Peut-on chercher Dieu?

Chercher Dieu

L’être humain peut-il chercher Dieu? La question semble un peu absurde, la réponse évidente, c’est que oui, il le peut. Par contre, les Calvinistes prétendent le contraire. Ils disent que l’homme est tellement dépravé qu’il ne peut pas chercher Dieu. Pour en savoir plus, vous pouvez visionner ceci. Mais d’aucuns citent un passage de l’épitre aux Romains :

Selon qu’il est écrit: Il n’y a point de juste, Pas même un seul; 11 Nul n’est intelligent, Nul ne cherche Dieu; Tous sont égarés, tous sont pervertis; 12 Il n’en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul. (Rom 3:10-12)

Alors est-ce vrai? Les humains ne peuvent pas chercher Dieu? Ben voyons, plein de gens cherchent Dieu.

Que dire de ce passage alors? C’est justement le but de cet article, démontrer que l’on peut chercher Dieu et que ce passage ne veut pas dire ce que certains lui font dire.

Chercher Dieu, Un peu d’herméneutique

Premièrement, il pour savoir ce que le texte veut dire, il faut regarder le contexte. Et ça, ce n’est pas seulement lire les quelques lignes d’avant et d’après. Pour les besoins de cet article, regardons d’un peu plus près les deux premiers chapitres.

Deuxièmement, décrire le fait que les hommes ne le font pas, ce n’est pas la même chose que d’affirmer que l’être humain ne peux pas chercher Dieu.

Troisièmement, même si l’être humain était incapable de chercher Dieu (ce qu’il n’est pas), cela ne voudrais pas dire non plus qu’il ne pourrait pas répondre quand Dieu nous appelle par l’Évangile. Le fait que je n’ai pas la capacité d’appeler le président des États Unis pour lui piquer une jasette, ne veut pas dire que je ne peux pas lui répondre si c’est lui qui m’appelle.

Romains 1

Les premiers versets du chapitre nous informent que Paul, par son apostolat, a été mis à part pour annoncer l’Évangile et qu’il veut en faire part aux Romains (v.15). L’Évangile est puissant, en fait, nous dit l’apôtre, il est puissance de Dieu. Le mot puissance est un nom et est attribut du sujet Évangile. Ça, ça veut dire que ce n’est pas seulement un exemple de la puissance divine, c’est la puissance elle-même « pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec ».

C’est dans l’évangile que se révèle « la justice de Dieu par la foi et pour la foi » (v.17), la colère, de son côté, se révèle du ciel « contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive » (v.18). Contre qui? Contre ceux qui retiennent injustement la vérité captive.

Parce qu’ils connaissent Dieu, mais qu’ils s’en détournent, Dieu les livre à eux-mêmes et à leurs passions. Ils le font tout en connaissant le jugement de Dieu contre ces choses, mais « déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais ils approuvent ceux qui les font. » (v.32)

Romains 2

Le Chapitre 2 reprend là où le chapitre 1 avait laissé :

Nous savons, en effet, que le jugement de Dieu contre ceux qui commettent de telles choses est selon la vérité. Et penses-tu, ô homme, qui juges ceux qui commettent de telles choses, et qui les fais, que tu échapperas au jugement de Dieu? (Rom 2:2-3)

Si l’homme s’endurcit et ne se repent pas, il s’amassera

5 Un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, 6 qui rendra à chacun selon ses œuvres; 7 réservant la vie éternelle à ceux qui, par la persévérance à bien faire, cherchent l’honneur, la gloire et l’immortalité; 8, mais l’irritation et la colère à ceux qui, par esprit de dispute, sont rebelles à la vérité et obéissent à l’injustice. 11 Tribulation et angoisse sur toute âme d’homme qui fait le mal, sur le Juif premièrement, puis sur le Grec!  10 Gloire, honneur et paix pour quiconque fait le bien, pour le Juif premièrement, puis pour le Grec!  11, Car devant Dieu il n’y a point d’acception de personnes. (Rom 2:5-11).

Il n’y a point d’acception de personnes

Dieu ne fait acception de personne, ceci veut dire qu’en « toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable. » (Actes 10 :35).

Le texte de Romains 2 continue en disant :

12 Tous ceux qui ont péché sans la loi périront aussi sans la loi, et tous ceux qui ont péché avec la loi seront jugés par la loi.  13 Ce ne sont pas, en effet, ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés (Rom 2:12-13). 

