettes gênantes».[1]

Ils leur conseil d’avoir une table de livre et de « commencez par de petites choses au début, c’est-à-dire des pamphlets et des livres contenant une peu de substance doctrinale » comme le livre de Packer sur l’Évangélisation et la Souveraineté divine.

Les Marches en Catimini du Calvinisme Furtif

Mais pourquoi éviter ces termes? S’ils décrivent avec précision vos croyances théologiques, pourquoi les cacher?[2]Certains calvinistes vont :

  • Éviter d’admettre clairement qu’ils sont calvinistes;
  • Éviter de promouvoir ouvertement le Calvinisme, ils y vont progressivement, pour endoctriner les gens petit à petit.
  • Suggérer que les détracteurs sont diviseurs, bornés, vifs d’esprit et des instruments de discorde.
  • Exalter la magnificence de la Réforme et des réformateurs sans rappeler qu’une bonne partie des réformateurs n’étaient pas calvinistes.
  • Affirmer la supériorité intellectuelle, académique et spirituelle des théologiens et des porte-parole calvinistes.[3]

Le langage codé du Calvinisme Furtif

Même lorsqu’ils sont un peu plus clair, les calvinistes utilise un langage bien à eux ils vont utiliser les mêmes mots mais en changer le sens
(un peu comme font certaines sectes). En fait, pour mieux passer leur théologie, le calvinisme s’est approprié plusieurs termes, qui n’ont jamais été proprement Calvinistes au départ, et ces termes sont redéfinis.

La doctrine Réformée

L’un des grands mythes véhiculés par presque tous les calvinistes que je connaisse, c’est que la Réforme a été Calviniste (Luther, Melanchton et les autres deviennent tous des Calvinistes) et, pour ajouter l’insulte à l’injure, ils se sont appropriés le terme réforme. Je vous cite le grand théologien arminien, Roger Olson :

L’un des principaux irritants (pour moi comme pour beaucoup d’autres) au sujet du mouvement « Young, Restless, Reformed » est la tendance qu’ont ses dirigeants et ses partisans à vouloir définir le mot « réformé » d’une façon très étroite : centré sur « les doctrines de la grâce » (comme ils les appellent) voulant parler de la TULIP. Le mouvement devrait plutôt être appelé «jeune, agité, calviniste». Sauf que ça ne sonnerait pas aussi bien qu’«Young, Restless, Reformed». Le problème est que les principaux porte-parole du mouvement excluraient beaucoup de personnes qui classiquement sont réellement Réformées. Et pourtant, la plupart d’entre eux ne sont pas «vraiment Réformés» selon les normes reconnues par la Communion mondiale des Églises Réformées! (Toutes ces dénominations pratiquent le baptême des enfants.)

Arminius et les premiers remontants historiquement étaient tous théologiquement Réformés. Ils n’étaient tout simplement pas d’accord avec la définition étroite de «réformé» vanté par Franciscus Gomarus et prince Maurice (le pouvoir derrière le Synode de Dordrecht). Les Églises réformées des Provinces-Unies (Pays-Bas) ne disposaient donc pas (avant Dordrecht) de normes doctrinales autoritaires qui excluaient les Remontrants, mais qui pouvaient affirmer volontiers le Catéchisme de Heidelberg même s’ils le voulaient réviser. C’est Dordrecht qui a rendu l’arminianisme « hérétique» au sein des Églises réformées des Provinces-Unies. Pourtant, beaucoup de théologiens Réformés partout en Europe n’étaient pas d’accord avec Dordrecht; certains, de la délégation d’Angleterre par exemple, ont même quitté le Synode quand ils ont constaté que ce n’était qu’un tribunal fantoche et qu’ils ont vu comment le « Réformé » y était défini.[8]

Pour en savoir un peu plus sur le sujet, vous pouvez aller voir mon article Le jour de la Réforme… Seulement pour les Calvinistes ?

La souveraineté

Un des mots clés du calvinisme est souveraineté. Dès qu’on met en doute la doctrine calviniste, l’accusation la plus fréquente, c’est que c’est une mauvaise compréhension de la souveraineté. Ce qu’on ne dit pas, c’est que ce terme a été redéfini pour correspondre à l’idéologie Calviniste que Dieu contrôle minutieusement tout.

D’ailleurs, le mot souveraineté est absent de la Bible. L’adverbe souverainement apparaît quatre fois, mais traduit la notion d’être élevé, exalté. Toute cette idée de contrôle minutieux est absent de la Bible.

