Oui, Vous Êtes Libre – vraiment libre

Récemment, j’écoutais un Pasteur de la grande région métropolitaine de Montréal qui enseignait que la liberté ne pouvait pas se définir comme la capacité de choisir entre deux options. Est-ce là être vraiment libre ?

Vraiment libres ou pas ?

Mais alors, ça veut dire quoi ? Qu’est-ce qui reste d’une liberté où tu n’as qu’un choix ? Selon moi, il ne reste rien.

En fait, et je l’ai déjà enseigné moi-même, on nous dit que la vraie liberté, c’est pouvoir choisir de faire ce qui est bien. Est-ce là être vraiment libre ?

Évidemment, ça implique que certains ne peuvent pas choisir ce genre d’option. Pour moi, cette conclusion est erronée. L’idée qui se cache derrière ce genre d’affirmation, du moins quand moi je la faisais, c’est que la liberté humaine est telle, qu’elle est nécessairement limitée par la nature pécheresse.

Ça, ça veut dire par exemple que le non-croyant ne peut pas choisir Dieu, qu’il ne peut faire le bien et qu’il est esclave du péché[1].

La Bible, nous dit-on, enseigne que la nature humaine est pécheresse au point que le non-croyant ne peut recevoir les choses de l’esprit de Dieu (1 Cor. 2 :14), qu’il ne peut pas chercher Dieu (Rom. 3 :11); que nul ne peut faire le bien pas même un seul (Rom. 3 :12), car après tout, l’être humain est esclave du péché (Rom. 6 :14-20). Ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu et ne le peuvent même pas (Rom. 8 :7-9).

Ainsi, nous devons conclure — selon cette manière de penser — que tous ceux qui croient en Dieu (Jean 3 :16; 3 :36) le font parce que Dieu leur a accordé la foi (Phil 1 :29), qu’il les a régénérés (1 Pierre 1 :3), et qu’il les a choisis pour le salut (2 Thess. 2 :13).

Je suis d’accord avec au moins un point, c’est que la liberté d’un être est limitée par les caractéristiques de sa nature. Après tout, même il est impossible pour Dieu de mentir ou de se renier (Tit. 1: 2, Heb. 6:18, 2 Tim 2:13). De la même manière, il m’est impossible, de par ma nature, de vivre indéfiniment sous l’eau, tout comme un poisson ne peut vivre indéfiniment hors de l’eau à moins d’avoir la faculté naturelle de tirer l’oxygène de l’air.

Une personne vraiment libre

Pourtant, il y a une différence entre la nature d’un être (ce qu’il est) et la personne humaine. Il ne faut jamais confondre les deux. La nature humaine a plusieurs facultés qui rendent la personne humaine capable d’agir sur plusieurs plans. Ces facultés sont, en elles-mêmes, moralement neutres, c’est l’utilisation de ces facultés qui est bonne ou mauvaise.

L’intelligence est une faculté de la nature humaine par laquelle la personne humaine peut penser. Ce n’est pas la nature humaine qui réfléchit, c’est la personne — ce sont ses pensées qui sont bonnes ou mauvaises.

La volonté est une faculté de la nature humaine par laquelle la personne humaine peut choisir. Ce n’est pas la nature humaine qui décide, c’est la personne — ce sont ses décisions qui sont bonnes ou mauvaises.

L’affectivité est la faculté de l’être humain par laquelle l’individu peut s’émouvoir. Ce n’est pas la nature humaine qui s’émeut, c’est la personne.

  • Les pensées sont le fruit de l’intelligence.
  • Les décisions sont le fruit de la volonté.
  • Les émotions sont le fruit de l’affectivité.

Vouloir agir

On mélange souvent la capacité et la volonté d’agir avec l’action elle-même. Je suis assis en ce moment à la cuisine de mon chalet et devant moi j’ai un magnifique lac. Je sais nager, j’aime nager, mais malgré tout je ne suis pas en train de nager. Pourquoi ? Parce qu’en j’ai fait un choix. Plusieurs options s’offraient à moi : écrire, dormir, nager, manger, jouer avec mon chien, terminer la lecture du roman de Kathy Reichs qui est sur ma table de chevet. Mais j’ai choisi d’écrire.

Ce n’est pas ma volonté qui a choisi, c’est moi. Tout comme ce n’est pas mon intelligence qui réfléchit à ce que je vais écrire ni mes émotions qui s’émeuvent devant la beauté du paysage qui m’entoure. Je choisis, je réfléchis, je m’émeus.

