L’homme Au Centre, vraiment ? C’est une vraie caricature

Pat, tu crois au libre arbitre, alors tu as une religion centrée sur l’homme. Tu exaltes l’être humain et tu rabaisses la souveraineté de Dieu. Tu exaltes la justice humaine. Je me suis fait dire ce genre de chose tant de fois que je ne saurais pas toutes les compter. À chaque fois, je ne peux pas vraiment m’empêcher de rigoler.  Après tout, c’est le but d’une caricature, non ?  L’homme au centre, vraiment ? MDR !

Parce que c’est bien ce que c’est, ce ne sont que de simples caricatures, non ? Comme toute bonne parodie, la description qu’on fait de l’autre est bulersque et il vaut mieux en rire. Personne ne penserait prendre les sketches d’un Bye Bye ou les scènes d’un film burlesque représentent la réalité.

Alors, ce sont bien de simples caricatures, oui ou non ? Malheureusement. Le problème, c’est que les gens qui véhiculent ces propos disent représenter fidèlement la thèse adverse, alors que c’est faux.

Comme toute bonne parodie, la description qu’on fait de l’autre est bulersque et il vaut mieux en rire.

Bon, moi je sais que ce ne sont que de simples caricatures, des hommes de paille, que ce n’est pas sérieux.

Un homme de paille ? Oui, c’est une vieille ruse, un stratagème qu’on utilise pour marquer des points dans une conversation. En fait, c’est un sophisme, un argument fallacieux, qui permet à celui l’utilise — mais qui est incapable de réfuter l’argumentaire de l’autre — «de sortir victorieux d’une confrontation avec une version affaiblie de cet argumentaire ». C’est d’autant plus facile, si cette personne invente de toute pièce « la version affaiblie en la façonnant exactement telle qu’elle doit l’être pour garantir qu’elle sera démolie. »

L’homme au centre, toute une caricature

Comme j’allais dire, moi je le sais que ce n’est qu’une caricature… mais ce n’est pas le cas de tout le monde malheureusement. C’est donc pour ça qu’il faut régulièrement corriger le tir.

Ce n’est pas le seul stratagème que les tenants du calvinisme utilisent pour décrier le libre arbitre. Ils sont friands des sophismes par association, c’est-à-dire qu’ils vont associer le vrai croyant qui croit au libre arbitre à un hérétique de l’histoire comme Pélage qui lui aussi croyait au libre arbitre.

Imaginez-vous un Joe Le Truand qui croit aux licornes et Marie, une petite fille de trois ans qui elle aussi croit aux licornes. Marie est-elle une meurtrière parce qu’elle partage une croyance avec Joe ? Vous voyez comme c’est ridicule ? Pourtant, combien de fois m’a-t-on dit : Pat, tu es pélagien, tu es semi-pélagien ou Pat, tu es socinien… Que de bêtises !

Remarquez que je pourrais tenir le même genre de propos, je pourrais dire que ceux qui nient le libre arbitre et croient au compatibilisme sont tout simplement athées. Selon cette logique, puisque bons nombres d’athées nient aussi le libre arbitre et croient au compatibilisme, on pourrait dire que les calvinistes sont athées : Non, mais vous voyez comme c’est ridicule ce genre de propos ?

Imaginez-vous un Joe Le Truand qui croit aux licornes et Marie, une petite fille de trois ans qui elle aussi croit aux licornes. Marie est-elle une meurtrière parce qu’elle partage une croyance avec Joe ? Vous voyez comme c’est ridicule ?

La bombe H

Ainsi, plutôt que de s’adresser au fond de la discussion, certains calvinistes préfèrent la facilité et sous-entendre l’hérésie des propos tenus par ceux qui croient au libre arbitre. Moi, j’appelle ça laisser tomber la bombe H sur une discussion — elle y met fin sans jamais avoir traité réellement du sujet.

