Le jour de la Réforme… Seulement pour les Calvinistes ?

Je vous souhaite une très bonne journée de la Réforme. Eh oui, le 31 octobre, ce n’est pas seulement le jour du défilé de gobbelins, de zombies et de loups garou… c’est aussi le jour de la Réforme. Mais est-ce que le jour de la réforme, c’est seulement pour les Calvinistes ? Bien sûr que non !

Même si plusieurs s’imaginent que la réforme ne se limite qu’à Martin Luther, à Jean Calvin ou encore à Zwingli. Même si d’autres encore, et c’est navrant, n’associent la réforme qu’à la sotériologie calviniste contemporaine de la TULIP. Mais c’est mal connaître l’histoire.

Plus que trois

Même s’il est vrai que Luther, Calvin et Zwingli eurent beaucoup d’influence durant cette période mouvementée, ils n’étaient pas les seuls théologiens de l’époque à s’opposer à Rome. Qui plus est, leurs enseignements étaient loin de ressembler au genre de Calvinisme que l’on voit poindre actuellement. Calvin, par exemple, ne croyait absolument pas à une expiation limitée de Christ à la Croix[1].

Des croyances et des valeurs inquiétantes

De plus, certaines croyances de ces réformateurs sont irréconciliables avec certaines convictions évangéliques. Ils croyaient que l’Eucharistie possédait de vraies vertus; ils justifiaient l’utilisation de la torture et de la mise à mort de ceux qui étaient en désaccord avec eux[2]. Luther, entre autres, croyait que « l’hérésie anabaptiste » était une offense méritant la peine capitale. Ainsi plusieurs croyants de l’époque furent mis à mort sous le regard approbateur de Luther.

Calvin, de son côté, régnait en maitre sur Genève[3][4].

  • Il fit décapiter un enfant pour avoir frappé ses parents;
  • Il fit torturer et décapiter pour le crime de blasphème et de rébellion un certain Jacques Gruet qui avait osé dire de Calvin qu’il était ambitieux et hypocrite;
  • Pendant son règne d’une douzaine d’années, il y eut 139 exécutions à Genève. En comparaison, il y eut 572 exécutions à Zurich pendant tout le XVIe siècle.

Sébastien Castellion qui avait déjà été un ami de Calvin a d’ailleurs dit :

Calvin jouit aujourd’hui d’une grande autorité, et je lui en souhaiterais une plus considérable encore si je le voyais animé d’un esprit bienveillant. Or son dernier acte a été une sanglante exécution et il a récemment menacé de nombreux justes. C’est pourquoi, moi, qui ai horreur des effusions de sang, je me propose, avec l’aide de Dieu, de dévoiler au monde ses intentions et de ramener dans la bonne voie au moins quelques-uns de ceux qu’il a gagnés à ses idées erronées[5].

Il dira aussi dans un livre qu’il écrit directement contre Calvin :

Si le Christ lui-même venait à Genève, il serait crucifié. Car Genève n’est pas un lieu de liberté chrétienne. Elle est dirigée par un nouveau pape [Jean Calvin], mais un qui brûle les hommes vivants alors que le pape à Rome les étrangle en premier.[6]

Zwingli

Zwingli, de son côté, recourut régulièrement à la torture pour que ses adversaires se rétractent. Ces « adversaires » étaient souvent des hommes beaucoup plus dignes de notre admiration que les trois réformateurs que je viens de nommer.

Un peu d’air frais

Je pense à l’un d’eux, Balthazar Hubmaïer, persécuté et torturé par Zwingli puis plus tard, il fut assassiné à Vienne en 1528. Hubmaïer fut l’un des grands réformateurs. Il se tint pour liberté chrétienne et pour plusieurs croyances qui sont encore importantes pour les évangéliques. Il enseignait une sotériologie non calviniste. Il croyait que c’était par le moyen de la Parole de Dieu et  la proclamation de l’Évangile que Dieu attirait tous les hommes à lui.

Si le Christ lui-même venait à Genève, il serait crucifié. Car Genève n’est pas un lieu de liberté chrétienne. Elle est dirigée par un nouveau pape [Jean Calvin], mais un qui brûle les hommes vivants alors que le pape à Rome les étrangle en premier. Sébastien Castellion.