Par ailleurs, On ne trouvera cette définition de souveraineté dans aucun dictionnaire de la langue française, mais pour le calviniste, c’est ce que ça veut dire. Dans le calvinisme, il y a la pensée d’un déterminisme causal universel où Dieu détermine tout ce qui arrive dans l’univers. On prend pour acquis que Dieu est comme ça, on dit que Dieu est comme ça… Puis après on conclut que Dieu détermine tout. Et pour de rares fois dans le calvinisme, tout veut dire tout.[4]

Tellement, que le calviniste de renom John Piper affirme même que toutes choses arrivent conformément à sa volonté. :

En d’autres termes, ce n’est pas seulement que Dieu réussit à transformer les aspects pervers de notre monde en bien pour ceux qui l’aiment; c’est plutôt qu’il apporte lui-même ces aspects pervers pour sa gloire (voir Ex. 9: 13-16; Jean 9: 3) et le bien de son peuple (voir Héb. 12: 3-11; Jacques 1: 2-4). Cela inclut – aussi incroyable et aussi inacceptable que cela puisse nous paraître actuellement – que Dieu ait même provoqué la brutalité des nazis à Birkenau et Auschwitz ainsi que les terribles assassinats de Dennis Rader et même les abus sexuels d’un jeune enfant.[5]

La grâce

Un autre mot que le calvinisme s’est approprié, c’est le mot grâce. Par ce mot, ils parlent de la grâce souveraine par laquelle Dieu transforme pour qu’elle puisse avoir la foi. Une grâce forcée n’est plus une grâce mais une obligation.

Un message centré sur l’Évangile

Une autre expression souvent que le Calvinisme s’est approprié, c’est le message centré sur l’Évangile. Comme si les autres traditions évangéliques n’étaient pas aussi centrées sur l’Évangile.

L’homme sans Dieu, Exalter l’homme

« Pat, tu crois au libre arbitre, alors tu as une religion centrée sur l’homme. Tu exaltes l’être humain et tu rabaisses la souveraineté de Dieu. Tu exaltes la justice humaine.» Je me suis fait dire ce genre de chose tant de fois que je ne saurais pas toutes les compter.

Ce ne sont que des caricatures. Ce sont ce que l’on appelle des hommes de paille ? Ce sont de vieilles ruses. Un homme de paille, c’est un stratagème qu’on utilise pour marquer gagner une conversation. En fait, c’est un sophisme, c’est-à-dire un argument fallacieux, qui permet à celui l’utilise — mais qui est incapable de réfuter l’argumentaire de l’autre — « de sortir victorieux d’une confrontation avec une version affaiblie » de l’argument de l’autre. C’est d’autant plus facile, si cette personne invente de toute pièce « la version affaiblie en la façonnant exactement telle qu’elle doit l’être pour garantir qu’elle sera démolie. » Donc, je prend l’affirmation de l’autre, j’en fais une caricature, un château de carte, pis un petit coup et tout s’écroule… Évidemment, la vraie position de l’autre demeure intact.

Pélagien, semi-Pélagien…

«  Pat, tu crois au libre arbitre, alors tu es Pélagien ou semi-Pélagien…» Bref, on t’associe avec un méchant pour te faire passer comme méchant.  Cette fois, les calvinistes choisissent une autre arme de leur arsenal. Il s’agit du sophisme par association, c’est-à-dire qu’ils vont associer le vrai croyant qui croit au libre arbitre à un hérétique de l’histoire comme Pélage qui lui aussi croyait au libre arbitre.

Un choix déterminé

OK, c’est un oxymore – je le sais, vous le savez… Pourtant les Calvinistes ne le savent pas encore. Ils croient qu’une liberté peut être déterminée. Voici ce que dit un Calviniste :

Afin de mieux comprendre ceci, des théologiens ont développé le terme compatibilisme pour décrire le concours de la souveraineté de Dieu et de la responsabilité de l’homme. Le compatibilisme est une forme de déterminismeet il convient de noter que cette position n’est pas moins déterministe que le déterminisme au sens fort. Cela signifie simplement que la prédétermination de Dieu et la providence méticuleuse sont “compatibles” avec le choix volontaire. Nos choix ne sont pas contraints… c’est-à-dire que nous ne choisissons pas ce qui va à l’encontre de ce que nous voulons ou ce que nous désirons, mais nous ne faisons jamais de choix contraire au décret souverain de Dieu. Ce que Dieu a déterminé sera produira nécessairement (Eph 1:11). À la lumière de l’Écriture (selon compatibilisme), les choix humains sont exercés volontairement, mais les désirs et les circonstances qui engendrent ces choix sont le produit du déterminisme divin[6].

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez aller lire mon article intitulé : Liberté, dit-on ? Vraiment libre ou pas…

Si le Calvinisme présente la vraie doctrine qui exalte le Seigneur, pourquoi être si furtif. Mais pourquoi éviter tous ces termes? S’ils décrivent avec précision les croyances théologiques, pourquoi les cacher? serai-ce par ce que l’on en a tout simplement honte.

Je vous laisse avec ce beau passage de 2 Corinthiens:

Nous rejetons les choses honteuses qui se font en secret, nous n’avons point une conduite astucieuse, et nous n’altérons point la parole de Dieu. Mais, en publiant la vérité, nous nous recommandons à toute conscience d’homme devant Dieu. (2Co 4:2)


[1] https://founders.org/library/quiet-revolution/walking-without-slipping/

[2]http://www.examiningcalvinism.com/files/Complaints/Charge_Sneaky.html

[3] http://christianapologetic.org/TheologyCorner.aspx#2

[4] https://www.reasonablefaith.org/podcasts/defenders-podcast-series-2/s2-doctrine-of-creation/doctrine-of-creation-part-10/

[5] http://www.desiringgod.org/messages/all-the-good-that-is-ours-in-christ-seeing-gods-gracious-hand-in-the-hurts-others-do-to-us

[6] https://www.monergism.com/thethreshold/articles/onsite/qna/sovereignfree.html

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