Pourquoi ne suis-je pas calviniste : oui au non-calvinisme

Il y a une vingtaine d’années, comme à l’habitude, je suis entré dans le bureau du pasteur de l’église que je fréquentais. Bons amis, nous avions l’habitude de parler théologie. Ce matin-là, il me fit part de ses penchants de plus en plus grands pour le calvinisme. À cette époque, je le réalise aujourd’hui, je n’avais pas vraiment une idée juste de ce que ça voulait dire.

Que voulez-vous, j’étais ignorant. Je le suis encore aujourd’hui, juste un peu moins qu’à l’époque. Dans les semaines, les mois et les années qui suivirent, nos discussions alimentèrent mes réflexions. Quelques années plus tard, j’ai quitté la région de Montréal et nos beaux échanges se sont arrêtés.

Mais c’est quand même à cette époque que je me suis mis à remettre en question ce que je croyais savoir du calvinisme. Toujours est-il que depuis près d’une vingtaine d’années maintenant, j’ai cessé de me considérer comme calviniste. De fait, en poussant l’étude, j’ai vite compris que je ne l’ai jamais été.

Une TULIP nauséabonde

Il est courant, lorsque l’on parle du calvinisme, d’utiliser un acronyme formé des premières lettres des noms anglais de ses doctrines essentielles. Cet acronyme forme le mot TULIP. Voici une brève explication de ses composantes.

T – Total depravity : La dépravation totale ou incapacité totale

À de cause la chute, l’être humain est incapable, par lui-même, de croire à l’évangile pour son salut. L’être humain est mort, aveugle et sourd aux choses de Dieu. Son cœur est tortueux et si méchant que sa volonté n’est pas libre, elle est asservie à cette nature pécheresse de sorte qu’il il ne peut même pas choisir le bien au lieu du mal dans le domaine spirituel.

U – Unconditional election : Élection inconditionnelle

Dieu a choisi certains individus avant la fondation du monde pour qu’ils soient sauvés et a voué les autres à l’enfer éternel. Ce choix était uniquement motivé par sa propre volonté souveraine.

L – Limited atonement : La Rédemption particulière ou expiation limitée.

L’œuvre rédemptrice de Christ était destinée à ne sauver que les élus. Il leur a véritablement assuré le salut. Sa mort consistait à souffrir la peine du péché à la place de certains pécheurs que le père avait choisis d’avance. Christ n’est mort que pour les élus.

I – Irresistible grace : L’appel efficace de l’Esprit ou grâce irrésistible

En plus de l’appel général extérieur qui est fait à tous ceux qui entendent l’évangile, le Saint-Esprit lance aux élus un appel intérieur qui les amène inévitablement au salut.

P – Perseverance of the saints

Tous ceux qui furent élus par Dieu, rachetés par Christ et auxquels l’Esprit a donné la foi sont gardés dans la foi par la puissance du Dieu tout-puissant et, par conséquent, persévèrent jusqu’à la fin.

Beaucoup plus qu’une fois sauvé, toujours sauvé

Pendant longtemps je me suis considéré comme un calviniste modéré parce que je croyais à la sécurité éternelle[1] du croyant. On m’avait dit que si tu y croyais à ça, t’avais pas le choix, t’étais calvinissse.

Puis, j’ai étudié un peu, j’ai alors cru que j’étais un calviniste en trois points, un TUP. J’ai étudié un peu plus et j’ai réalisé que je ne croyais pas non plus au U. J’étais rendu un TP. Encore un peu d’étude puis je compris que je ne croyais pas non plus au T ni au P. En fait, j’ai fini par constater que ma compréhension des Écritures m’interdisait d’adhérer à la vision du monde calviniste dans son ensemble. C’est donc tout le paradigme calviniste que j’ai répudié.

Quand j’ai commencé à étudier la relation qui existe entre la souveraineté de Dieu et la responsabilité humaine, et que je n’en étais qu’à mes balbutiements, j’ai encore fait confiance à ce qu’on me disait et j’ai cru, à tort, que je devais choisir entre deux camps différents: Les calvinistes et les arminiens. Encore aujourd’hui quand je dis aux croyants que je ne suis pas calviniste, plusieurs me regardent et me disent que je suis un arminien.

Pourquoi deux camps ? C’est un sujet assez vaste, j’imagine qu’il doit y avoir plus d’options. Il y en a, mais comme le débat entre les calvinistes et les arminiens est le plus documenté et les gens croient que c’est tout ce qui existe.