La volonté, ce n’est jamais agir, c’est la faculté de vouloir agir. Je suis celui qui exerce ma volonté et qui passe à l’action.

Il est vrai que mes choix sont dictés par plusieurs facteurs : mes valeurs, mes goûts, mes intérêts, mes finances, mes capacités, mes habiletés, mes connaissances, mes aspirations, mes décisions antérieures, mes réflexions, les opportunités et les options qui sont devant moi et mes délibérations… Mais ultimement, c’est moi qui passerai à l’action.

  • Parfois je délibère longuement avant de prendre une décision.
  • Parfois je la prends à pile ou face ou j’agis sur un coup de tête.
  • Parfois je demande conseil et parfois je n’en fais qu’à ma tête.
  • Parfois je me laisse influencer par les autres et parfois j’agis envers et contre tous…

Mais dans tous les cas, c’est moi qui agis.

Je peux vouloir m’envoler avec l’aigle que je vois passer au de dessus de ma tête. Mais je n’en ai pas la capacité, même si ma volonté à celle de pouvoir vouloir m’envoler.

Le vouloir et le pouvoir

L’apôtre Paul l’avait très bien compris lorsqu’il dit dans Romains 7:18 : « J’ai la volonté, mais non le pouvoir de pratiquer le bien. » Ce passage est intéressant, car il nous montre que la volonté est neutre en soi. Paul avait la capacité de vouloir, mais non celle de pouvoir pratiquer le bien. La nuance entre faire le bien et pratiquer le bien en est une de constance. Paul voulait toujours faire le bien mais le ne faisait pas.

Je pense que ce passage illustre bien que ce n’est pas la nature qui prend des décisions, mais bien la personne. Il illustre bien que bien que l’on soit relativement libre, notre liberté est belle et bien lésée. Mais, même si notre liberté et imparfaite, elle est bien vraie.

Il est vrai que par la chute, l’être humain est mort et donc séparé de Dieu. Il a une chair dont les désirs sont contraires à ceux de l’Esprit (Gal. 5 :17) et il est donc enclin à pécher. Pourtant, comme un esclave peut vouloir être libre, l’être humain non régénéré le peut également. S’il est vrai que le non-croyant est accro du péché, il est tout aussi vrai qu’il peut parfois lui dire non. C’est le cas de toute toxicomanie, car il y a quand même une différence entre l’alcoolique qui se saoule quelques fois par semaine et celui qui n’est jamais sobre. Comme toute personne dépendante, le non-croyant peut reconnaître sa dépendance et demander de l’aide.  En cela, il est vraiment libre, de vouloir s’en sortir et ce, même s’il n’a pas la capacité d’actualiser continuellement ce désir.

Les choses de l’Esprit de Dieu

Mais alors qu’en est-il des passages comme 1 Corinthiens 2 :14 :

Mais l’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge.

On peut s’imaginer plusieurs choses en lisant ce passage, mais pour s’assurer de ne pas se méprendre lorsqu’on lit l’Écriture, il faut toujours s’assurer de bien comprendre le contexte.

Dès le premier verset du chapitre 2, Paul fait défend sa manière de prêcher. Il démontre que sa prédication, bien qu’elle n’atteigne pas le niveau des grands orateurs grecs, communique la sagesse mystérieuse de Dieu, que les princes de ce monde ne connaissaient pas, et que seul l’Esprit de Dieu pouvait révéler.

N’est-ce pas là, la promesse du Seigneur ? Qu’il conduirait les Apôtres dans la vérité :

J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera. Tout ce que le Père a est à moi; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera. (Jea 16:12-15)

Paul parle donc de la révélation qu’il a eue, en tant qu’Apôtre, des vérités divines. C’est à ce moment qu’il enchaîne avec son affirmation du verset 14. L’homme naturel, ne reçois pas les choses de l’Esprit : il ne les accepte pas, car elles sont une folie pour lui. Le mot traduit par naturel est l’adjectif psuchikós (ψυχικός) qui se traduit difficilement. Le nom dont il est dérivé se traduit par âme et pourrait à la rigueur se traduire par psychique. L’homme psychique ne reçoit pas les choses… De plus, rien dans le contexte ne permet d’affirmer que l’expression homme animal fait référence à des non régénérés.