Melanchthon

Je pense aussi à Philippe Melanchthon. Il fut un théologien et un érudit grec très important de l’époque de la Réforme. Il publia l’une des premières œuvres de théologie protestante, Lieux communs de la Théologie (Loci Communes). Il rédigea aussi l’une des premières Confessions protestantes, la Confession d’Augsbourg.

Bien qu’il fût un ami de Luther, Melanchthon ne partageait pas ses idées. En effet Melanchthon avait une approche plus corporative de la notion de prédestination et rejetait l’idée que Dieu avait prédestiné certains individus tout en négligeant le reste de l’humanité. Il écrit :

Le destin éternel des individus est entre leurs mains au moment où ils entendent les promesses de l’Évangile illuminé par l’Esprit. Au total, donc, le choix d’une foi en Jésus qui sauve a trois origines: la Parole, l’Esprit et le libre arbitre individuel[7].

D’ailleurs bon nombre de théologiens Lutherien suivirent Mélanchthon et non Luther dans leur compréhension de Romains 9 et insistèrent que la foi de l’être humain a un rôle décisif a jouer dans le salut.

En conclusion

Comme on peut le voir, la Réforme ne se confine pas à la pensée de deux ou trois individus. Plusieurs des réformateurs qui ont joué un rôle important désavouaient les enseignements de Luther.

Le temps me manque, mais je vous laisse avec cette citation du grand théologien arminien, Roger Olson :

L’un des principaux irritants (pour moi comme pour beaucoup d’autres) au sujet du mouvement « Young, Restless, Reformed » est la tendance qu’ont ses dirigeants et ses partisans à vouloir définir le mot « réformé » d’une façon très étroite : centré sur « les doctrines de la grâce » (comme ils les appellent) voulant parler de la TULIP. Le mouvement devrait plutôt être appelé «jeune, agité, calviniste». Sauf que ça ne sonnerait pas aussi bien qu’«Young, Restless, Reformed». Le problème est que les principaux porte-parole du mouvement excluraient beaucoup de personnes qui classiquement sont réellement Réformé. Et pourtant, la plupart d’entre eux ne sont pas «vraiment Réformés» selon les normes reconnues par la Communion mondiale des Églises Réformées! (Toutes ces dénominations pratiquent le baptême des enfants.)

Arminius et les premiers remontants historiquement étaient tous théologiquement Réformés. Ils n’étaient tout simplement pas d’accord avec la définition étroite de «réformé» vanté par les Franciscus Gomarus et les prince Maurice (le pouvoir derrière le Synode de Dordrecht). Les Églises réformées des Provinces-Unies (Pays-Bas) ne disposaient donc pas (avant Dordrecht) de normes doctrinales autoritaires qui excluaient les Remontrants, mais qui pouvaient affirmer volontiers le Catéchisme de Heidelberg même s’ils le voulaient réviser. C’est Dordrecht qui a rendu l’arminianisme «hérétique» au sein des Églises réformées des Provinces-Unies. Pourtant, beaucoup de théologiens Réformés partout en Europe n’étaient pas d’accord avec Dordrecht; certains, de la délégation d’Angleterre ont même quitté le Synode quand ils ont constaté que ce n’était qu’un tribunal fantoche et comment « Réformé » était défini là-bas[8]

 

[1] https://www.calvin.edu/meeter/Was%20Calvin%20a%20Calvinist-12-26-09.pdf, Voir aussi Allen, D., (2016), The Extent of the Atonement: A Historical and Critical Review

[2] http://www.patheos.com/blogs/frankviola/

[3] Durant, W., (1957), The Reformation

[4] http://www.radicalresurgence.com/calvinsgeneva/

[5] https://fr.wikiquote.org/wiki/S%C3%A9bastien_Castellion

[6] Zagorin, P. (2004), How the Idea of Religious Toleration Came to the West, Princeton Univesity Press. P. 116

[7] http://www.matthewmbarrett.com/wp-content/uploads/2012/01/Evangelical-Free-Will-Philipp-Melanchthons-Journey-on-the-Origins-of-Faith.pdf

[8] http://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2014/02/is-arminianism-reformed/

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