Au Québec, on a longtemps cru qu’il n’y avait que deux équipes de Hockey qui valaient la peine d’être suivit : les Canadiens et les Nordiques. Puis, au grand dam de nombres d’amateurs, les Nordiques ont été vendu. Évidemment, il y a toujours eu plus de deux équipes dans la ligue nationale de hockey. En fait, il y a plus qu’une ligue de hockey, il y a plus qu’un sport professionnel. Seuls d’irréductibles fanatiques prétendraient le contraire.

C’est pourquoi je pense qu’il est quand même utile, n’en déplaise à certains, de regarder les autres options. Pourtant, il est utile de comprendre pourquoi le débat entre calvinistes et arminiens existe et comment il a commencé.

Le synode de Dordrecht

Voici donc comment tout a débuté. En 1610 un groupe de personnes, qui s’étaient reconnus dans les enseignements d’un certain Jacob Harmensen (mieux connu par son latinisé de Arminius), adressa cinq remontrances aux États de Hollande.  C’est par l’entremise d’un synode, en 1619, des églises réformées néerlandaises dans une ville hollandaise nommée Dordrecht qui culmina au rejet desdites remontrances. Dès lors, le débat entre arminiens et calvinistes s’est embrasé et depuis, le feu n’a fait qu’augmenter en intensité.

À partir de ce moment, les querelles, les calomnies et écrits de toutes sortes ont vu le jour et ont servi à mettre non pas plus de lumière. Malheureusement, ils offrent bien plus de confusion sur toute la question de l’élection.

Pour les uns, les arminiens, Dieu par un décret éternel et immuable en Jésus Christ son fils, avant la fondation du monde, a déterminé de sauver, en dehors de la race déchue et pécheresse des hommes, de sauver en Christ, pour Christ et par Christ, ceux qui par la grâce du Saint-Esprit, croiraient à Son fils Jésus ; laissant les incorrigibles et non croyants dans le péché et sous la colère, et les condamner comme aliéné de Christ, d’après la parole de l’évangile dans Jean 3:36 : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui », et d’après d’autres passages des Écritures aussi[2].

Pour les autres, les calvinistes, l’élection est le décret immuable de Dieu, par lequel, avant la fondation du monde, il a, par pure grâce, d’après le souverain bon plaisir de sa seule volonté, choisi, de toute la race humaine, qui était déchu par sa propre faute de son état premier de rectitude, dans le péché et la destruction, un certain nombre de personnes pour la rédemption en Christ, lequel de toute éternité fut appointé médiateur et tête des élus, et la fondation du salut. D’après ce décret, il assouplit le cœur des élus, quel qu’en soit l’obstination et les inclines à croire. Alors qu’il laisse les non élus dans son juste jugement dans leur méchanceté[3].

Plusieurs arguments ont été avancés pour les deux points de vue, et lorsque bien compris, ils offrent une certaine cohérence interne. C’est là le problème, quand on les regarde d’en dedans, ça fait quand même du sens. Quand on se sort la tête, les choses en perdent un peu. Pour reprendre les Paroles de l’Apôtre Paul, « mais que dit l’Écriture » ? C’est là le point fondamental. Quel que soit la cohérence d’un système de théologie, c’est son accord avec l’enseignement des Écritures qui le rend vrai.

Se sortir la tête du sable

Pour tous les systèmes de pensée, il y a des difficultés parce qu’aucun n’est parfait. L’essentiel n’est pas d’avoir un système parfait ou de répondre à toutes les difficultés. La question est de savoir quel système intègre le mieux les données scripturaires (bien qu’elles soient les plus importantes) et toutes les autres données à notre disposition. Le système qui correspond le mieux à l’ensemble des données disponibles est le meilleur.

Contrairement à une croyance populaire, la foi ne me permet pas d’être incohérent ou irrationnel. Si deux choses sont contradictoires, elles le sont, quelles que soient nos croyances religieuses. Deux choses sont contradictoires si elles ne peuvent être toutes les deux vraies ou fausses en même temps et de la même manière.

Certains affirment, par exemple, que la logique orientale permet d’accepter la coexistence simultanée de deux choses contradictoires. Par contre, je suis de l’avis qu’aucun système contradictoire ne peut être vrai. J’en suis tellement convaincu, que si l’on devait me persuader que le christianisme était contradictoire, je l’abandonnerais.