Ce qui est très drôle, c’est que dans l’histoire, le même concile ecclésiastique qui condamna les semi-pélagiens condamna le genre de propos que tenait Jean Calvin sur la prédestination — ça, vous pouvez être certains qu’ils n’en parlent pas…

D’ailleurs, le genre de prédestinatianisme promu par Calvin a été condamné par nombre de conciles ecclésiastique dans le passé. Il ne s’agit donc pas, ici, d’une simple comparaison superficielle, mais bien de verdicts officiels. En fait, que ce soit dans les écrits des Pères, dans les décisions des conciles, dans les excommunications répétées, l’histoire de l’Église témoigne encore et encore du rejet du prédestinatianisme. Elle rejeta aussi toute doctrine qui excluait la coopération du libre arbitre avec la grâce, qui affirmait que Dieu ne veut pas vraiment sauver tous les hommes et qui prétendait que l’œuvre de Christ ne concerne qu’une minorité d’élus.

Ce qui est très drôle, c’est que dans l’histoire, le même concile ecclésiastique qui condamna les semi-pélagiens condamna le genre de propos que tenait Jean Calvin sur la prédestination.

Quelques exemples

Entre 470 et 480 : Les conciles d’Arles qui condamna comme hérétique l’enseignement de Lucide qui enseignait la prédestination en niant la coopération du libre arbitre avec la grâce.

Entre 849 et 860 : Les Conciles de Quierzy, de Valence, de Langres, de Toul et de Thuzey qui condamnèrent comme hérétique l’enseignement de Gottschalk d’Orbais. Il fut l’un des premiers à prétendre que Christ n’était mort que pour les élus et qui lui aussi enseignait la prédestination en niant la coopération du libre arbitre avec la grâce.

Je reviendrai une autre fois sur ce sujet, car bien que je ne veuille pas à mon tour laisser tomber la bombe H, il faut bien répondre à l’accusation d’hérésie.

D’ailleurs, même si le verdict de l’histoire de l’Église sur le prédestinatianisme et sur le libre arbitre appuie mes propos, je préfère un dialogue honnête. J’aime mieux la discussion franche que les ruses et les stratagèmes qui ne sont d’aucune utilité quand on cherche vraiment la vérité sur un sujet.

D’ailleurs, même si le verdict de l’histoire de l’Église sur le prédestinatianisme et sur le libre arbitre appuie mes propos, je préfère un dialogue honnête. J’aime mieux la discussion franche que les ruses et les stratagèmes qui ne sont d’aucune utilité quand on cherche vraiment la vérité sur un sujet.

Alors le libre arbitre c’est quoi ?

Être libre et responsable, c’est :

  1. Être à l’origine de ses propres choix ;

Les choix et les décisions doivent être autodéterminés. Voici ce que je veux dire, les choix ou les décisions résultent normalement d’un processus de délibération (même s’ils peuvent se faire sur un coup de tête). Ils peuvent également donner lieu immédiatement à des actions (ou pas, si je change d’idée ou si je suis incapable de l’actualiser).

Donc, suivant Aristote, pour citer sa Physique: « Ainsi le bâton meut la pierre, mu luimême par la main que meut l’homme, et l’homme produit le mouvement, sans luimême être mu par une autre cause. ».

  1. Pouvoir ou non choisir une option possible ;

Toutes choses étant égales, les choix et les décisions auraient pu être différents. En d’autres termes, pour citer Van Inwagen: à un instant donné t, « vous auriez pu rendre fausses la proposition selon laquelle vous avez déplacé votre main à t ». C’est ce que Kane dans son excellent ouvrage sur le Libre Arbitre The Significance of FreeWill appelle la condition de la possibilité alternative (AP). C’est-à-dire que: « L’agent a des possibilités alternatives (il peut faire autrement) par rapport à A en t dans le sens que, à t, l’agent peut (a la puissance ou la capacité de) A et peut (a la puissance ou la capacité à) faire autrement ». Je vous conseille également le The Oxford Handbook Of Free Will si vous voulez approfondir le sujet…

Ça, ça veut dire qu’une personne pour être libre, doit pouvoir choisir ou s’abstenir de choisir une option possible. Ça, ça implique que pour pouvoir exercer sa liberté, cette personne doit avoir des options de disponibles.