Le jugement de Dieu sera impartial et sera fait d’après les actions de chacun. Il ne dépendra pas du fait d’avoir ou de ne pas avoir la loi.

Le reste du chapitre démontre que le peuple juif est tout aussi coupable que les autres peuples et qu’il sera jugé au même titre que les nations. Il termine avec un élément important : « Mais le Juif, c’est celui qui l’est intérieurement; et la circoncision, c’est celle du cœur, selon l’esprit et non selon la lettre. La louange de ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu. » (v.29).

Chapitre 3

Le troisième chapitre débute avec la question suivante : Si les juifs seront jugés au même titre que les nations « Quel est donc l’avantage des Juifs, ou quelle est l’utilité de la circoncision? » (Rom 3:1). Après avoir affirmé que les avantages étaient nombreux, Paul reprend son argumentaire en commençant par résumer les chapitres précédents: « Quoi donc! sommes-nous plus excellents? Nullement. Car nous avons déjà prouvé que tous, Juifs et Grecs, sont sous l’empire du péché, » (Rom 3:9).

Par cette expression, Paul ne veut pas dire que tous ne peuvent que pécher, pas plus que d’être sous la Loi ne veux dire qu’on ne peut qu’accomplir la Loi. Ainsi, en établissant la culpabilité universelle de la race humaine, Paul n’affirme pas l’incapacité de tous les individus, il incrimine l’ensemble de l’humanité qu’il divise en deux groupes : les juifs et les Grecs.

Le but de l’apôtre n’est donc pas d’établir que des personnes non sauvées ne peuvent que pécher, mais que les Juifs et les gentils sont tous sous l’emprise ou le pouvoir du péché. Ils sont esclaves et ils ont besoin pour être libérés.

L’apôtre poursuit par une suite de citations de l’Ancien Testament pour démontrer ses allégations que tous sont sous l’empire du péché.

On arrive donc à l’un des passages principaux du Calvinisme pour la dépravation totale : selon qu’il est écrit:

Il n’y a point de juste, Pas même un seul; Nul n’est intelligent, Nul ne cherche Dieu; Tous sont égarés, tous sont pervertis; Il n’en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul; (Rom 3:10-12)

Trois conclusions calvinistes sur Chercher Dieu

Les calvinistes veulent tirer trois conclusions de ce passage. Selon eux, un homme non sauvé :

  • Ne peut pas faire quoi que ce soit qui ne soit juste et bon, incluant le fait de croire en Christ;
  • Ne peut pas comprendre la Parole de Dieu, et en particulier l’évangile.
  • Ne peut pas chercher Dieu de sa propre initiative, ni même placer sa foi en Christ.

Mais les calvinistes ne peuvent pas soutenir leur propos par ce passage. Premièrement, ce passage ne dit tout simplement pas ce que les calvinistes prétendent.

  • Ils lisent la phrase « il n’y a pas de juste » et comprennent « personne ne fait jamais rien de juste. »
  • Ils lisent la phrase « il n’y a personne qui comprenne » et lui font dire « il n’y a personne qui soit capable de comprendre l’Évangile. »
  • Ils lisent la phrase « il n’y a personne qui cherche Dieu » et affirment que personne n’est jamais capable de chercher Dieu.

Résumons

Mais ce n’est pas là ce que le texte dit. Il faut tenir compte du contexte et comprendre l’argumentaire de Paul. En voici un bref résumé :

  1. L’Évangile est la puissance de Dieu pour le salut de ceux qui croient (1: 16-17);
  2. Les gens subissent la colère de Dieu à cause de leurs péchés (1: 18-32);
  3. Le peuple juif subit la colère de Dieu à cause de ses péchés (2: 1-16);
  4. Les Juifs sont incapables de respecter la loi mosaïque et subissent la colère de Dieu (2: 17-3: 8);
  5. Le monde entier est condamné sans exception (3:9-20);
  6. Nous ne pouvons obtenir la justice de Dieu que par la foi (3: 21-31).

Nul n’est parfait ne veut pas dire que tout le monde est nul

Le principe est simple, nul n’est parfait et parce que personne n’est parfait, et qu’il « n’y a sur la terre point d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais. » (Ecc 7:20), tous sont sous le jugement divin.

Le standard de Dieu est élevé : « Car quiconque observe toute la loi, mais pèche contre un seul commandement, devient coupable de tous. » (Jac 2:10) Personne sur terre ne peut atteindre ce niveau de perfection et tous sont donc condamnables.