Pour ma part, je ne m’identifie à aucun de ces deux systèmes de pensée. Jacob Harmensen était calviniste au départ et n’avait pas l’intention de devenir autre chose. C’est pourquoi ces deux systèmes opèrent fondamentalement sous un seul et même paradigme. Comme pour le Hockey, il y a plus que deux équipes… En fait, la grande majorité des chrétiens à travers les âges n’a jamais cru aux doctrines calvinistes. Elle n’en a jamais même humé le miasme.

Une contradiction fondamentale

Au cœur du paradigme Calviniste, se trouve l’idée d’un Dieu qui détermine minutieusement tout ce qui se passe dans l’univers. Je ne me contenterai d’un seul exemple aujour’hui. Voici un extrait de la confession de foi de Westminster (3:1) :

De toute éternité et selon le très sage et saint conseil de sa propre volonté, Dieu a librement et immuablement ordonné tout ce qui arrive (Ep 1.11; Rm 11.33; Hé 6.17; Rm 9.15,18); de telle manière, cependant, que Dieu n’est pas l’auteur du péché (Jc 1.13,17; 1 Jn 1.5), qu’il ne fait pas violence à la volonté des créatures, et que leur liberté ou la contingence des causes secondes sont bien plutôt établies qu’exclues (Ac 2.23; Mt 17.12; Ac 4.27,28; Jn 19.11; Pr 16.33).

Nous avons donc :

[1] Dieu a librement et immuablement ordonné tout ce qui arrive;

[2] Dieu n’est pas l’auteur du péché

[3] Dieu ne fait pas violence à la volonté des créatures, leur liberté ou la contingence des causes secondes sont bien plutôt établies qu’exclues

Si la première proposition est vraie, les deux autres ne peuvent l’être en même temps et de la même manière.

Par définition, le mot auteur veut dire : Personne responsable de quelque chose, qui en est la cause principale, or si Dieu détermine tout ce qui arrive, il est la cause principale de tout ce qui arrive, il est donc l’auteur de tout ce qui arrive.

Par définition, le mot contingence veut dire : Caractère de ce qui est contingent, accidentel.Éventualité, probabilité que quelque chose arrive ou non. Or si Dieu détermine tout ce qui arrive, rien de ce qui n’arrive est contingent ou accidentel. Il n’y a aucune probabilité qu’un évènement déterminé par Dieu n’arrive pas par nécessité. De fait, les mots contingence et nécessité sont des antonymes.

Au cœur de la vision du monde calviniste, il y a une profonde contradiction. Quelqu’un m’a déjà dit que c’était un mystère et que j’essayais de faire entrer Dieu dans ma logique humaine. Or, ce n’est pas Dieu que je remets en question par la logique, c’est la vision du monde calviniste. Changer la définition des mots pour pouvoir voiler une profonde contradiction, pour moi, c’est ça faire entrer Dieu dans la logique humaine.

Voilà donc une des principales raisons de mon rejet du calvinisme… Le calvinisme fait de Dieu la cause de tout ce qui est mal, il est donc tout autant mauvais que bon. Ceci décrit un dualisme et non un théisme.

C’est là, l’une des principales raisons, mais elle est loin d’être la seule.

 

 

 

[1] La sécurité éternelle enseigne qui a été sauvé par Dieu ne peut pas perdre son salut.

[2] Tiré et adapté des cinq articles arminiens, article I

[3] Tiré et adapté du canon du synode de Dodrecht, article VII et VI

Une réponse sur “Pourquoi ne suis-je pas calviniste : oui au non-calvinisme”

  1. Bien peu de gens dans le protestantisme Québécois, si fortement influencé par le Calvinisme, ose proposer autres choses, malgré les contradictions aussi évidentes de cette position. Défiant ainsi toutes les règles d’herméneutiques qui devrait devant de telles contradictions réévaluer l’interprétation que nous donnons aux textes. La plupart des chrétiens ne comprennent pas ce qui se passe avec tout cela. Mais le plus important problème avec cette position est dans son application dans la sanctification des croyants. Car la totale dépravité de l’homme conclue aussi à l’impossibilité du croyant de faire quoique ce soit pour sa sanctification. Faites tout vos efforts cité par Pierre devient donc impossible et même charnel.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.