Saints et charnels

Ce qui est intéressant, c’est que dans ce contexte, les Corinthiens qui sont pourtant sauvés — Paul les appelle saints — ne peuvent pas non plus recevoir les choses de l’Esprit de Dieu, puisqu’ils sont charnels.

Pour moi, frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ. Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas la supporter; et vous ne le pouvez pas même à présent, parce que vous êtes encore charnels. En effet, puisqu’il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n’êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l’homme ? (1Co 3:1-3)

Paul dit ailleurs :

Ceux, en effet, qui vivent selon la chair, s’affectionnent aux choses de la chair, tandis que ceux qui vivent selon l’esprit s’affectionnent aux choses de l’esprit. Et l’affection de la chair, c’est la mort, tandis que l’affection de l’esprit, c’est la vie et la paix; car l’affection de la chair est inimitié contre Dieu, parce qu’elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, et qu’elle ne le peut même pas. Or ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu. (Rom 8:5-8)

Alors que Paul avait dit aux chrétiens de Rome qu’ils ne vivaient pas selon la chair, il fait savoir clairement aux Corinthiens qu’eux sont charnels. Pourtant, malgré ce statut bien peu reluisant, Paul écrit aux Corinthiens de désirer les choses spirituelles [2](1 Cor. 14 :1). Je crois que c’est là le but de toute l’épitre, de les faire passer d’une marche selon la chair à une marche selon l’Esprit.

Un moyen puissant

Tout comme Paul pouvait vouloir pratiquer le bien, l’homme qu’il soit charnel ou psychique peut le faire également, et ce particulièrement lorsqu’il est confronté à l’Évangile. Car l’Évangile n’est pas importent, il n’est pas lié, mais il est puissant, c’est la puissance même de Dieu pour le salut de quiconque croit.

Sa parole n’est-elle pas comme un feu, comme un marteau qui brise le roc ? (Jér 23:29), la Parole de Dieu avec laquelle nous combattons n’est pas charnelle; mais elle est puissante, par la vertu de Dieu, pour renverser des forteresses. (2 Co 10:4) Elle est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles; elle juge les sentiments et les pensées du cœur.

Les participes et la liberté

Mais qu’en est-il d’un passage comme Romains 3 :11-12 ?

En termes simples, les verbes chercher, comprendre et faire le bien dans ces deux passages sont tous des participes substantivés.

Il n’y a pas à s’en faire, c’est plus simple qu’on pense.

Un participe, c’est un mode verbal. Un mode, c’est la manière grammaticale dont le verbe exprime un fait. En français, il y a l’infinitif, l’indicatif, le conditionnel, le subjonctif, l’impératif et le participe.

Le participe a la particularité d’agir comme un adjectif même s’il est un verbe.

  • La chaise branlante;
  • Le chien assoiffé par la course;
  • La voix chantante de Marie.

Parfois, le participe peut aussi agir comme un nom. On dit alors qu’il est substantivé, il est transformé en nom. Le mandant, est un participe substantivé, il s’agit de celui qui donne un mandat à quelqu’un d’autre, le mandé est celui qui reçoit le mandat.

Le Grec du Nouveau Testament, que l’on appelle communément le grec Koinè, raffole des participes, il en est plein. On y retrouve aussi plein de participes substantivés comme ces trois verbes : chercher, comprendre et faire le bien.

On devrait donc traduire par : le cherchant, le comprenant et le faisant bien ou encore le bienfaisant.

On a donc :

Nul n’est un comprenant, nul n’est un cherchant Dieu; tous sont égarés, tous sont pervertis; il n’y a aucun bienfaisant, pas même un seul; (Rom 3:11-12).

Donc, nul ne comprend toujours, nul ne cherche toujours Dieu et nul ne fait toujours le bien.

L’idée n’est donc pas qu’il n’y ait jamais personne qui ne comprenne, qu’il n’y ait jamais personne qui cherche Dieu ou qu’il n’y ait jamais personne qui fasse le bien… En fait, l’idée est bien exprimée par ce passage de l’Ecclésiaste que Paul cite juste avant :

Non, il n’y a sur la terre point d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais. (Ecc 7:20)

Un seul péché, une seule transgression nous prive de la gloire de Dieu. Le problème n’est pas que l’homme ne cherche jamais Dieu, c’est qu’il ne le cherche pas tout le temps.

[1] Cette idée est répandue dans le calvinisme. J’explique ici pourquoi je ne suis pas calviniste.

[2] Le mot don est absent du texte grec dans ce premier verset du quatorzième chapitre.

 

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