Psaume 14

Pour démontrer son point, Paul fait appel à une série de passage de l’Ancien Testament. Le premier passage est le Psaume 14 dont les premiers versets disent :

Au chef des chantres. De David. L’insensé dit en son cœur: Il n’y a point de Dieu! Ils se sont corrompus, ils ont commis des actions abominables; Il n’en est aucun qui fasse le bien. L’Éternel, du haut des cieux, regarde les fils de l’homme, Pour voir s’il y a quelqu’un qui soit intelligent, Qui cherche Dieu. Tous sont égarés, tous sont pervertis; Il n’en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul. Tous ceux qui commettent l’iniquité ont-ils perdu le sens? Ils dévorent mon peuple, ils le prennent pour nourriture; Ils n’invoquent point l’Éternel. (Psa 14:1-4)

Paul cite la version Septante, la traduction grecque de l’Ancien Testament et tant dans l’Hébreu que dans le Grec, une chose devient claire en lisant ce Psaume, c’est que les humains se sont corrompus et ils sont devenus abominables. « Le Seigneur, du haut du ciel, s’est penché sur les fils des hommes pour voir s’il en est qui comprenne et qui cherche Dieu. Tous ont dévié, et en même temps sont devenus inutiles; pas un ne fait le bien, pas un seul. »

Ce texte, comme celui de Romains 3, ne dit pas que les hommes sont incapables, il dit que c’est ce que Dieu constate en regardant les fils de l’homme. S’agit-il là d’hyperboles poétiques? Sans aucun doute, car l’Écriture regorge d’exemples d’hommes et de femmes qui ont cherché, qui ont marché selon son cœur. À commencer par David lui-même. Le contexte par les fous, de ceux qui en veulent au peuple de Dieu, mais qui font pourtant partis d’Israël : Voilà, « Juifs et Grecs sont sous l’empire du péché. »

De plus, comme nous le verrons plus loin, l’Ancien Testament nous montre de nombreux exemples d’hommes qui ont chercher Dieu (à commencer par David lui-même. 2 Sam 21:1; Psa 11:1, 16:1) l’utilisation du verbe chercher (דָּרַשׁ – dāraš dans l’Hébreux ou de ἐκζητέω – ekzētéō dans la LXX) dans ce texte poétique est une hyperbole, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une figure de style, d’une exagération volontaire pour marquer les lecteurs. [1] 

Psaume 5

Paul cite ensuite le Psaume 5 :

Éternel! conduis-moi dans ta justice, à cause de mes ennemis, Aplanis ta voie sous mes pas. Car il n’y a point de sincérité dans leur bouche; Leur coeur est rempli de malice, Leur gosier est un sépulcre ouvert, Et ils ont sur la langue des paroles flatteuses. (Psa 5:9-10)

Dans le contexte, David parle donc de ses ennemis, par de tout le monde. Ils étaient ennemis de l’homme de Dieu. Même s’ils étaient juifs : « Juifs et Grecs, sont sous l’empire du péché. »

Psaume 140

Puis, l’apôtre passe au Psaume 140 :

Au chef des chantres. Psaume de David. Éternel, délivre-moi des hommes méchants! Préserve-moi des hommes violents. Qui méditent de mauvais desseins dans leur coeur, Et sont toujours prêts à faire la guerre! Ils aiguisent leur langue comme un serpent, Ils ont sous leur lèvres un venin d’aspic. Pause. (Psa 140:1-4)

Encore une fois, le psalmiste parle de ses ennemis et non de tous les hommes. Il établit une distinction entre eux et ceux qui suivent le Seigneur dans les derniers versets de ce passage (vs. 13-14).

Psaume 10

Ensuite, vient le Psaume 10 :7 : « Sa bouche est pleine de malédictions, de tromperies et de fraudes; Il y a sous sa langue de la malice et de l’iniquité. » (Psa 10:7) De qui parle-t-il? Il parle du méchant qui poursuit le malheureux et qui dit dans son cœur : « Il ne punit pas! Il n’y a point de Dieu! » (Psa 10 :4)

Esaïe 59

Le même motif apparait à la prochaine citation. Là, il cite le passage suivant :

Leurs pieds courent au mal, Et ils ont hâte de répandre le sang innocent; Leurs pensées sont des pensées d’iniquité, Le ravage et la ruine sont sur leur route. Ils ne connaissent pas le chemin de la paix, Et il n’y a point de justice dans leurs voies; Ils prennent des sentiers détournés: Quiconque y marche ne connaît point la paix. (Esa 59:7-8)

De qui s’agit-il? De ceux qui se sont détournés du Dieu d’Israël et à qui le prophète s’adresse (Esa 59 :2-6). La même chose se répète à la prochaine citation : « La parole impie du méchant est au fond de mon cœur; La crainte de Dieu n’est pas devant ses yeux. » (Psa 36:2)

Tous sont sous le péché

Dans tous ses passages, l’apôtre démontre simplement que « Juifs et Grecs, sont sous l’empire du péché. »

Tous ces passages l’Écriture font référence aux méchants, c’est-à-dire à un groupe de méchants et non pas à l’ensemble de l’humanité.