  1. Être ultimement responsable de ses choix.

Les agents doivent être ultimement responsables (UR) pour leurs actions. Pour citer la définition plutôt compliquée, mais très approfondie de Kane:

Un agent est ultimement responsable d’un événement ou d’un état E, si et seulement si l’agent est personnellement responsable (R) de l’apparition d’E dans un sens qui implique que l’agent a librement fait ou omis de faire, et pour lequel l’agent aurait pu librement faire autrement. Il est à l’origine de et a causé de l’apparition de E et a fait une différence pour savoir si E s’est produit ou non ; et (U) pour chaque X et Y (où X et Y représentent des occurrences d’événements et/ou d’états) si l’agent est personnellement responsable de X et si Y est un arche (ou un terrain ou une cause ou une explication suffisante) pour X, alors l’agent doit également être personnellement responsable de Y.

Ouf !!

Là, je suis certain que si vous continuez de lire après la lecture de ce paragraphe, vous me haïssez quand même un peu. Tout ce que ça veut dire, c’est que pour être ultimement responsable d’un événement, il faut que ça soit de ma faute et seulement de ma faute. Ça, ça veut dire qu’il n’y a rien, à l’extérieure de moi qui a été la cause de ma décision. Aucun de philtre d’amour, aucune incantation, pas d’hypnose, pas d’implant cérébral ou de nanorobot (imaginez tous les scénarios de films de SF ou de film fantastiques que vous voulez)… pas d’emprise démoniaque, ni même de décret divin.

Ça, ça ne veut pas dire que ces choses sont impossibles. Ça veut dire que si je décide de faire quelque chose, mais que ma décision a été causée par quoi que ce soit d’autre que moi, je ne suis pas ultimement responsable de mon action. La responsabilité ultime appartient à la personne qui m’a subjugué, que ce soit un autre humain ou Dieu.

Ça ne veut pas dire non plus que les décisions et les choix sont indéterminés, mais ils sont autodéterminés, c’est-à-dire qu’ils sont déterminés par l’agent lui-même.

« Ainsi le bâton meut la pierre, mu luimême par la main que meut l’homme, et l’homme produit le mouvement, sans luimême être mu par une autre cause. ». Aristote, Physique.

L’homme au centre ? Non, le libre arbitre n’est pas souverain…

Cela ne veut pas non plus que Dieu ne puisse jamais déterminer l’action d’un être humain. En effet, je ne vois aucune raison que des décisions comme celles de nommer un enfant Cyrus ou de produire l’Écriture ne peuvent pas être déterminée. Mais ces actions n’ont aucune importance morale significative ceux qui les font — ils ne sont ni louables, ni blâmables pour ces actions. Il s’agit dans ces cas-là d’interventions divines non moins miraculeuses que la multiplication des pains.

En outre, compte tenu de cette définition, les créatures ne peuvent en aucun cas être considérées comme étant au-delà de Dieu. En effet, c’est Dieu qui détermine les options qui sont disponibles aux créatures pour exercer leur libre arbitre ou c’est Dieu qui définit les bornes et les limites dans lesquelles les créatures peuvent exercer leur liberté.

Esclave du péché

Mais Patrice, la Bible dit que nous sommes esclaves du péché !!! Ça veut bien dire que nous n’avons pas de liberté, non ?

Mais non !

Paul, quand il nous parle de ça, il écrit aux Romains… Aux Romains ! Il y a des millions d’esclaves dans tout l’Empire romain. Il y a des esclaves partout. Or, à Rome l’esclavage était considéré comme

L'homme au centre ou esclave du péché

l’effet d’un acte juridique (dette, mauvaise conduite, par naissance d’un esclave…) et militaire (guerre, conquête…). On retrouve à peu de chose près les mêmes critères dans l’Ancien Testament.