Mais le but de Paul dans Romains 3:10-18 était simple, il voulait démontrer aux Juifs que tous les hommes étaient sous l’empire du péché pour les amener à comprendre que « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. » (Romains 3:23).

L’homme peut chercher Dieu

L’homme peut-il chercher Dieu? N’est-ce pas ce que la Bible affirme ?

Actes 15

Simon a raconté comment Dieu a d’abord jeté les regards sur les nations pour choisir du milieu d’elles un peuple qui portât son nom. Et avec cela s’accordent les paroles des prophètes, selon qu’il est écrit: Après cela, je reviendrai, et je relèverai de sa chute la tente de David, J’en réparerai les ruines, et je la redresserai, Afin que le reste des hommes cherche le Seigneur, Ainsi que toutes les nations sur lesquelles mon nom est invoqué, Dit le Seigneur, qui fait ces choses, (Act 15:14-17)

Actes 17

Et encore :

Il a fait que tous les hommes, sortis d’un seul sang, habitassent sur toute la surface de la Terre, ayant déterminé la durée des temps et les bornes de leur demeure; il a voulu qu’ils cherchassent le Seigneur, et qu’ils s’efforçassent de le trouver en tâtonnant, bien qu’il ne soit pas loin de chacun de nous, (Act 17:26-27)

Que dire de tous ses passages où Dieu parle de ceux que la Bible reconnait comme ayant chercher Dieu comme ceux-ci ? :

L’Ancien Testament

Ceux de toutes les tribus d’Israël qui avaient à coeur de chercher l’Éternel, le Dieu d’Israël, suivirent les Lévites à Jérusalem pour sacrifier à l’Éternel, le Dieu de leurs pères. (2Ch 11:16)

Mais il s’est trouvé de bonnes choses en toi, car tu as fait disparaître du pays les idoles, et tu as appliqué ton cœur à chercher Dieu. (2 Ch 19:3)

Car une grande partie du peuple, beaucoup de ceux d’Éphraïm, de Manassé, d’Issacar et de Zabulon, ne s’étaient pas purifiés, et ils mangèrent la Pâque sans se conformer à ce qui est écrit. Mais Ézéchias pria pour eux, en disant: Veuille l’Éternel, qui est bon, pardonner à tous ceux qui ont appliqué leur coeur à chercher Dieu, l’Éternel, le Dieu de leurs pères, quoiqu’ils n’aient pas pratiqué la sainte purification! L’Éternel exauça Ézéchias, et il pardonna au peuple. (2Ch 30:18-20)

Dieu! tu es mon Dieu, je te cherche; Mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, Dans une terre aride, desséchée, sans eau. (Psa 63:2)

Je te cherche de tout mon cœur: Ne me laisse pas égarer loin de tes commandements! (Psa 119:10)

C’est donc possible de chercher Dieu. Ou des passages qui promettent des récompenses à ceux qui cherchent l’Éternel? Comme celui-ci de l’Épitre aux Hébreux :

Or sans la foi il est impossible de lui être agréable; car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. (Héb 11:6)[2]

En conclusion

Le but du passage de Romains 3 n’est pas, et n’a jamais été de démontrer que l’être humain est incapable de chercher Dieu. Son but est de démontrer que tous les hommes sont sous le péché et de rappeler le fait que tous, juifs ou grecs, ont péché et sont privés de la gloire de Dieu.

Pour en savoir plus, vous pouvez lire les articles suivants sur la liberté ici et ici.


[1] Comme tous les Psaumes, le Psaume 14 appartient au style littéraire de la poésie hébraïque. Dans ce style littéraire, on retrouve de très nombreuses figures de style, dont l’hyperbole.

[2] Deut. 4.29; 12.5; 1Chron. 16.10, 11; 22.19; Ezra 4.2; 6.21; Job 5.8; Ps. 24.6; 27.8; 69.32; Zech. 8.21; Matt. 6.33.