Mais que ce soit dans l’Empire romain ou dans l’Ancien Testament… un esclave était juridiquement lié, certes, mais il pouvait vouloir être autre chose qu’un esclave. Un esclave pouvait chercher à être affranchi.

De plus, le maître assignait une limite à la liberté de l’esclave et lui laissait une certaine liberté d’action dans laquelle il pouvait exercer son libre arbitre sans aucune entrave.

Paul, bien que esclave du péché a pu dire : j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien (Romains 7:18). Bien qu’esclave, il pouvait vouloir être affranchi !

Mais que ce soit dans l’Empire romain ou dans l’Ancien Testament… un esclave était juridiquement lié, certes, mais il pouvait vouloir être autre chose qu’un esclave. Un esclave pouvait chercher à être affranchi.

Centrée sur l’homme, vraiment ?

En terminant, je veux vous laisser avec cette citation de Tozer. Elle décrit la grandeur et la majesté divine :

Dieu a souverainement décrété que l’humain devrait être libre d’exercer ses choix moraux, et depuis le commencement l’humain a accompli ce décret en faisant le choix entre le bien et le mal. Lorsqu’il choisit de faire le mal, il ne contrevient pas à la souveraine volonté de Dieu, mais il l’accomplit, dans la même mesure où le décret divin éternel n’a pas décidé quel choix l’humain devrait faire, mais plutôt qu’il devrait être libre de faire ce choix. Si dans sa liberté absolue Dieu a voulu donner une liberté limitée, qui peut contredire Son action, et dire, « Que fais-tu ? La volonté de l’homme est libre parce que Dieu est souverain. Un Dieu moins souverain n’aurait pas pu accorder la liberté morale à ses créatures. Il aurait eu peur de le faire.

Peut-on dire en toute honnêteté qu’une telle conception est centrée sur l’homme ? Je ne le crois pas. Au contraire, elle est centrée sur la pleine souveraineté de Dieu qui est au ciel et qui fait ce qu’il veut (Ps. 115 :3), mais qui “a donné la terre aux fils de l’homme” (Ps. 115 :16).

Une justice humaine, vraiment ?

À l’accusation souvent répétée que ceux qui enseignent le libre arbitre prônent une justice et une bonté humaine, je réponds par cette citation de C.S. Lewis :

Ou pourrait-on sérieusement introduire l’idée d’un Dieu mauvais, comme par la porte arrière, par une sorte de calvinisme extrême ? Vous pourriez dire que nous sommes déchus et dépravés.

Nous sommes tellement dépravés que nos idées de bonté ne valent rien ; ou pire, moins que rien — le fait même que nous pensions quelque chose de bon devient une présomption que ce soit en réalité mauvais.

Maintenant Dieu possède en fait — nos pires craintes sont vraies — toutes les caractéristiques que nous considérons comme mauvaises: la déraison, la vanité, l’esprit de vengeance, la cruauté.

Mais tous ces noirs (comme ils nous en semblent) sont réellement blancs. C’est seulement notre dépravation qui leur donne un aspect qui nous semble noir.

Et puis ? Pratiquement (et spéculativement), nous venons d’effacer Dieu de l’ardoise. Le mot bon, lorsque nous lui appliquons, devient vide de sens: comme abracadabra. Nous n’avons plus aucun motif de lui obéir. Pas même la peur. Il est vrai que nous avons ses menaces et ses promesses.

Mais pourquoi devrions-nous les croire ? Si la cruauté est “bonne” de son point de vue, raconter des mensonges peut être tout aussi “bon”. Même si elles sont vraies, alors quoi ? Si ses idées du bien sont si différentes de la nôtre, ce qu’il appelle le ciel pourrait bien être ce que nous devrions appeler l’enfer, et vice-versa.

Enfin, si la réalité, à sa racine, nous est tellement incohérente — ou, pour regarder la chose différemment, si nous sommes à ce point des imbéciles — à quoi sert-il d’essayer de penser à Dieu ou à quoi que ce soit d’autre ? Ce nœud se défait lorsque lorsqu’on essaye de le resserrer.

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